Ukraine : Vladimir Poutine se tourne vers Donald Trump et l’UE se raccroche à Joe Biden
La tension monte entre la Russie et l’Occident et, alors que le président américain réélu Donald Trump pourrait négocier un accord de paix sur l’Ukraine directement avec Vladimir Poutine, des fonctionnaires européens affirment que l’UE continuera à travailler avec l’administration Biden.
La tension monte entre la Russie et l’Occident et, alors que des rapports suggèrent que le président américain réélu Donald Trump pourrait négocier un accord de paix sur l’Ukraine directement avec le président russe Vladimir Poutine, des fonctionnaires européens affirment que l’Union européenne (UE) continuera à travailler avec l’administration Biden.
Des sources de l’UE proches du sujet ont confié à Euractiv que, pour l’instant, l’UE n’envisageait de travailler qu’avec l’administration Biden, qui sera remplacée par la seconde administration Trump en janvier 2025.
« L’administration Trump n’est pas encore en place », a rappelé une source, ajoutant que l’Union européenne continuerait à travailler avec « la seule administration en fonction, qui est l’administration Biden ».
« Il est important que nous fassions avec eux autant que possible. D’une part, pour continuer à soutenir l’Ukraine, et d’autre part, pour faire pression en faveur d’une paix juste et équitable », a ajouté la source.
Reuters a révélé mercredi 20 novembre que Vladimir Poutine était prêt à discuter d’un accord de cessez-le-feu en Ukraine avec Donald Trump, mais qu’il excluait toute concession territoriale majeure et insistait pour que Kiev abandonne ses ambitions d’adhésion à l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN).
Selon la source, cependant, toute négociation bilatérale entre les États-Unis et la Russie est exclue. « Pas de négociations sur l’Ukraine sans l’Ukraine. C’est une chose que nous dirons très clairement aux Américains. »
Il en va de même en Ukraine, où l’on craint qu’un nouvel accord dirigé par Donald Trump ne mette l’Ukraine et l’UE sur la touche.
« Le nouvel “accord” que Donald Trump et son administration pourraient vouloir conclure avec Vladimir Poutine et ses partenaires comporte de nombreux risques. Le principal est qu’il pourrait ne pas inclure l’Ukraine et l’UE comme sujets de l’accord », explique l’analyste indépendant Roman Rukomeda à Euractiv.
Selon lui, un accord entre le président américain réélu et son homologue russe saperait sérieusement les capacités de l’Ukraine à continuer de résister à l’agression russe.
Mardi 19 novembre, à Varsovie, les ministres des Affaires étrangères de la France, l’Allemagne, la Pologne, l’Italie et l’Espagne, ainsi que du Royaume-Uni, ont adopté une déclaration commune, insistant sur le fait qu’une paix durable « ne peut être négociée qu’avec l’Ukraine, avec les partenaires européens, américains et du G7 à ses côtés ».
La position des dirigeants de l’UE est également influencée par un soutien public important à l’Ukraine, comme le reflètent les sondages d’opinion à travers l’Europe, ainsi que les données de l’Eurobaromètre du printemps 2024, selon d’autres sources.
Roman Rukomeda estime qu’un accord entre Donald Trump et Vladimir Poutine pourrait affaiblir les institutions européennes et l’OTAN.
« Dans ce cas, la nouvelle agression russe contre les États baltes ou la Pologne pourrait n’être qu’une question de temps, de même que les pressions supplémentaires exercées par la Russie sur l’UE. »
Donald Trump, qui avait fait de la fin de la guerre en Ukraine l’un de ses chevaux de bataille pendant la campagne présidentielle, revient à la Maison-Blanche alors que la Russie revient à la charge. En effet, Moscou contrôle désormais une partie de l’Ukraine d’une superficie équivalente à celle de la Bulgarie et progresse à la vitesse la plus rapide depuis les premiers jours de l’invasion de 2022.
Réunion à Varsovie : le groupe restreint de ministres des Affaires étrangères réaffirme le soutien de l’UE à l’Ukraine
Un groupe de ministres européens des Affaires étrangères s’est réuni à Varsovie mardi 19 novembre…
6 minutes
La tension monte
L’annonce des pourparlers de paix entre les États-Unis et la Russie intervient à un moment de tension accrue entre les deux pays, après que l’administration Biden a autorisé à l’Ukraine d’utiliser des armes fabriquées aux États-Unis pour frapper le territoire russe.
En conséquence, l’Ukraine a frappé la Russie avec des missiles américains ATACMS ce mardi 19 novembre, date symbolique du millième jour de la guerre un Ukraine.
Craignant des représailles russes, les États-Unis, l’Italie, l’Espagne et la Grèce ont fermé temporairement leurs ambassades à Kiev ce mercredi 20 novembre, même si le gouvernement ukrainien a accusé la Russie de diffuser de faux messages concernant une attaque majeure sur la capitale.
La Russie mène une « attaque informationnelle et psychologique massive contre l’Ukraine », a affirmé le service de renseignement militaire du pays dans un message sur Telegram.
« Nous vous exhortons à ne faire confiance qu’aux informations provenant de sources officielles », ajoute l’agence, notant que la Russie a recours à des « mesures d’intimidation et de pression psychologique sur la société ».
Moscou a déclaré à plusieurs reprises que l’utilisation par l’Ukraine de missiles à longue portée sur son territoire serait « une participation directe des États-Unis et d’autres pays de l’OTAN à la guerre en Ukraine ».
Mardi, Moscou a par ailleurs abaissé le seuil d’utilisation des armes nucléaires, autorisant une réponse nucléaire à une attaque conventionnelle par un pays soutenu par une puissance nucléaire — une référence claire à l’Ukraine, qui est soutenue par plusieurs États dotés de l’arme nucléaire, dont les États-Unis, le Royaume-Uni et la France.
À Varsovie, un groupe restreint de ministres des Affaires étrangères discute de Donald Trump et de la guerre en Ukraine
La réélection de Donald Trump et la guerre en Ukraine figureront en bonne place à…
6 minutes
Réaction face aux menaces nucléaires
La décision de la Russie de modifier sa doctrine nucléaire a été condamnée par plusieurs dirigeants occidentaux, dont Josep Borrell, Haut représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité.
« Ce n’est pas la première fois qu’ils menacent d’une escalade nucléaire, ce qui est totalement irresponsable », a-t-il déclaré.
S’exprimant sur France 2 mercredi, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a qualifié la décision de Vladimir Poutine de simple « rhétorique ».
« Nous ne sommes pas intimidés », a-t-il affirmé.
Pourtant, selon certains experts, les décideurs politiques occidentaux ne devraient pas écarter la possibilité que la guerre en Ukraine dégénère en un véritable conflit nucléaire.
Melissa Parke, directrice exécutive de la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (ICAN), lauréate du prix Nobel, a confié à Euractiv qu’une « complaisance potentiellement dangereuse s’est répandue parmi les faiseurs d’opinions et les décideurs occidentaux ».
Selon elle, « il est extrêmement imprudent de jouer au bluff avec Vladimir Poutine ou de ne pas tenir compte des menaces nucléaires ».
Malgré la pression, Olaf Scholz refuse de livrer des missiles à longue portée à l’Ukraine
Alors que les États-Unis ont autorisé l’Ukraine à utiliser ses armes à longue portée sur…
4 minutes
[Édité par Anna Martino]