UE-Mercosur : la Pologne et la France affichent un front commun contre l’accord commercial
Le gouvernement polonais et l’Assemblée nationale ont adopté des résolutions s’opposant à l’accord commercial entre l’Union européenne (UE) et le Mercosur. Les agriculteurs des deux pays ont exprimé leur contestation vis-à-vis de cet accord qui, selon eux, entraînera une concurrence déloyale pour l’agriculture européenne.
Le gouvernement polonais et l’Assemblée nationale ont adopté des résolutions s’opposant à l’accord commercial entre l’Union européenne (UE) et le Mercosur. Les agriculteurs des deux pays ont exprimé leur contestation vis-à-vis de cet accord qui, selon eux, entraînera une concurrence déloyale pour l’agriculture européenne.
Varsovie et Paris s’efforcent de réunir une minorité de blocage au sein de l’UE afin de freiner les négociations sur l’établissement d’une zone de libre-échange avec le Mercosur. Les deux parties invoquent des préoccupations liées aux normes environnementales et à la protection de l’agriculture nationale.
Lors d’une réunion mardi 26 novembre, le gouvernement polonais a adopté une résolution s’opposant à l’accord UE-Mercosur sous sa forme actuelle, en soulignant son opposition à certaines dispositions en particulier.
« Le gouvernement exprime son opposition aux résultats actuels des négociations avec le Mercosur dans le domaine de l’agriculture, en particulier à l’augmentation des contingents tarifaires pour la viande de volaille lors de la phase finale de l’échange d’offres tarifaires », peut-on lire dans la résolution, citée par le Premier ministre Donald Tusk (Plateforme civique, Parti populaire européen).
Les négociations sur l’accord commercial UE-Mercosur — qui durent depuis près de 25 ans — approchent un moment décisif, comme l’a fait remarquer l’industrie alimentaire. Cela pourrait avoir des conséquences importantes sur des secteurs tels que l’agriculture polonaise.
Les négociations devraient être conclues d’ici la mi-décembre, préparant ainsi le terrain pour la réunion du Conseil de l’UE prévue du 18 au 20 décembre, au cours de laquelle une décision finale sur le champ d’application de l’accord est attendue.
Sous la recommandation du ministre de la Défense Władysław Kosiniak-Kamysz et du ministre de l’Agriculture Czesław Siekierski, tous deux membres du Parti paysan polonais (PPE), le gouvernement polonais a décidé d’adopter une résolution confirmant que la Pologne n’est pas prête à accepter l’accord sous sa forme actuelle. Donald Tusk a déclaré qu’il s’agissait d’un message politique de la part de Varsovie qui reflétait la position des autres États membres de l’UE.
« Aujourd’hui, le gouvernement, à la demande des ministres du Parti paysan polonais, a adopté une résolution exprimant son opposition à l’accord UE-Mercosur proposé. Il n’y a pas de consentement sur les initiatives qui pourraient affecter les consommateurs, l’agriculture et l’économie », a écrit Wladislaw Kosiniak-Kamysz sur X.
En Pologne, cette décision semble être en partie motivée par les récentes protestations et la pression exercée par le secteur agricole. L’industrie polonaise de la viande a adressé une lettre à Donald Tusk début novembre, insistant sur le fait que l’accord pourrait affecter les secteurs de la viande bovine et de la volaille. Les agriculteurs et les éleveurs polonais ont entamé des manifestations, bloquant le poste-frontière polonais de Medyka avec l’Ukraine, et prévoyant un rassemblement national.
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La France invoque le pragmatisme et non le dogmatisme
Faisant écho à l’opposition polonaise, les députés français se sont massivement prononcés contre l’accord lors d’un vote non contraignant qui s’est tenu mardi. Les agriculteurs, qui ont manifesté contre le Mercosur avant leurs confrères polonais, ont intensifié leurs protestations dans tout le pays ces derniers jours.
« Le fait que la Pologne ait voté contre le Mercosur est une excellente nouvelle », a déclaré Annie Genevard, ministre de l’Agriculture, à la tribune de l’Assemblée nationale avant le début des débats.
« Si cette opposition est ferme, elle n’a rien de doctrinaire, et vous ne trouverez personne au gouvernement qui entende prohiber les accords agricoles », a-t-elle souligné, notant que l’accord « ne garantit pas le respect des normes européennes et n’assure pas une concurrence loyale pour nos agriculteurs ».
« Profitons de cette tribune pour lancer un dernier avertissement », a-t-elle ajouté, rappelant qu’au début de l’année dernière, il y avait déjà eu une « forte levée de boucliers » du secteur agricole « de la Bretagne aux Carpates ».
Initialement prévu le 10 décembre, le vote a été avancé de 15 jours par crainte que l’accord ne soit signé lors du sommet du Mercosur prévu du 5 au 7 décembre à Montevideo, en Uruguay.
Ce vote permet désormais aux autorités françaises de faire front commun face à la Commission européenne, qui souhaite conclure les négociations le plus rapidement possible.
Le 12 novembre, plus de 600 parlementaires ont écrit à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, dans une tribune publiée dans Le Monde. Ils affirment que l’accord avec le Mercosur représente « un risque substantiel pour la sécurité des approvisionnements agricoles et la traçabilité des aliments en Europe » et dénoncent le projet comme étant « contraire aux objectifs que l’UE s’est fixés en matière de climat et de développement durable ».
« Il est désormais essentiel que les autorités françaises se battent pour empêcher que la partie commerciale de l’accord ne soit scindée, car elles ont jusqu’à présent été relativement discrètes à Bruxelles », a réagi Marine Colli, consultante et spécialiste de la politique agricole.
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Les divisions persistent au sein de l’Union
Alors que les négociations sur l’accord commercial se poursuivent, les États membres restent très divisés.
De son côté, l’Autriche a adopté une position prudente, soulignant la nécessité de garanties plus solides en matière de protection des forêts tropicales, de sauvegarde des produits sensibles et de soutien aux agriculteurs touchés.
La ministre néerlandaise du Commerce, Reinette Klever, a suggéré la semaine dernière que l’accord ne devrait pas être réexaminé avant d’être finalisé.
Le Premier ministre luxembourgeois, Xavier Bettel, s’est abstenu d’approuver l’accord, soulignant que certaines garanties manquaient encore.
L’Allemagne, quant à elle, fait pression pour que l’accord soit finalisé. À l’approche des élections anticipées de l’année prochaine, Berlin considère l’accord comme une opportunité clé pour renforcer sa base industrielle, en particulier son secteur automobile.
Dans son enthousiasme, l’Allemagne a trouvé des alliés en Espagne, en Lettonie et en Suède. Mais la France semble déterminée à former une coalition pour rejeter l’accord.
« Face à la perspective de la ratification de cet accord, envoyons un message clair à nos partenaires : ne jetons pas l’allumette dans le baril de poudre », a déclaré Annie Genevard.
« Le souffle d’une telle explosion traverserait le continent, jusqu’à Bruxelles, et provoquerait une fracture béante entre le Berlaymont et nos campagnes », a-t-elle conclu.