Tonio Borg riposte aux accusations

EXCLUSIF : Tonio Borg, le successeur potentiel de John Dalli au poste de commissaire européen maltais à Bruxelles, a qualifié les attaques à son égard de « calomnies grossières et [de] mensonges », en amont de son audition au Parlement européen mardi prochain. Des avocats et des hommes politiques allemands ont fait pression sur M. Borg avant cette audition. Un reportage d’EURACTIV Allemagne.

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EXCLUSIF : Tonio Borg, le successeur potentiel de John Dalli au poste de commissaire européen maltais à Bruxelles, a qualifié les attaques à son égard de « calomnies grossières et [de] mensonges », en amont de son audition au Parlement européen mardi prochain. Des avocats et des hommes politiques allemands ont fait pression sur M. Borg avant cette audition. Un reportage d’EURACTIV Allemagne.

 

L'homme que Malte a désigné pour remplacer John Dalli, le commissaire démissionnaire en charge de la santé et de la protection des consommateurs, a riposté aux accusations selon lesquelles il aurait aidé un couple kazakh fortuné à obtenir un permis de séjour maltais alors qu'il était ministre des affaires étrangères.

 

M. Borg devrait affronter les questions des eurodéputés lors d'une audition le 13 novembre sur son rôle dans l'octroi de permis de séjour à ce couple visé par des allégations criminelles.

 

Des hommes politiques allemands, dont l'eurodéputé chrétien-démocrate Elmar Brok, ont demandé des éclaircissements sur les accusations selon lesquelles M. Borg aurait aidé ce couple à échapper à des poursuites pénales en leur accordant des permis de séjour maltais.

 

>> Lire : Le successeur de John Dalli critiqué en raison de relations avec le Kazakhstan

 

M. Borg conteste toute accusation de méfaits et a qualifié les attaques à son égard de « calomnies grossières et [de] mensonges », ajoutant que ces dernières l'avaient « vraiment touché », selon EURACTIV Allemagne.

 

Il a également déclaré que le recours à une telle attaque avant son audition au Parlement était vraiment désespéré. Il a ajouté qu'on ne lui avait pas demandé son aide pour octroyer le permis de séjour au couple kazakh.

 

Liens avec le Kazakhstan

 

Les autorités judiciaires européennes tentent d'éclaircir l'affaire Rakhat Aliev depuis longtemps, selon des avocats allemands.

 

M. Aliev, un ancien ambassadeur fortuné du Kazakhstan, est accusé de torture, de violations, de corruption et de blanchiment d'argent. Il est même lié à une affaire de double homicide. Il vit à Malte sous le nom de sa femme, une ancienne employée de l'ambassade au Kazakhstan qui détient la citoyenneté autrichienne.

 

Lothar de Maizière, le seul et unique premier ministre démocratiquement élu de la République démocratique allemande, représente les victimes que Rakhat Aliev aurait torturées.

 

Lors d'un entretien avec EURACTIV Allemagne, il a décrit la conduite du gouvernement maltais de « scandaleuse ».

 

M. de Maizière indique que les circonstances de l'octroi de permis de séjour permanent à M. Aliev restent inexpliquées. Il a reçu un permis de séjour malgré l'opposition des autorités policières en raison d'une alerte Interpol.

 

À Malte, M. Borg et son porte-parole ont souligné qu'ils n'avaient jamais rencontré ni M. Aliev ni son avocat, Pio Valletta. Ils n'ont toutefois pas expliqué pourquoi M. Aliev avait reçu un permis de séjour lui permettant de rester indéfiniment dans le pays.

 

Une enquête menée avec négligence

 

Le permis de séjour du millionnaire kazakh est au coeur des accusations de M. de Maizière.

 

L'avocat allemand affirme qu'il est outré par la manière dont le gouvernement maltais gère les accusations de violations des droits de l'Homme, ce qui permet à M. Aliev de trouver refuge sur l'île. Il estime que Malte l'a déçu.

 

« Il y a six mois, je me suis rendu à Malte afin de protester contre la négligence avec laquelle cette enquête est menée », a-t-il déclaré à EURACTIV Allemagne. « À l'époque, on m'a dit que le procureur général maltais s'occuperait de l'affaire Aliev. Il n’existe aucune preuve de cette affirmation à l'heure actuelle. »

 

« Malte n'a pratiquement rien fait », a-t-il ajouté, critiquant l'inactivité des autorités du petit État membre de l'UE.

 

Il a également expliqué que des fonctionnaires l'avaient informé que M. Aliev ne résidait pas du tout à Malte. M. Aliev a pourtant été interrogé par un procureur autrichien au même moment, en présence d'un représentant de l'ordre maltais.

 

« Cela devrait leur laisser le temps de réfléchir », a déclaré M. de Maizière en faisant allusion à l'audition de M. Borg au Parlement européen.

 

Selon Lothar de Maizière, l'affaire dépasse les actes M. Borg. Il estime que même un chef de gouvernement ne peut ignorer ces accusations. Après la démission de John Dalli au poste de commissaire européen à la suite d'accusations de corruption, Malte devrait éviter d'envoyer un autre commissaire qui pourrait poser problème à Bruxelles.

 

« Si M. Aliev avait simplement contrefait de l'argent, il serait poursuivi immédiatement », a-t-il ajouté. « Des affaires sérieuses de violations des droits de l'Homme ne font pas l'objet d'une enquête. »

 

Lothar de Maizière soutient que c'est « scandaleux et extrêmement injuste ». Selon lui, l'UE ne peut pas accepter que des personnes qui violent les droits de l'Homme se déplacent d'un État membre à l'autre aisément et impunément, encore moins des millionnaires célèbres.

 

Aucune réponse n'a été apportée aux différentes questions qu'EURACTIV Allemagne a posées au ministère maltais des affaires étrangères.

 

À la suite de ces accusations récentes, le ministère dément avoir eu affaire à EURACTIV Allemagne, malgré des courriers électroniques demandant des renseignements sur le statut de résident de M. Aliev.

 

Honoraires d'avocats contestés

 

La facture exorbitante de l'avocat de M. Aliev, Pio Valletta, a révélé les complications de l'obtention du permis de séjour. Selon cette facture, le travail du bureau d'avocats dans l'obtention de permis de séjour a coûté 150 000 euros, le prix d'une petite maison mitoyenne.

 

C'est ce qu'il ressort d'une action civile entre le cabinet Valetta et le couple Aliev (maintenant Shoraz). Cette affaire est devenue d'un grand intérêt politique lorsque M. Valletta a cité de hautes personnalités comme témoins : M. Borg, Melvyn Mangion, son porte-parole, ainsi que d'autres ministres, Carm Mifsud Bonnici et le commissaire de police Andrew Seychell.

 

Selon des journaux maltais, M. Aliev a bénéficié de règles particulières pour les étrangers qui achètent une propriété à Malte et qui reçoivent des allégements fiscaux généreux.

 

Des ministres haut placés, dont le ministre des affaires étrangères, ne sont pas parvenus à expliquer comment M. Aliev a reçu le droit de résider à Malte, malgré plusieurs enquêtes dans d'autres États membres, l'alerte Interpol et le fait que la police ait rejeté sa demande de permis.