TotalEnergies accusée d'être impliquée dans des frappes russes en Ukraine

Dans une enquête édifiante parue mercredi (24 août), TotalEnergies est accusée d'avoir produit du condensat de gaz transformé en kérosène et utilisé par l'aviation russe pour bombarder des villes ukrainiennes, entraînant la mort de centaines de civils.

Euractiv France
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Dans une enquête édifiante parue mercredi (24 août), TotalEnergies est accusée d'avoir produit du condensat de gaz transformé en kérosène et utilisé par l'aviation russe pour bombarder des villes ukrainiennes, entraînant la mort de centaines de civils. [Cristopher rogel blanquet / Shutterstock]

Dans une enquête parue mercredi (24 août), TotalEnergies est accusée d’avoir produit du condensat de gaz transformé en kérosène et utilisé par l’aviation russe pour bombarder des villes ukrainiennes, entraînant la mort de centaines de civils.

Dans son enquête « French cash, Russian fuel, Ukrainian blood », l’ONG Global Witness, en partenariat avec Le Monde, a analysé les données de la chaîne de traitement d’un condensat de gaz produit dans le champ pétrolifère de Termokarstovoye que TotalEnergies exploite avec l’entreprise russe Novatek depuis 2015. 

Ces données, fournies par Refinitiv, montrent qu’une partie du condensat a transité pour traitement jusqu’à l’usine de Purovsky appartenant à Novatek, continué sa route vers la raffinerie d’Omsk appartenant à GazpromNeft, avant d’être expédié sous forme de kérosène vers les bases militaires de chasseurs-bombardiers Su-34 situées à Morozovsk et Voronezh, proche de la frontière ukrainienne.

Or, des experts internationaux et le gouvernement ukrainien accusent précisément des avions de ce type d’être à l’origine des bombardements sur les villes de Tchernihiv, Marioupol et Kharkiv, causant la mort de centaines de civils.

En ce sens, l’expert militaire turc, Arda Mevlutoglu, révélait le 5 mars sur Twitter, soit deux jours après les bombardements de Tchernihiv, qu’un des avions transportant des bombes provenait des bases de Morozovsk ou Voronezh.

De plus, le ministère de la Défense russe publiait en juin dernier une vidéo de propagande montrant des avions Su-34 décollant de la base de Voronezh.

Dès lors, les faits seraient accablants pour la firme française impliquée dans la production de kérosène fournissant l’armée russe.

TotalEnergies se défend

Dans la foulée de ses révélations, TotalEnergies a donc publié un communiqué de presse pour se défendre.

En préambule, l’entreprise rappelle que tous les condensats produits par sa joint-venture Terneftegaz, et dont elle est actionnaire minoritaire (49%), sont vendus à son partenaire Novatek, entreprise auprès de laquelle elle ne joue « pas de rôle opérationnel ». Et ce, même si elle en est actionnaire minoritaire (19,4%).

Contre l’accusation d’avoir profité des dividendes tirées de la vente de kérosène à l’armée russe via sa joint-venture, la société française répond qu’elle ne perçoit plus de dividendes de Terneftegaz depuis février 2022, soit avant les frappes meurtrières du mois de mars de la même année.

En outre, TotalEnergies invoquait dès le 22 mars qu’elle n’opérait, en son nom, « aucun champ pétrolier ou gazier, ni d’usine de gaz naturel Liquéfié (GNL) en Russie ».

La firme serait simplement « actionnaire minoritaire de diverses sociétés privées russes […] gérées par du personnel propre avec un nombre limité de détachés », soit onze personnes.

Mais pour Louis Goddard, responsable des enquêtes data de Global Witness, ces arguments usités ne tiennent plus la route, tant les preuves détaillées par l’enquête sont, selon lui, accablantes. L’enquêteur appel donc l’entreprise à « jouer franc-jeu ».

Le Monde rappelle également que depuis la loi relative au devoir de vigilance de 2017, les grandes entreprises doivent obligatoirement s’informer des pratiques en matière de droits humains et d’environnement de leurs fournisseurs, de leurs clients et de leurs filiales à l’étranger.

Les ONG en appellent à la Cour pénale internationale

Face à ces accusations, Amnesty International et Human Rights Watch ont toutes deux demandé que les attaques du 3 mars contre Tchernihiv fassent l’objet d’une enquête de la Cour pénale internationale et des Nations unies pour violation du droit international humanitaire.

Outre ce dossier, d’autres révélations entachent lourdement la crédibilité de TotalEnergie. Des données fournies par l’Anti-Corruption Data Collective à Global Witness, montre en effet que la filiale de trading de Total aurait expédié pas moins de 1,4 million de barils de pétrole brut russe vers Rotterdam dans la nuit du 8 au 9 mars. La direction avait pourtant assuré qu’elle n’effectuait plus d’opération de ce type depuis le début de la crise.

À l’heure actuelle, TotalEnergie reste le seul pétrolier occidental a opéré en Russie. L’entreprise prétextant que les sanctions contre le pays rendent impossible la vente de ses participations à des acheteurs non russes. Par conséquent, un retrait unilatéral transférerait « indûment de la valeur à des intérêts russes ».

Pour preuve de sa bonne foi, la firme assure néanmoins qu’elle a mis en veille l’ensemble de ses développements commerciaux en Russie, notamment dans les domaines des batteries et des lubrifiants.

Rappelons, enfin, que le gaz ne fait pas partie des produits soumis aux sanctions contre la Russie.