UE-Mercosur : Emmanuel Macron confirme l’arrêt des négociations d'un accord sur le point d'être signé

Au sortir du conseil européen à Bruxelles jeudi (1er février), le président de la République, Emmanuel Macron, a confirmé l’arrêt des négociations qui étaient en cours entre l’UE et les pays membres du Mercosur pour conclure l’accord commun de libre-échange.

Euractiv France
Special European Council in Brussels
Le président français Emmanuel Macron participe à une conférence de presse sur le Conseil européen spécial à Bruxelles, Belgique, 1er février 2024. [EPA-EFE/OLIVIER MATTHYS]

Au sortir du conseil européen à Bruxelles jeudi (1er février), le président de la République, Emmanuel Macron, a confirmé l’arrêt des négociations qui étaient en cours entre l’UE et les pays membres du Mercosur pour conclure l’accord commun de libre-échange.

Nouvelle étape dans la grogne d’une partie du monde agricole : nombre d’agriculteurs se sont donné rendez-vous jeudi à Bruxelles, en marge du conseil réunissant les chefs d’États européens, pour enfumer les abords des bâtiments institutionnels de l’UE.

Parmi leurs revendications, l’arrêt, ou tout du moins la tempérance, sur le libre-échangisme et notamment l’accord entre l’UE et le Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay).

Les règles en matière de réciprocité sur les normes environnementales et sociales ne sont pas acceptable pour les agriculteurs européens, ni pour le président de la République, Emmanuel Macron, qui a rappelé jeudi son opposition à l’accord en l’état et a confirmé l’arrêt des négociations pour le moment, alors que l’un des vice-présidents de la Commission européenne devait se rendre en fin de semaine au Brésil pour signer l’accord.

La France insiste sur son opposition

Des négociations avaient abouti en 2019, avant que le processus de signature soit stoppé en raison notamment des positions du président brésilien d’alors, Jaïr Bolsonaro , sur la déforestation. Les discussions avaient ensuite repris avec l’élection du président Luis Ignacio Lula da Silva, en 2022.

L’accord aurait pu être signé en juillet 2023, mais la France, déjà, bloquait sa signature, car le texte ne disposait pas de clauses miroirs, c’est-à-dire des règles de reciprocité en matières environnementales et sociales.

« Je l’ai dit très clairement à Lula il y a quelques semaines, je l’ai dit à mes homologues […] et je l’ai redis aujourd’hui […] la France s’oppose et continuera à s’opposer [à l’accord en l’état]», a déclaré Emmanuel Macron, jeudi.

Afin d’appuyer sa position, le président affirme s’être entretenu durant la journée avec la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.

« Bien entendu, nous défendons les intérêts légitimes des agriculteurs dans les négociations commerciales, notamment en assurant des règles équitables pour ce qui est des normes à respecter dans le cadre des accords commerciaux », a-t-elle d’ailleurs déclaré jeudi, au sortir du conseil européen.

Reviser l’approche européenne

Ce que demande M. Macron, c’est un « travail de révision en profondeur de la logique et de l’approche européenne ».

Dès lors, « Nous sommes pour des modèles de négociations de nouvelle génération comme ceux avec la Nouvelle-Zélande et le Chili », à l’inverse de celui avec le Mercosur, qu’il juge « anachronique ». Dans les faits, l’accord est dans les tiroirs depuis les années 1990.

En premier lieu, et comme annoncé un peu avant par le Premier ministre, Gabriel Attal, la France souhaite que l’UE mette en place une « force européenne de contrôle pour l’importation de produits ».

La mesure pourrait ne pas être correctement perçue outre-Atlantique. Déjà en juillet dernier, lorsque les négociations en marge du sommet entre l’UE, les pays sud-américains et carribéens (CELAC) ont échoué, les chefs d’États du Mercosur critiquaient la «méfiance» de l’UE à l’égard de leurs capacités à faire respecter des règles de durabilité suffisantes dans leur pays. De fait, ces derniers demandaient à ce que d’aucune façon, sauf à violer leur souveraineté, l’accord tel que négocié en 2019, ne soit rouvert pour y introduire des clauses miroirs.

Le bruit des tracteurs

Sauf qu’en Europe, les tracteurs grondent. Dès lors, si « on ne fait pas cela », c’est-à-dire taxer les produits importés des mêmes règles que les produits européens, « les extrêmes montent ».

Si l’on en croit les derniers sondages pour les élections européennes, c’est un fait.

Il faut donc, plaide-t-il, « une position de cohérence, de clarté et de solidité » portée par l’ensemble de l’UE, car seule, la France ne pourra pas lutter longtemps, notamment parce qu’elle ne dispose pas du pouvoir juridique nécessaire pour bloquer l’accord.

Néanmoins, et si l’on en croit le président de la République, sont poids politique est certain.

« À chaque fois que l’on a montré les incohérences [dans cet accord], nous avons été suivis », faisant référence au blocage des négociations de juillet dernier.

Au président de conclure et de confirmer que la visite du vice-président de la Commission européenne, Valdis Dombrovskis, au Brésil a été annulée.

« Le vice-président y allait pour signer [l’accord]. Et bien il ne l’a pas signé ».

Olof Gill, porte-parole pour le commerce et l’agriculture à la Commission européenne, a réagi aux déclarations de M. Macron dans un commentaire pour Euractiv, après la publication de cet article.

« Il est totalement inexact de dire que le vice-président Valdis Dombrovskis a ‘annulé’ son voyage. Le vice-président Valdis Dombrovskis était prêt à se déplacer pour rencontrer ses homologues dans l’éventualité où une conclusion politique serait à portée de main. Suite à la dernière réunion des négociateurs en chef, ce ne fut pas le cas », a-t-il déclaré.