Top départ sur Twitter pour le rachat de dette souveraine par la BCE
La BCE a donné le coup d’envoi d’un programme de rachat de dette publique sans précédent, qui devrait redynamiser l’économie de la zone euro en lui injectant des centaines de milliards d’euros.
La BCE a donné le coup d’envoi d’un programme de rachat de dette publique sans précédent, qui devrait redynamiser l’économie de la zone euro en lui injectant des centaines de milliards d’euros.
« La Banque centrale européenne (BCE) et les banques centrales de l’Eurosystème ont commencé, comme précédemment annoncé, à mener des rachats dans le cadre du programme de rachat de dettes du secteur public », a indiqué dans la matinée la BCE sur Twitter.
ECB and Eurosystem national central banks have, as previously announced, started purchases under the Public Sector Purchase Programme.
— ECB (@ecb) 9 Mars 2015
Ce plan de soutien à l’Union monétaire s’élèvera à 60 milliards d’euros par mois jusqu’à septembre 2016 au moins, soit un montant total d’au moins 1 140 milliards d’euros, investis principalement dans des obligations souveraines.
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L’objectif de cette opération dite d’assouplissement quantitatif, ou « quantitative easing » (QE) est de créer un cercle vertueux pour l’économie : sous l’effet d’une forte demande, les taux d’intérêt des obligations vont baisser, poussant les banques à placer leur argent ailleurs, notamment à prêter aux entreprises et aux consommateurs. L’objectif, en bout de course, est de relancer l’activité économique et faire remonter les prix alors que la déflation menace.
L’assouplissement quantitatif pèse aussi sur la valeur de la monnaie. Les placements dans la zone euro sont moins intéressants pour des investisseurs d’autres régions, et l’argent sort de l’union monétaire, ce qui fait baisser l’euro. Cela profite aux entreprises européennes exportatrices et à l’inverse les importations coûtent plus cher, ce qui peut permettre de faire remonter les prix.
Fin janvier, la simple annonce de cette mesure avait déjà produits des effets positifs, s’était félicité jeudi le président de la BCE, Mario Draghi, notant l’amélioration des conditions de crédit dans la zone euro.
Selon Frédérik Ducrozet, un économiste de Crédit Agricole CIB, ce programme a « déjà des conséquences » sur l’économie réelle ainsi que sur l’euro. « Et cela va continuer », puisque « les taux pratiqués par les banques aux entreprises et aux ménages ne font que baisser », souligne-t-il.
Une grande première
La sphère politique ne doit pas fléchir après le lancement de ce plan, a toutefois tenu à souligner lundi le secrétaire d’État allemand aux Finances, Steffen Kampeter, sur la radio publique allemande Deutschlandfunk. « Les gouvernements européens doivent se concentrer sur les moyens de stimuler la croissance, les réformes du marché du travail, la consolidation des budgets », a-t-il assuré.
En effet, tout le monde n’est pas convaincu du bien-fondé de cette opération. C’est le cas par exemple de Markus Ferber, eurodéputé allemand, qui s’était confié à EURACTIV en janvier.
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Pour les marchés, l’opération marque un changement historique de la politique monétaire de la BCE. Les banques centrales nationales – Bundesbank, Banque de France et autres – seront les principales exécutantes de ce programme, puisqu’elles effectueront 92 % des achats.
Depuis l’automne dernier les banques centrales rachètent déjà de la dette privée, à savoir des obligations sécurisées et des titres adossés à des crédits. Depuis ce lundi, ce sont également les titres de dette émis par les États de la zone euro qui sont concernés par des rachats massifs.
Les effets du programme se font sentir par anticipation depuis plusieurs semaines sur les taux d’emprunt des États. Ces taux, qui évoluent en sens inverse de la demande, ont récemment été propulsés à des plus bas historiques, certains devenant même négatifs sur les échéances les plus courtes, ce qui signifie que les investisseurs sont prêts à payer pour détenir ces titres jugés très sûrs.
« L’Allemagne est de loin le principal bénéficiaire » de ce programme, affirme René Defossez, un stratégiste de Natixis.
De leur côté, les marchés d’actions se sont appuyés sur les annonces de la BCE pour grimper, la Bourse de Paris ayant notamment connu une ascension fulgurante depuis le début de l’année, frôlant les 5 000 points.
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