Traité de Lisbonne : la Pologne dira oui si l’Irlande ratifie

Pour la deuxième fois depuis le non irlandais, le président polonais Lech Kaczynski a déclaré qu’il pourrait ne pas ratifier le traité de Lisbonne. Des déclarations jusqu’à présent minimisées par Paris et Bruxelles, mais qui pourraient traduire une volonté du président polonais de se repositionner au niveau national.

Pour la deuxième fois depuis le non irlandais, le président polonais Lech Kaczynski a déclaré qu’il pourrait ne pas ratifier le traité de Lisbonne. Des déclarations jusqu’à présent minimisées par Paris et Bruxelles, mais qui pourraient traduire une volonté du président polonais de se repositionner au niveau national.

« Si l’Irlande prend une autre décision, non pas sous pression, mais sans changer sa constitution, de la même manière que celle qui a été prise, la Pologne ne posera pas d’obstacle », a déclaré le président polonais Lech Kaczynski dans un entretien accordé à l’AFP, mercredi 2 juillet.

« Je n’avais pas l’intention de freiner le processus de ratification. C’est le résultat du référendum irlandais. L’Irlande est un pays indépendant, pas grand mais indépendant, et son peuple a parfaitement le droit de prendre la décision qu’il a prise. Il a aussi le droit de la changer », a-t-il ajouté dans cet entretien.

Cette déclaration fait suite à une première sortie du président polonais sur le sujet le 1er juillet. Il avait alors déclaré au quotidien polonais qu’il ne signerait pas le traité de Lisbonne.

Les Européens peu inquiets?

Les propos du président polonais, qui interviennent au tout début de la Présidence française de l’UE, ont été jusqu’à présent minimisés par Bruxelles et Paris. Le président français, Nicolas Sarkozy, a indiqué, mardi 1er juillet, qu’il n’imaginait pas que Lech Kaczynski « puisse remettre en cause sa propre signature ». De son côté, la Commission européenne a rappelé le même jour que la Pologne « s’était engagé à ratifier le texte ».

D’après l’AFP, le président polonais n’a pas réagi aux déclarations de Nicolas Sarkozy, mais une rencontre entre les deux hommes serait prévue en marge du Sommet de Paris sur l’Union pour la Méditerranée, le 13 juillet prochain.

Le Parlement polonais a déjà approuvé le traité, mais la signature du président polonais est indispensable pour que la ratification soit totale. Au quai d’Orsay, le porte-parole Eric Chevallier a insisté sur le fait que Lech Kaczynski avait employé les mots « pour le moment » dans sa déclaration indiquant qu’il ne signerait pas le traité.

Lors des négociations du traité de Lisbonne au Conseil européen de juin 2007, les deux frères Kaczynski, à l’époque président et premier ministre, avaient freiné l’accord finalement obtenu à l’arraché dans la nuit du vendredi au samedi, après des heures de négociations.

Le nouveau premier ministre Donald Tusk, considéré comme libéral et pro-européen, s’est inscrit en faux contre les déclarations du président. « J’espère que le président va revenir sur son annonce. Ce n’est pas ainsi que l’on construit la position de la Pologne dans le monde » a-t-il déclaré.

Renforcer son pouvoir au niveau national

Autre condition posée par le président de la République polonaise  : le vote par le parlement d’une loi donnant un droit de regard accru au président sur les affaires européennes.

Une telle loi n’a pour le moment pas été déposée, mais si c’était le cas, cette loi, qui modifierait la Constitution, devrait remporter un consensus très fort pour être approuvée. Il faudrait en effet la majorité des 2/3 à l’Assemblée polonaise (Sejm), en présence d’au moins la moitié des 460 députés, et la majorité absolue des votes au Sénat, en présence d’au moins la moitié des 100 sénateurs.

D’après le dernier sondage Eurobaromètre sur l’opinion publique européenne de la Commission européenne, les Polonais figurent parmi les citoyens les plus en phase avec les décisions prises par l’UE.

Le président polonais en minorité chercherait-il à reprendre la main dans un domaine où il n’est censé que coopérer avec le gouvernement?

Lors du Conseil européen des 19 et 20 juin derniers, les États membres se sont prononcés en faveur de la poursuite de la ratification du traité de Lisbonne. Seule la République tchèque a alors fait pression pour obtenir une dérogation.

Selon les conclusions du Conseil, le pays peut attendre l’avis de sa cour constitutionnelle pour ratifier le traité. A noter que des élections législatives ont lieu au mois d’octobre en République tchèque, c’est-à-dire aux alentours du Conseil européen informel, au cours duquel l’Irlande doit présenter des solutions pour sortir de la crise.