Un « partenariat pour l’hydrogène propre » de 2 milliards d’euros marque l’abandon des voitures à hydrogène

Les voitures électriques ayant désormais vocation à dominer le marché, l’entreprise commune de l’UE dans le domaine de l’hydrogène a été rebaptisée pour signaler un changement de priorité en faveur de la production d’hydrogène vert à faible coût.

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«  Ce nouveau partenariat s’appuie sur des années de coopération promues par l’entreprise commune Piles à combustible et Hydrogène  », a déclaré la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, en dévoilant le nouveau partenariat lundi. EPA-EFE/TOMS KALNINS

Les voitures électriques ayant désormais vocation à dominer le marché, l’entreprise commune de l’UE dans le domaine de l’hydrogène a été rebaptisée cette semaine pour signaler un changement de priorité en faveur de la production d’hydrogène vert à faible coût par électrolyse.

La stratégie de l’UE en matière d’hydrogène est aujourd’hui axée sur les industries lourdes, telles que la sidérurgie et la chimie, qui ne peuvent pas s’électrifier complètement et ont besoin de combustibles liquides et gazeux comme matière première ou pour la chaleur à haute température, plutôt que sur les transports.

Ce changement de priorité se reflète dans la troisième itération de l’entreprise commune pour l’hydrogène de la Commission européenne, lancée lundi 29 novembre. Anciennement appelée «  Entreprise commune Piles à combustible et Hydrogène  » (EC PCH), elle a été rebaptisée «  Partenariat pour l’hydrogène propre  ».

«  Ce nouveau partenariat s’appuie sur des années de coopération promues par l’entreprise commune Piles à combustible et Hydrogène  », a déclaré la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, en dévoilant le nouveau partenariat lundi.

Gniewomir Flis, spécialiste de l’hydrogène au sein du groupe de réflexion allemand Agora Energiewende, estime que «  le changement de nom reflète le déplacement des priorités de la mobilité vers des applications dite “sans regrets”, moins controversées  ».

Ces applications sans regrets concernent l’utilisation industrielle comme agents de réaction et matières premières, l’aviation long-courrier, la navigation commerciale, les systèmes d’appoint pour les énergies renouvelables et les réseaux de chauffage à grande échelle, écrit le groupe de réflexion allemand dans son récent document «  12 Insights on Hydrogen  ».

Ces scénarios sont issus d’une analyse de multiples études et documents de recherche sur l’hydrogène. Si la plupart des sources s’accordent sur un cas d’utilisation de l’hydrogène, celui-ci est classé comme une application sans regret.

«  Il y a dix ans à peine, les voitures électriques à pile à combustible semblaient être l’avenir de l’industrie automobile. Aujourd’hui, ce rêve est terminé  », écrit M. Flis.

Alors que les transports à hydrogène resteraient une niche, il a identifié des opportunités de marché claires pour les carburants à base d’hydrogène dans les secteurs de la navigation et de l’aviation.

L’abandon de l’accent mis sur les piles à combustible dans le partenariat public-privé ressort également clairement de la formulation des règlements qui ont établi les deuxième et troisième itérations de l’entreprise commune en 2014 et 2021, respectivement.

Le règlement établissant la deuxième itération de l’EC PCH en 2014 avait pour «  objectif particulier » de « réduire le coût de production des systèmes de piles à combustible destinés à être utilisés dans les applications de transport  » tout en augmentant leur durée de vie pour qu’ils soient compétitifs par rapport aux technologies conventionnelles.

En revanche, le règlement établissant son successeur indique que son objectif premier est d’améliorer «  la rentabilité, la fiabilité, la quantité et la qualité des solutions d’hydrogène propre » dans le but de développer des « électrolyseurs d’hydrogène plus efficaces et moins chers ainsi que des applications industrielles et de transport moins coûteuses.  »

Les détails du nouveau partenariat

Dans son discours, Mme von der Leyen a déclaré que le partenariat pour l’hydrogène propre «  est un nouveau grand pas en avant pour faire passer les technologies innovantes du laboratoire à l’usine et, finalement, aux entreprises et aux consommateurs européens  ».

Cela signifie que l’Europe devrait «  ramener le coût [de l’hydrogène] en dessous de 1,8 € par kilo d’ici 2030  », a déclaré la présidente de la Commission. «  Et cet objectif est à portée de main  », a-t-elle ajouté.

Les nouveaux objectifs du partenariat public-privé sont tout aussi ambitieux, mais moins concrets : «  produire de l’hydrogène propre à un prix compris entre 1,5 et 3 euros par kilo » et réduire les « coûts de distribution à moins de 1 euro par kilo à l’échelle  », selon le règlement.

Les différents objectifs de prix pour la production d’hydrogène en Europe auraient des effets très différents sur le succès du marché naissant de l’hydrogène.

«  La production et le stockage d’hydrogène avec une distribution à 1 €/kg respectivement marqueraient le point de basculement pour le succès du marché de l’hydrogène  », a déclaré M. Flis à EURACTIV.

Pour réaliser tout ce que l’entreprise commune nouvellement lancée se propose de faire, elle sera dotée d’une somme d’argent importante : un milliard d’euros provenant du financement de la recherche Horizon de l’UE et un autre milliard d’euros provenant des partenaires industriels.

Ces partenaires industriels seront probablement représentés par l’association industrielle Hydrogen Europe. Des poids lourds comme Airbus, BMW, BP et la société espagnole de services publics Iberdrola figurent parmi les 315 membres de l’association.