Turquie : le chemin vers l’UE est encore long et sinueux
La Commission européenne a présenté l’avancée des négociations d’adhésion de la Turquie. Les progrès d’Ankara restent lents. Et de chaque coté du détroit du Bosphore, la frustration grandit.
La Commission européenne a présenté l’avancée des négociations d’adhésion de la Turquie. Les progrès d’Ankara restent lents. Et de chaque coté du détroit du Bosphore, la frustration grandit.
Dans son rapport annuel, la Commission européenne a fait un bilan mitigé des avancées des négociations d’adhésion avec la Turquie. Les progrès de la Turquie « restent lents » reconnait l’exécutif européen. «Personne ne peut se satisfaire du rythme actuel de la négociation», a souligné, mardi 9 novembre, le commissaire à l’Elargissement, Stephan Füle.
« En dépit de l’ensemble des progrès réalisés en 2009, nous craignons que le processus d’adhésion de la Turquie perde de sa dynamique », a-t-il ajouté, précisant que dans cette « phase exigeante, la Turquie doit faire plus d’efforts pour souscrire aux conditions posées ».
En 2010, deux nouveaux chapitres ont été ouverts, sur l’environnement et la sécurité alimentaire ont été ouverts. Et la présidence belge souhaiterait en ouvrir un autre avant fin 2010. Au total, 13 des 35 chapitres ont été ouverts depuis l’ouverture des négociations le 3 octobre 2005. Celui sur la science et la recherche a été provisoirement clos.
Des progrès lents
La Commission a précisé que la Turquie a fait des progrès politiques. Son « processus de réformes » se poursuit, grâce au référendum sur la constitution, en septembre. Elle a insisté sur la nécessité « d’une mise en œuvre adéquate » de ces réformes, rappelant que la Turquie doit réaliser des efforts au niveau des droits fondamentaux, en particulier sur la liberté d’expression, ou encore les minorités et les communautés non-musulmanes.
Le pays a également réalisé des progrès dans l’alignement de son droit avec les législations européennes. La privatisation et les réformes économiques avancent, mais à un rythme lent.
Toujours le problème chypriote
Le principal obstacle à l’avancée des négociations reste le conflit entre la Turquie et Chypre. Si Ankara affirme soutenir un règlement sur le problème chypriote, Bruxelles précise que le pays n’a fait « aucun progrès » dans ce domaine. La Turquie ne respecte toujours pas le protocole d’Ankara de 2005. Elle refuse d’ouvrir ses ports et aéroports aux avions chypriotes. Sans avancées, les négociations restent partiellement bloquées. L’ouverture de huit chapitres et la clôture d’autres sont liés à la mise en place complète par la Turquie de ce protocole sur Chypre.
Selon des informations du journal turc Milliyet, qui n’ont pas été confirmées, ni infirmées par la Commission, la Turquie et l’UE mèneraient des négociations secrètes ces deux dernières semaines sur la mise en pratique du Protocole. Les échanges portent sur des « concessions mutuelles ». Selon le Milliyet, le Conseil européen des 16 et 17 décembre donnera lieu à des décisions sur le déblocage de la demande d’adhésion de la Turquie.
Huit autres chapitres sont bloqués car ils demandent une « adhésion pleine et entière », sur laquelle certains États membres, dont la France, mais aussi l’Allemagne ou l’Autriche sont de plus en plus opposés.
Les esprits s’échauffent
Lundi 8 novembre, en visite à Londres, le président turc Abdullah Gül, a dénoncé l’attitude « à courte vue » des dirigeants européens opposés à l’adhésion de la Turquie, et les « obstacles très artificiels, injustes » dans les négociations.« L’Union européenne ne sera pas affaiblie mais renforcée politiquement par une adhésion », a-t-il précisé. Il a précisé que « dans le contexte d’un équilibre international qui penche vers l’Est et l’Asie avoir la Turquie pour membre constituerait évidemment pour l’Union européenne un impératif stratégique ».
Dans son coté, l’eurodéputée verte Hélène Flautre a souligné qu’au-delà des négociations, « il y a un manque de volontarisme politique en Europe ». Pour la présidente de la délégation UE-Turquie, « les paradoxes de la politique européenne à l’égard de la Turquie menace les efforts de démocratisation en Turquie comme les ambitions du projet européen. Il est désormais temps que le Conseil envisage l’adhésion de la Turquie sans hypocrisie et assume les conséquences pour l’UE de son inertie actuelle ».