Turquie : la commission des Affaires étrangères du parlement vote en faveur de l’adhésion de la Suède à l’OTAN

La commission des Affaires étrangères du parlement turc a approuvé mardi (26 décembre) la demande d’adhésion de la Suède à l’OTAN, une étape clé vers l’élargissement de l’alliance militaire qui intervient après 19 mois de blocage.

EURACTIV.com avec Reuters
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Le secrétaire général de l’Alliance, Jens Stoltenberg, a lui « salué » le vote de la commission et a déclaré qu’il « compte sur [la Turquie et la Hongrie] pour achever aussi rapidement que possible leurs procédures de ratification » du protocole d’adhésion de la Suède. Il a ajouté que l’intégration de Stockholm « rendra l’OTAN plus forte ». [EPA-EFE/Jonas Ekstroemer]

La commission des Affaires étrangères du parlement turc a approuvé mardi (26 décembre) la demande d’adhésion de la Suède à l’OTAN, une étape clé vers l’élargissement de l’alliance militaire, après 19 mois de blocage pendant lesquels Ankara a exigé de Stockholm des concessions en matière de sécurité.

Peu après le début de la guerre en Ukraine, la Finlande et la Suède ont demandé à rejoindre l’OTAN. Cependant, le veto turco-hongrois a dissocié la candidature commune des deux pays. En avril 2023, la Finlande a rejoint l’Alliance, mais la candidature de la Suède est restée bloquée.

La Suède attend toujours l’aval des parlements hongrois et turc sur son protocole d’adhésion, qui constitue la dernière étape obligatoire du processus de ratification nationale pour être autorisée à rejoindre l’alliance militaire occidentale. Ankara avait décidé fin octobre d’entamer le processus de ratification nationale de l’adhésion de la Suède à l’OTAN, tandis que Budapest avait maintenu sa position.

La commission des Affaires étrangères du parlement turc, dirigée par le Parti de la justice et du développement (AKP) du président Recep Tayyip Erdoğan, a voté mardi en faveur de l’adhésion de la Suède.

Ce vote aurait dû avoir lieu après un premier débat le 16 novembre, mais le parlement turc avait procédé à son report. Le feu vert a finalement été donné après environ quatre heures de discussions, qui concernaient également d’autres sujets.

Le parti AKP, ses alliés du Parti d’action nationaliste (MHP) et le principal parti d’opposition, le Parti républicain du peuple (CHP), ont voté en faveur de la ratification du protocole d’adhésion de la Suède, tandis que le petit Parti de la félicité (SP), à tendance islamiste, et le parti nationaliste de droite İYİ ont voté contre.

La prochaine étape sera un vote, qui devrait avoir lieu dans les semaines à venir, à l’assemblée générale du parlement, où le parti de M. Erdoğan détient la majorité. Après cela, le président devrait promulguer la loi, clôturant ainsi un processus qui a mis à l’épreuve les relations du pays avec le monde occidental.

Le président de la commission des Affaires étrangères, Fuat Oktay (AKP), a déclaré aux journalistes à l’issue du vote que cette décision « ne doit pas être interprété comme [un signe] que [la candidature suédoise] sera adoptée par l’assemblée générale avec la même rapidité », ajoutant que ce serait le président du parlement, Numan Kurtulmuş (AKP), de décider du calendrier. En outre, le parlement a prévu une pause de deux semaines au début du mois de janvier.

Dans un communiqué publié à la suite de l’annonce, le ministre suédois des Affaires étrangères, Tobias Billstrom, a déclaré que la Suède saluait cette décision et se réjouissait à l’idée de rejoindre l’OTAN.

Boris Ruge, secrétaire général adjoint de l’OTAN pour les affaires politiques et la politique de sécurité, a déclaré sur la plateforme X que cette étape était une « excellente nouvelle ».

Le secrétaire général de l’Alliance, Jens Stoltenberg, a quant à lui « salué » le vote de la commission et a déclaré dans un communiqué qu’il « compte sur ces deux États [la Turquie et la Hongrie] pour achever aussi rapidement que possible leurs procédures de ratification » du protocole d’adhésion de la Suède. Il a ajouté que l’intégration de Stockholm « rendra l’OTAN plus forte ».

Oguz Kaan Salici, législateur du CHP et membre de la commission, a déclaré à Reuters que son parti avait demandé une explication sur ce qui avait changé depuis la réunion de la commission du 16 novembre.

« Nous avons demandé ce qui avait changé entre la dernière réunion et celle-ci. En tant que principal parti d’opposition, nous avons demandé des explications. Ils nous ont informés des mesures prises par la Suède, des priorités de la Turquie en matière de politique étrangère et ont ouvertement fait référence aux discussions [à la mi-décembre] entre le président M. Erdoğan et [le président américain Joe] Biden », a déclaré M. Salici.

Le législateur a également indiqué qu’il s’attendait à ce que tous les partis adoptent une position similaire à celle observée mardi lors de l’assemblée générale.

Blocage turc

En mai de l’année dernière, Recep Tayyip Erdoğan avait émis des objections concernant les demandes de la Suède et de la Finlande d’adhérer à l’alliance militaire, en raison de ce qu’il considérait comme de la mansuétude envers des groupes kurdes que la Turquie qualifie de terroristes ainsi qu’en raison d’embargos sur les exportations d’armes vers la Turquie.

La Turquie a ratifié la candidature de la Finlande en avril, mais a fait patienter la Suède jusqu’à ce qu’elle prenne davantage de mesures pour réprimer les membres du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), que l’Union européenne et les États-Unis considèrent également comme un groupe terroriste, présents sur son territoire.

Stockholm a alors présenté un projet de loi antiterroriste qui rend illégal le fait d’être membre d’une organisation terroriste, affirmant qu’elle avait respecté sa part de l’accord signé l’année dernière.

La Suède ainsi que la Finlande, le Canada et les Pays-Bas, tous les trois membres de l’OTAN, ont également pris des mesures pour assouplir les interdictions d’exportation d’armes à la Turquie.

Alors que la Hongrie, membre de l’OTAN, n’a pas non plus ratifié l’adhésion de la Suède, la Turquie est considérée comme le principal obstacle à l’intégration de la nation scandinave dans l’alliance militaire et à l’amélioration de la défense dans la région de la mer Baltique.

Plus tôt en décembre, M. Erdoğan a fait valoir que la ratification finale de la candidature suédoise dépendait de l’approbation par les États-Unis de la vente d’avions de chasse F-16 à la Turquie. Lors de sa conversation téléphonique avec Joe Biden, le président américain a déclaré que Washington attendait la ratification pour donner suite à la demande.

La Maison-Blanche est favorable à cette vente, bien qu’aucun calendrier précis n’ait été fixé pour son approbation par le Congrès américain, au sein duquel la Turquie est confrontée à une certaine opposition pour avoir retardé l’élargissement de l’OTAN et pour son bilan en matière de droits humains.

Par ailleurs, la position diplomatique adoptée par la Turquie au cours des 18 derniers mois a irrité certains membres de l’OTAN dans le contexte de la guerre en Ukraine. Contrairement à ses alliés, Ankara entretient de bonnes relations avec Moscou et Kiev, s’opposant aussi bien à l’invasion russe qu’aux sanctions occidentales contre la Russie.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]