Transition écologique : les ministres des Transports de l'UE se penchent sur les problèmes du secteur
Le secteur des transports reste «l'enfant à problèmes» des efforts climatiques de l'Union européenne et pourrait représenter 44 % de toutes les émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030, selon les dernières projections.
Alors que les ministres des Transports de l’UE se réunissent pour une réunion informelle à Bruxelles mercredi (3 avril), le secteur reste « l’enfant à problèmes » des efforts climatiques de l’Union européenne et pourrait représenter 44 % de toutes les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, selon les dernières projections.
Si les émissions de gaz à effet de serre provenant de secteurs économiques tels que l’énergie, l’industrie, le bâtiment et l’agriculture ont diminué depuis 1990, celles des transports ont augmenté de 26 %, atteignant 1 046 mégatonnes de CO2 en 2023.
Selon un rapport de la Fédération européenne pour le transport et l’environnement (T&E), ces émissions pourraient légèrement diminuer d’ici 2030, mais elles resteraient bien supérieures à l’objectif total de réduction des émissions de l’UE, qui est de réduire les émissions de 55 % par rapport aux niveaux de 1990, laissant ainsi le gros du travail à d’autres secteurs.
Si les autres secteurs réduisent leurs émissions conformément à l’objectif de l’UE, le secteur des transports pourrait bientôt représenter 44 % des émissions totales, contre 29 % aujourd’hui, selon le rapport.
Pour William Todts, directeur exécutif de l’ONG T&E, les transports sont « l’enfant à problèmes des efforts de l’Europe en matière de climat ». Il présentera mercredi les conclusions du rapport aux ministres des Transports des 27 États membres de l’UE, qui se réunissent de manière informelle à Bruxelles pour discuter du « verdissement des transports ».
L’une des principales raisons de l’augmentation des émissions dues aux transports est l’accroissement de la mobilité des personnes : le nombre de kilomètres parcourus en voiture a augmenté de 15 % depuis 2000 et les émissions dues à l’aviation ont plus que doublé depuis 1990.
Les émissions liées au transport de marchandises ont également augmenté, puisque celles des camions et des bus ont progressé de 25 % et celles du transport maritime de 20 % par rapport à 1990.
Bien que des solutions technologiques telles que les voitures électriques soient disponibles, il faudra du temps pour les déployer, car en 2023, seule une voiture neuve sur six vendues était entièrement électrique. De plus, la durée de vie moyenne d’une voiture se situe entre 18 et 28 ans, il faudra donc du temps avant que les voitures électriques remplacent le parc automobile européen actuel.
Afin de stimuler la demande de voitures électriques, T&E souhaite que l’UE règlemente les voitures de société, qui représentent 58 % des ventes de voitures neuves, une idée que la Commission européenne teste actuellement dans le cadre d’une consultation publique.
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Pression sur les gouvernements nationaux
La pression pour réduire les émissions générées par les transports pèse principalement sur les ministres nationaux, car le transport routier, le principal responsable de ces émissions, est intégré aux objectifs climatiques nationaux dans le cadre du règlement sur la répartition de l’effort.
Un rapport de la Commission européenne publié en décembre dernier a montré que 19 des 27 États membres de l’UE n’ont pas atteint leurs objectifs en matière de répartition de l’effort, en grande partie à cause d’un manque d’action dans le secteur des transports.
Bien que tous les États membres encouragent la mobilité électrique, ils hésitent à prendre des mesures qui pourraient être considérées comme restrictives pour la mobilité des personnes, par crainte de provoquer des protestations similaires à celles des agriculteurs qui ont eu lieu récemment dans toute l’Europe.
Le ministre irlandais des Transports, Eamon Ryan, s’attend à ce que les objectifs climatiques du secteur des transports soient encore plus difficiles à atteindre que ceux de l’agriculture, tandis que Christian Lindner, chef du parti libéral-démocrate allemand (FDP) et ministre allemand des Finances, a récemment mis en garde contre une « ingérence brutale dans la liberté » de la mobilité des personnes.
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Le futur prix du carbone pas pris en compte
L’inclusion du transport routier dans le système d’échange de quotas d’émission de l’UE (SEQE) à partir de 2027 constitue une incertitude majeure concernant les émissions futures du secteur. Ce système fixera un prix pour chaque tonne de CO2 émise par le transport routier, une mesure qui devrait inciter les particuliers et les entreprises à opter pour des modes de transport moins polluants.
Cependant, seuls sept États membres de l’UE ont pris en compte le nouveau système dans leurs projections nationales, déplore la Commission. La projection T&E n’a pas encore modélisé l’impact du SEQE2, en raison de l’incertitude quant à son effet sur les prix.
Les institutions européennes espèrent limiter le coût supplémentaire du système à 45 euros par tonne de CO2 (environ 10 centimes par litre d’essence ou de diesel), mais cela n’est pas garanti, ce qui pousse certaines parties prenantes à remettre en question l’introduction du SEQE2.
Pour contrer une éventuelle flambée des prix au-delà de 45 euros, la Commission pourrait déverser des quotas d’émission supplémentaires sur le marché, en recourant à ce que l’on appelle la « réserve de stabilité du marché ». Toutefois, ces quotas supplémentaires compromettraient les efforts déployés pour atteindre les objectifs climatiques de l’UE.
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[Édité par Anna Martino]