Uber en France : Bernard Cazeneuve critique ouvertement les méthodes d’Emmanuel Macron

Auditionné dans le cadre de la Commission d’enquête parlementaire sur les « Uber Files » jeudi, l’ex-ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a fait état d’une « frontalité » avec Emmanuel Macron lors de l’implantation des plateformes de VTC en France dès 2015.

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Il n’y avait pas de « deal » possible avec des plateformes numériques « dont je détestais les pratiques », l’ex-ministre de l’Intérieur a-t-il martelé face aux membres de la Commission. [Julien Warnand/EPA-EFE]

Auditionné dans le cadre de la Commission d’enquête parlementaire sur les « Uber Files » jeudi (11 mai), l’ex-ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a fait état d’une « frontalité » avec Emmanuel Macron lors de l’implantation des plateformes de VTC en France dès 2015.

Face au « libéralisme qui ne fait pas mystère » du président de la République et ancien ministre de l’Économie (2014-2016) Emmanuel Macron, et du « cynisme » des plateformes comme Uber, Bernard Cazeneuve dit s’être érigé en défenseur de « l’État de droit » lors de l’arrivée d’Uber et de leur service de taxi à la demande « Uber Pop » sur le marché français en 2015.

L’irruption d’Uber Pop dans le secteur des taxis en France, et notamment à Paris, avait été la cause de vives tensions entre chauffeurs VTC et « chauffeurs artisans » taxis, qui avaient culminé par des blocages d’artères parisiennes et des violences entre chauffeurs en juin 2015.

Cette nouvelle offre de service, jugée « parfaitement illégale » par M. Cazeneuve, alors ministre de l’Intérieur, consistait en un transport en voiture par un conducteur simplement auto-entrepreneur qui ne disposait pas forcément d’une licence de taxi.

Pas d’ « opacité » mais de la « frontalité »

Si le secteur des taxis avait, à l’époque, besoin d’une certaine « modernisation », selon M. Cazeneuve, elle ne devait pas pour autant prendre la forme d’une déréglementation totale. Ainsi l’ancien ministre a-t-il critiqué ceux « tout à fait hostiles à une politique de réglementation », qui refusaient d’intégrer les chauffeurs de VTC dans le champ d’application de la loi.

Dans sa ligne de mire : Emmanuel Macron qui, comme l’a révélé l’enquête journalistique « Uber Files » en juillet 2022, avait œuvré en coulisses pour soutenir le développement de la firme américaine en France, arguant d’une création considérable d’emplois.

« Je n’ai pas senti d’opacité mais de la frontalité » avec l’actuel pensionnaire de l’Élysée, a souligné M. Cazeneuve. Il dit « n’avoir pas eu connaissance » des nombreuses réunions entre M. Macron et l’ancien PDG d’Uber Travis Kalanick tout au long du premier semestre 2015 et nie tout « deal » entre Uber et le gouvernement, qui aurait consisté à ce que « Uber Pop » ferme avec, en contrepartie, des obligations de formation moins contraignantes pour les chauffeurs VTC que pour les taxis.

Il n’y avait pas de « deal » possible avec des plateformes numériques « dont je détestais les pratiques », a-t-il martelé face aux membres de la commission.

Le lanceur d’alerte des « Uber Files » Mark MacGann, dans un grand entretien à EURACTIV France en avril, décryptait la stratégie assumée d’Uber d’intégrer un marché de force, puis de tordre le bras du législateur : hier comme aujourd’hui, « la volonté d’Uber de bloquer, ou de réduire à peau de chagrin, toute réforme protégeant les chauffeurs de VTC reste intacte ».

Une loi qui a évolué

Avec du recul, M. Cazeneuve estime que l’État de droit et la mise en œuvre de règles claires l’ont emporté sur la « déréglementation du marché […] d’inspiration libérale » que soutenait M. Macron.

Il se félicite notamment que la loi ait évolué afin d’harmoniser les obligations de formation entre chauffeurs de taxi et de VTC.

Enfin, M. Cazeneuve s’est dit très favorable à une présomption de salariat pour les travailleurs des plateformes, dans le cadre de négociations en cours autour d’une directive au niveau européen.

Le gouvernement français, à l’extrême opposé de l’ancien « premier flic de France », combat activement toute présomption de salariat, craignant sinon une perte sèche d’emplois.