UMC, supervision centrale, protection des dépôts : ce qu’attendent les acteurs financiers de Maria Luìs Albuquerque
Les acteurs financiers misent sur Maria Luís Albuquerque, commissaire désignée aux Services financiers, pour orienter l’UE vers une plus grande dépendance à l’égard des marchés de capitaux et des financements privés.
Les acteurs des marchés financiers misent sur la Portugaise Maria Luís Albuquerque, commissaire désignée aux Services financiers et à l’Union de l’épargne et des investissements, pour orienter l’Union européenne (UE) vers une plus grande dépendance à l’égard des marchés de capitaux et des financements privés.
Dans ses réponses écrites aux questions du Parlement européen le mois dernier, c’est pourtant son expérience dans le secteur public avant 2016 qui a brillé, car elle défendait fermement l’idée d’une réglementation prudentielle solide.
Les eurodéputés de la commission des Affaires économiques et monétaires (ECON), qui mèneront l’audition de la candidate portugaise ce mercredi 6 novembre dans la matinée, chercheront à savoir quel aspect de son parcours l’emportera.
Avant de rejoindre le gestionnaire de fonds londonien Arrow Global et le géant américain de l’investissement Morgan Stanley, Maria Luís Albuquerque a navigué en eaux troubles à la tête du ministère portugais des Finances dans le gouvernement de centre droit de l’ancien Premier ministre Pedro Passos Coelho pendant une période de mesures d’austérité sévères, tentant de gérer les conséquences sur l’économie du pays du krach financier de 2008 et de la crise de la dette souveraine européenne de 2012.
Si cela lui a valu une réputation mitigée dans son pays, cela l’a aussi aidée à établir de solides relations de confiance avec Bruxelles, alors qu’elle supervisait les négociations avec les créanciers du pays.
« Vivre ces crises et leurs conséquences, avec leur impact négatif sur la vie et les attentes des citoyens européens, ainsi que sur leur confiance dans les institutions européennes, m’a rendue encore plus attachée au projet européen », a-t-elle écrit dans ses réponses aux eurodéputés.
Elle ajoute que « les solutions à ces crises ne peuvent être trouvées qu’en […] allant de l’avant dans tous les domaines où agir ensemble donne de meilleurs résultats que de relever les défis au niveau national ».
Partant de ce principe, Maria Luís Albuquerque a indiqué aux eurodéputés qu’elle pensait que l’Europe devait prendre de la hauteur et continuer à défendre la stabilité financière, la protection des consommateurs et les normes mondiales.
En ce qui concerne les règles bancaires internationales, elle a déclaré qu’elle poursuivrait l’application complète de ce que l’on appelle le « dénouement des Accords de Bâle III », et qu’elle ferait pression sur ses homologues mondiaux pour qu’ils fassent de même. En effet, la révision fondamentale du livre des négociations (Trading Book), qui regroupe des règles élaborées par le Comité Bâle, a été reportée par la Commission à janvier 2026.
« Permettez-moi d’être très claire : nous devons mettre en œuvre les règles, et non pas revenir en arrière », a-t-elle déclaré aux députés.
Les règles bancaires resteront également sous les feux de la rampe au niveau de l’UE.
Pour Maria Luís Albuquerque, « il sera crucial d’intégrer les banques » dans l’Union des marchés de capitaux (UMC, récemment rebaptisée Union de l’épargne et de l’investissement), car, selon elle, « des banques européennes fortes opérant au-delà des frontières sont nécessaires pour les services clés du marché de capitaux », tels que la cotation et la négociation.
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La stabilité financière comme référence
La mise en œuvre des parties manquantes de l’Union bancaire figure parmi les engagements premiers de la Portugaise, avec un accent particulier mis sur le cadre pour la gestion des crises et la garantie des dépôts (CMDI) et sur le plan connexe visant à établir un système européen de garantie des dépôts (EDIS).
Maria Luís Albuquerque a affirmé que, si sa nomination était confirmée, elle s’efforcerait de trouver une solution de compromis entre le Conseil et le Parlement sur ces deux dossiers, et de relancer les négociations sur le CMDI « dès que possible ».
Dans l’ensemble, elle a insisté sur le fait qu’une protection des dépôts et une stabilité financière « solides » seraient des conditions préalables essentielles au fonctionnement des marchés de capitaux européens — en particulier compte tenu du projet de l’UE de transformer les détenteurs de dépôts européens en investisseurs actifs.
Julia Symon, responsable de la recherche au sein du think tank Finance Watch, a salué l’ambition de la commissaire désignée de sortir des impasses actuelles sur les dossiers prudentiels clés.
« La volonté et l’élan politiques, en particulier de la part des États membres, resteront cruciaux lors de la poursuite de plusieurs initiatives décrites dans les réponses de la commissaire », a-t-elle déclaré à Euractiv mardi 5 novembre.
Julia Symon a également apprécié les « engagements répétés » de la commissaire désignée portugaise « pour […] garantir la stabilité financière comme base de référence ».
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Ouvrir la voie à une supervision plus centralisée ?
La supervision financière sera un autre domaine clé sur lequel Maria Luìs Albuquerque devra se pencher, elle qui considère qu’un « système de supervision amélioré au niveau de l’UE » est « déterminant » pour débloquer des marchés de capitaux qui fonctionnent pleinement et pour « réduire le fardeau réglementaire ».
La Portugaise a assuré qu’elle consulterait les parties prenantes sur la possibilité de centraliser le système sous l’égide de l’agence de surveillance financière de l’UE, l’Autorité européenne des marchés financiers (AEMF) — ou encouragerait une coordination aussi poussée que possible.
« Sur la base des contributions [des parties prenantes], les options pour améliorer le système de supervision seront évaluées et une voie appropriée sera proposée », a-t-elle écrit dans ses réponses aux eurodéputés.
Les propositions visant à poursuivre la supervision centralisée se heurteront toutefois très probablement à une résistance marquée de plusieurs États membres, réticents à l’idée de céder davantage de pouvoir national à une agence de l’UE — d’autant plus que l’AEMF est basée à Paris.
À contrario, cette option a été explicitement approuvée par plusieurs fonctionnaires et économistes ces derniers mois, dont l’ancien Premier ministre italien Enrico Letta, l’ancien président de la Banque centrale européenne Mario Draghi et les présidents de l’AEMF et de l’Autorité européenne des assurances et des pensions professionnelles (AEAPP), organisme de surveillance des assurances de l’UE.
La semaine dernière, les analystes de Bruegel ont également soutenu la nécessité d’une supervision plus centralisée, exhortant la potentielle future commissaire aux Services financiers à poursuivre la réforme de la structure de l’AEMF afin de répondre aux nouveaux projets de l’UE en matière d’Union des marchés de capitaux.
« Comme l’a suggéré la présidente de la BCE Christine Lagarde il y a un an, la supervision des marchés de capitaux est le seul domaine de l’UMC dans lequel une réforme transformatrice est réalisable et devrait être prioritaire », explique Nicolas Véron, économiste français et cofondateur de Bruegel.
Selon lui, l’intégration de la supervision « devrait combiner l’élargissement du champ d’autorité de l’AEMF avec une réforme en profondeur », et cela devrait se faire par le biais d’une « conception unitaire, mais décentralisée […] en évitant les pièges d’une centralisation excessive en opérant par le biais d’un réseau de bureaux dans les États membres concernés ».
Nicolas Véron pense que de tels changements « pourraient avoir un impact catalytique sur la dynamique d’intégration du marché à l’échelle européenne, conformément à l’agenda de l’UE en matière d’autonomie stratégique ouverte » et offrir une « simplification majeure par rapport à l’enchevêtrement actuel de centres de décision concurrents ».
L’audition de Maria Luìs Albuquerque devrait donner aux acteurs des marchés financiers des indications précieuses sur la manière dont de telles suggestions pourraient être accueillies.
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[Édité par Anna Martino]