Trois ans après le début de la guerre, l’Ukraine s'achemine vers sa dernière chance diplomatique

Trois ans après l’invasion à grande échelle du pays par la Russie, le pire cauchemar de l’Ukraine commence à se matérialiser à mesure que l’engagement occidental de soutenir Kiev « aussi longtemps qu’il le faudra » devient de plus en plus difficile à tenir.

EURACTIV.com
Ukrainian Artillery Unit Operates In Kharkiv Region
Un soldat de la 13e brigade de Khartiia dans une tranchée pendant une tempête de neige le 6 décembre 2024 à Kharkiv, en Ukraine. [Nikoletta Stoyanova/Getty Images]

KIEV — Trois ans après l’invasion à grande échelle du pays par la Russie, le pire cauchemar de l’Ukraine commence à se matérialiser à mesure que l’engagement occidental de soutenir Kiev « aussi longtemps qu’il le faudra » devient de plus en plus difficile à tenir.

Alors qu’une horde de dirigeants européens se rend à Kiev lundi matin pour commémorer le troisième anniversaire de l’invasion à grande échelle du pays par la Russie, ces derniers ne pourront pas offrir grand-chose de plus qu’une « démonstration de soutien ».

À la veille de l’anniversaire de la guerre, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a annoncé que les discussions avec les dirigeants européens à Kiev, lundi, devraient marquer un « tournant ».

Outre les garanties de sécurité occidentales, le président ukrainien a déclaré qu’il s’attendait à entendre ses homologues lui exposer leur stratégie « non pas pour les années à venir, mais pour les semaines à venir ».

Le président du Conseil européen, António Costa, et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ainsi que 24 de ses commissaires, et 13 autres dirigeants occidentaux, devraient assister en personne aux pourparlers. D’autres, comme la Première ministre italienne, Giorgia Meloni, devraient se connecter virtuellement.

Volodymyr Zelensky devrait également organiser une réunion complémentaire dans les prochains jours dans l’une des capitales européennes « pour comprendre comment les garanties de sécurité pourraient fonctionner ».

La prochaine étape sera un sommet extraordinaire convoqué par António Costa le 6 mars, lors duquel les dirigeants de l’Union européenne (UE) devraient « être prêts à prendre des décisions ».

Mais après deux occasions manquées à Paris, le temps presse.

« Un meilleur accord »

La question clé pour l’Europe dans les semaines à venir est claire. Jusqu’où ira réellement la promesse faite par les alliés occidentaux de l’Ukraine depuis le début de la guerre, formulée en ces termes : « aussi longtemps qu’il le faudra » ?

En public, leur engagement tient. Mais en privé, de nombreux responsables européens parlent de plus en plus d’une occasion manquée de mettre fin à la guerre rapidement, à moindre coût et selon les conditions européennes.

Ils reconnaissent qu’ils auraient pu aider l’Ukraine à gagner la guerre, mais qu’ils ont perdu du temps en prenant des décisions tardives et en rejetant les demandes de Kiev pour obtenir plus d’armes ou lever les restrictions sur leur utilisation.

Concrètement, cela inclut quatre mois de tergiversations après la victoire électorale de Donald Trump, au cours desquels aucun plan d’action européen n’a été élaboré.

Alors que l’Europe se démène pour trouver une réponse unie face à des États-Unis de plus en plus désengagés, les tensions entre Volodymyr Zelensky et Donald Trump éclatent au grand jour.

Le plan initial de Vladimir Poutine, qui consistait à prendre l’Ukraine en trois jours, a échoué. Mais trois ans plus tard, il se trouve dans une meilleure position que ce que les partenaires occidentaux de l’Ukraine auraient pu imaginer il y a encore quelques mois.

« Il est difficile de voir comment [Vladimir] Poutine pourrait être autrement que satisfait de la façon dont les choses se sont déroulées, du moins au cours de la semaine dernière », confie Sam Greene, directeur de la résilience démocratique au Center for European Policy Analysis (CEPA), à Washington.

Selon les analystes, la Russie n’est pas soumise à la pression de conclure un accord qu’elle ne souhaite pas, et compte plutôt sur une administration Trump qui semble disposée à rechercher un accord pour le seul plaisir d’aboutir à un accord, quand bien même celui-ci serait en grande partie conforme aux conditions du dirigeant russe.

« Un groupe de pays européens, dont le Royaume-Uni et la France, commence à considérer les États-Unis comme une partie du problème. Les Européens doivent maintenant trouver une solution qui élude le processus en cours entre Washington et Moscou », explique Sam Greene.

« Si la conversation en Europe porte vraiment sur la manière de donner à Kiev les moyens de rejeter un mauvais accord (…), cela n’est possible que si l’Europe peut proposer un meilleur accord », selon l’expert.

Des options limitées

Le problème majeur que les Européens ont cherché à résoudre au cours des trois dernières années reste le même : comment aider l’Ukraine à sortir vainqueur d’une guerre que la Russie est en train de tourner lentement à son avantage ?

La Haute représentante de l’Union pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Kaja Kallas, a présenté une proposition qui vise à fournir 20 milliards d’euros supplémentaires de soutien militaire à l’Ukraine, y compris davantage de munitions, de systèmes de défense aérienne, de missiles de frappe en profondeur et de drones.

« À l’heure actuelle, nous devrions concentrer nos efforts sur le soutien à l’Ukraine. Plus les Ukrainiens seront forts sur le champ de bataille, plus ils le seront aussi derrière la table des négociations », a déclaré Kaja Kallas à Euractiv la semaine dernière.

« Nous devrions mettre l’Ukraine dans une position [de force] où elle est capable de dire non à un mauvais accord », a-t-elle ajouté.

La somme proposée correspondrait à peu près à l’aide militaire accordée par l’UE à l’Ukraine l’année dernière. De hauts diplomates européens affirment cependant que le bloc devrait mettre beaucoup plus de ressources sur la table cette année si l’aide américaine venait à s’épuiser.

« Tous les États membres partagent-ils le même sentiment d’urgence ? En théorie, probablement, mais il y a place à l’amélioration dans tous les domaines », souligne un diplomate de l’UE.

« Toutes les capitales de l’UE doivent se remettre en question et se demander si, dans la pratique, elles font ce qu’elles disent dans leurs déclarations », ajoute le diplomate.

Un chiffre d’environ 30 milliards d’euros a été avancé comme objectif réaliste, mais celui-ci risque de se heurter à la résistance des États membres de l’UE qui souhaitent de plus en plus que les pourparlers de paix aboutissent d’abord, comme la Hongrie et la Slovaquie.

Les ministres des Affaires étrangères de l’UE devraient discuter de la proposition de Kaja Kallas lundi, mais il est peu probable qu’ils s’accordent sur le montant et renverront probablement la décision aux dirigeants de l’UE qui se réuniront le 6 mars.

Ils devraient toutefois donner leur feu vert à un paquet de sanctions « anniversaire » contre la Russie (le 16ᵉ paquet de ce type en Europe), qui comprend des mesures supplémentaires pour lutter contre le contournement par la Russie du plafonnement des prix du pétrole du G7.

Le changement d’attitude croissant de Washington

Donald Trump, quant à lui, semble de plus en plus prêt à aller de l’avant sans tenir compte de l’Europe.

Alors que le premier cycle de négociations entre les États-Unis et la Russie a marqué un net écart par rapport aux efforts occidentaux visant à isoler Moscou, le fait que le président américain serine les arguments russes a commencé à créer des obstacles à une position occidentale coordonnée.

Le refus de Donald Trump de désigner Vladimir Poutine comme l’agresseur de l’Ukraine a effrayé les Européens, perturbant la traditionnelle manifestation de soutien à l’Ukraine qui coïncide avec chaque anniversaire.

Après s’être opposés à l’expression « agression russe » employée dans une déclaration commune du G7 sur l’Ukraine, les États-Unis ont également fait pression pour bloquer une résolution de l’ONU qui condamnerait Moscou pour sa guerre d’agression.

L’administration Trump a plutôt exhorté les membres de l’ONU à soutenir un texte édulcoré présenté par les États-Unis, sur la base d’une déclaration du département d’État.

La semaine dernière, un communiqué des ministres des Affaires étrangères du G20 avait déjà été mis de côté et transformé en une simple déclaration de la présidence par l’Afrique du Sud après que le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, a fait l’impasse sur la réunion, ont confié à Euractiv des personnes proches des négociations.

La demande de Washington que l’Ukraine « rembourse » l’aide militaire américaine par le biais d’un accord bilatéral sur les minéraux de terres rares, alors qu’elle est victime de l’agression russe, constitue un nouvel obstacle pour les alliés occidentaux.

(sn)