« Trêve humanitaire » à Gaza : les États membres de l’UE toujours divisés
Les dirigeants de l’UE devraient appeler ce jeudi à une « trêve humanitaire » dans les combats entre Israël et le Hamas, mais les États membres restent divisés sur la formulation à utiliser.
Les dirigeants de l’UE devraient appeler ce jeudi (26 octobre) à une « trêve humanitaire » dans les combats entre Israël et le Hamas, mais les États membres restent divisés sur la formulation à utiliser.
Après des jours de négociations, le dernier projet de communiqué du sommet européen qui se déroule actuellement à Bruxelles (26-27 octobre) prévoit que les dirigeants de l’UE appellent « à un accès humanitaire continu, rapide, sûr et sans entrave et à ce que l’aide parvienne à ceux qui en ont besoin par le biais de toutes les mesures nécessaires, y compris une trêve humanitaire ».
Selon des diplomates européens, la formulation du texte adopté lors du sommet pourrait encore changer lors de la réunion des dirigeants à Bruxelles et ces derniers pourraient hésiter entre les termes « trêve humanitaire » et « trêves humanitaires », au pluriel.
On peut toutefois s’attendre à ce que la formulation finale reste en deçà des appels de l’ONU en faveur d’un « cessez-le-feu ».
Israël-Hamas : la proposition de « trêve humanitaire » ne fait pas l’unanimité au sein de l’UE
Les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne se sont prononcés lundi (23 octobre) en…
6 minutes
Les divisions
Si, au cours des dernières semaines, l’attaque du Hamas contre Israël a été condamnée avec fermeté, le consensus a été moins large sur la nécessité d’interrompre les bombardements de représailles israéliens sur Gaza.
Lundi (23 octobre), les ministres des Affaires étrangères de l’UE se sont prononcés en faveur d’une « trêve humanitaire », bien que certains États membres aient émis des réserves à ce sujet.
Parmi les États membres favorables à une trêve, on retrouve notamment la France, l’Espagne, les Pays-Bas, l’Irlande, la Slovénie et le Luxembourg.
Le Premier ministre espagnol par intérim, Pedro Sánchez, a demandé sur X, mercredi (25 octobre, un « arrêt et un cessez-le-feu humanitaire » afin de permettre « l’introduction urgente d’une aide humanitaire à Gaza de manière systématique, permanente et proportionnelle aux besoins extraordinaires du peuple palestinien ».
Les États membres hésitants ont exprimé leur crainte que les appels à l’arrêt des hostilités ne soient en contradiction avec les déclarations de dirigeants de l’UE soulignant le droit d’Israël à se défendre.
« Nous devons trouver une formule qui permette de trouver un juste milieu entre ceux qui plaident pour un cessez-le-feu humanitaire pur et simple, c’est-à-dire un arrêt général des combats, et ceux qui pensent, par exemple, qu’Israël a encore le droit de se défendre contre les attaques et qu’il est trop tôt pour parler de cessez-le-feu », a déclaré un diplomate de l’Union européenne.
Le second camp, mené par l’Allemagne et incluant l’Autriche et la République tchèque, n’est pas favorable à un arrêt plus définitif qui pourrait contraindre Israël et a proposé des « fenêtres humanitaires » ou des « trêves » au pluriel.
« Si nous appelons à un cessez-le-feu et que le Hamas continue à lancer des roquettes, nous ne pourrons pas dire à Israël qu’il ne peut pas se défendre », et cela place les Européens face à un dilemme moral, a déclaré un second diplomate européen.
Dans ce cas de figure, les Israéliens rompraient automatiquement le cessez-le-feu et les Européens feraient de même en soutenant les droits d’autodéfense d’Israël, ont-ils ajouté.
« Les lettres, les virgules, la formulation sont des éléments importants, et ce sont eux qui permettent de trouver des accords », a déclaré un responsable de l’UE à propos des négociations. Le texte doit être approuvé par tous les États membres.
« De notre point de vue, ce qui compte, c’est l’accès humanitaire, afin que nous puissions aider ceux qui en ont besoin, que ce soit en Israël ou à Gaza », ont-ils déclaré. « Les mots employés ont de l’importance tant qu’ils nous aident à atteindre nos objectifs. »
Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, a annoncé mercredi soir qu’il « préparait une invasion terrestre » de la bande de Gaza, ce qui pourrait compliquer une pause dans les combats.
Certains diplomates de l’UE ont également mis en garde contre le risque de voir la crédibilité de l’Union européenne en tant qu’acteur de la politique étrangère mise à mal par les désaccords sur la formulation à adopter, alors que le bilan humain ne cesse de s’alourdir dans les zones de conflit.
Ce débat intervient alors que Bruxelles cherche à dissiper la confusion qui entoure sa réponse au conflit.
Les États membres divisés sur l’interruption de l’aide européenne à la Palestine
Les divisions entre les États membres de l’UE et le manque de convergence des institutions…
6 minutes
Quel impact peut avoir l’UE ?
Contrairement à la guerre lancée par la Russie en Ukraine, les positions des dirigeants européens sur la guerre entre Israël et le Hamas sont moins homogènes, les États membres étant traditionnellement divisés entre les membres les plus propalestiniens (Irlande, Espagne), et les inconditionnels d’Israël (Allemagne, Autriche).
« Nous ne devrions pas supposer d’uniformité de points de vue sur cette question : nous avons tous des histoires et des relations différentes avec la région, nous avons donc des perceptions, des expériences et des réactions différentes », a expliqué le second diplomate.
« Mais cela ne signifie pas que nous [les États membres] ne pouvons pas agir ensemble et être utiles », a-t-il ajouté.
En outre, l’impact réel qu’aura l’appel des dirigeants de l’UE sur le terrain doit encore être déterminé, en particulier après des années de désengagement dans la région et des relations compliquées qui ont réduit la voix et l’influence de l’UE, ont expliqué les diplomates européens.
« Les principales puissances dynamiques au niveau mondial, telles que l’UE, les États-Unis, la Chine, la Russie et le Quartet [pour le Moyen-Orient*], ont quelque peu négligé le processus de paix dans la région durant les dernières années », a déclaré un troisième diplomate.
Les accords de paix d’Oslo, signés en 1993 et qui devaient permettre de renforcer la confiance et à ouvrir la voie à un accord de paix permanent, s’étaient enlisés en un système de résolution d’un conflit dont on ne voyait pas la fin.
Une cinquantaine de représentants d’Europe et du Moyen-Orient réunis dans le cadre de l’Assemblée générale des Nations unies en septembre avaient pourtant nourri l’espoir qu’ils renaissent de leurs cendres en dévoilant une nouvelle initiative négocier par l’UE, baptisée Journée d’initiative pour la paix (Peace Day Effort).
Cependant, la prochaine réunion, qui devait initialement se tenir en novembre en Belgique, a été reportée en raison de l’instabilité de la situation dans la région.
*Le Quartet pour le Moyen-Orient est un groupe de médiation dans le cadre du processus de paix pour le conflit israélo-palestinien composé des États-Unis, de l’UE, de la Russie et des Nations unies.
Conseil européen : le Premier ministre slovaque prêt à défendre ses positions hétérodoxes sur la politique étrangère de l’UE
Le gouvernement du Premier ministre Robert Fico a été formé juste à temps pour lui…
3 minutes
[Édité par Anne-Sophie Gayet]