Traité de désarmement : Obama dissipe les craintes de l'Europe de l'est

Après avoir signé un traité de désarmement nucléaire qui marque une étape stratégique avec la Russie hier (8 avril), le président des Etats-Unis Barack Obama a rassuré les dirigeants d'Europe de l'est qui craignent que le réchauffement des relations entre Washington et Moscou ne compromette leur sécurité.

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Après avoir signé un traité de désarmement nucléaire qui marque une étape stratégique avec la Russie hier (8 avril), le président des Etats-Unis Barack Obama a rassuré les dirigeants d'Europe de l'est qui craignent que le réchauffement des relations entre Washington et Moscou ne compromette leur sécurité.

Les présidents Barack Obama et Dimitri Medvedev ont signé le pacte lors d'une cérémonie au château médiéval de Prague après des discussions qui comprenaient la sécurité nucléaire, le programme atomique de l'Iran et le soulèvement au Kirghizstan, pays d'Asie centrale, où les deux grandes puissances ont des bases militaires (EURACTIV 08/04/10).

M. Obama a dit que l'accord avait mis fin à la dérive dans les relations entre Moscou et Washington et envoyé un signal fort selon lequel les deux puissances -qui ensemble possèdent 90 % de toutes les armes nucléaires- prenaient leurs obligations de désarmement très au sérieux.

Nous travaillons ensemble au conseil des Nations unies pour donner de fortes sanctions à l'Iran et nous ne tolérerons aucune action qui bafouerait le traité de non prolifération (TNP).

Je pense que nous allons être capables d'infliger des sanctions fortes et sévères à l'Iran au printemps, a-t-il ajouté.

Changement de doctrine pour les Etats-Unis

M. Obama a annoncé cette semaine un changement dans la doctrine nucléaire des Etats-Unis, s'engageant à ne jamais utiliser d'arme nucléaire contre un Etat non armé, alors qu'il cherchait à créer un élan pour le sommet sur la sécurité nucléaire des 12 et 13 avril à Washington.

Le document de M. Obama sur la nouvelle stratégie nucléaire marque une rupture par rapport à la menace de représailles nucléaires de l'ancien président George W. Bush dans l'éventualité d'une attaque biologique ou chimique.

Le président américain a réaffirmé l'objectif à long terme qu'il avait annoncé dans le même château de Prague il y a un an (EURACTIV 05/04/10) de travailler pour obtenir un monde sans armes nucléaires et a dit que M. Medvedev se rendrait aux Etats-Unis plus tard dans l'année afin de discuter d'une coopération renforcée, comprenant le retrait à court terme des armes nucléaires tactiques.

Les deux hommes ont dit qu'ils avaient bon espoir que le traité soit ratifié cette année. M. Medvedev, se souvenant des problèmes du passé pour gagner l'approbation du Sénat américain peu favorable au traité, a dit que le processus de ratification aurait lieu simultanément. M. Obama a dit qu'il était convaincu qu'il y aurait un soutien biparti au Sénat.

Le problème du bouclier missile

M. Medvedev a réaffirmé l'avertissement de Moscou selon lequel elle pourrait se retirer du traité si le projet de bouclier antimissile des Etats-Unis sapait la base pour un contrôle stratégique des armes.

Le gouvernement russe a adopté une déclaration unilatérale qui dispose que s'il y avait une accumulation des systèmes de bouclier antimissile aux Etats-Unis, cela justifierait le retrait de la Russie du "traité nouveau départ" signé hier.

Après que M. Obama a annoncé en septembre dernier que les Etats-Unis reverraient le système de bouclier antimissile imaginé par son prédécesseur et qui devait être déployé en Pologne et en République tchèque, la Russie a salué un "nouveau départ" dans ses relations avec l'OTAN.

Toutefois, peu de temps après, la Roumanie a annoncé qu'elle avait accepté une invitation de M. Obama pour accueillir un bouclier similaire sur son territoire (EURACTIV 05/02/10).

Les craintes des pays d'Europe orientale

Plus tard ce jeudi, M. Obama a reçu 11 chefs d'Etat d'Europe centrale et de l'est à dîner. Les diplomates tchèques ont dit que la rencontre avait pour but de réassurer les anciens pays soviétiques quant au fait que le resserrement des relations avec la Russie ne diminuerait pas l'intérêt des Etats-Unis dans cette région.

En Europe centrale et orientale, où les souvenirs de la domination soviétique restent toujours vifs, il y a un large soutien pour conserver les armes nucléaires des Etats-Unis en tant que symbole de l'engagement américain à la sécurité de la région.

A l'inverse, dans les pays d'Europe occidentale, l'opinion publique et les gouvernements ont tendance à soutenir le retrait des bombes nucléaires tactiques américaines estimées au nombre de 200, qui sont toujours déployées sur le continent.

22 personnalités politiques d'Europe de l'est ont récemment envoyé une lettre ouverte à M. Obama, appelant les Etats-Unis à une "renaissance" de l'OTAN comme le lien de sécurité le plus important entre les Etats-Unis et l'Europe. Ils ont également appelé M. Obama à ne pas abandonner les projets de boucliers antimissile localisés en Europe, et ont mis en garde contre une trop forte implication de la Russie dans le projet.

Des fonctionnaires de la Maison Blanche ont affirmé que les relations de Washington avec Moscou et avec les pays d'Europe centrale et de l'est ne devaient pas être perçues comme un "jeu à somme nulle".

Cette notion selon laquelle nous travaillons avec la Russie au détriment de nos alliés, comme la République tchèque, est totalement absurde, a affirmé à Prague Michael McFaul, conseiller principal de M. Obama sur la Russie.

Le président tchèque Václav Klaus a dit avant le dîner qu'il faisait confiance aux garanties des Etats-Unis.

Le président Obama veut -c'est pourquoi il a invité nos voisins d'Europe centrale et de l'est- les convaincre qu'il ne s'agit pas d'un signal qui signifie que l'Amérique oublie cette partie du monde, a-t-il expliqué.

Ce sont ses phrases exactes et je n'ai aucune raison de ne pas le croire, a-t-il ajouté.

Dans le cadre d'un projet revisité, l'administration de M. Obama souhaite déployer différents intercepteurs de missiles en Roumanie et en Bulgarie.

Où est l'UE à Prague?

Par ailleurs, l'absence de représentant de l'UE lors de la rencontre à Prague a fait naître un sentiment sceptique à Bruxelles.

Guy Verhofstadt, dirigeant du groupe libéral au Parlement européen, a déploré l'absence de la haute représentante des affaires étrangères de l'UE Catherine Ashton au sommet de Prague.

Alors que l'UE se bat pour former ses structures de politique extérieure  afin d'avoir davantage d'influence au niveau mondial, cela représente une situation "perdant perdant" à la fois pour les membres de l'UE qui étaient présents, et pour l'UE, a affirmé M. Verhofstadt.

Interrogé sur l'exactitude de ces propos, la Commission a donné moins d'importance à la signification de l'événement. La rencontre de Prague est un arrangement entre deux puissances nucléaires, deux pays tiers, a affirmé un porte-parole de la Commission.

Le fait que M. Obama ait décidé d'inviter 11 dirigeants des pays d'Europe de l'est n'est pas une information négative pour nous, a ajouté le porte-parole.

(EURACTIV avec Reuters. Article traduit de l'anglais par EURACTIV.)