Augmentation des salaires des ministres de 7000 euros : tollé en Italie

Des amendements de dernière minute au budget italien pour 2025, dont l’un accorde aux ministres une augmentation de salaire mensuelle de plus de 7 300 euros, ont provoqué une levée de boucliers chez les parlementaires.

EURACTIV Italie
Italian Prime Minister Meloni reports the lower house on upcoming European Council
Giorgia Meloni a défendu les actions du gouvernement, arguant que le fait que la CPI n’ait pas notifié correctement le ministère de la Justice a conduit à l’arrestation d’Ossama al-Masri dans le cadre des procédures d’extradition habituelles. [EPA-EFE/RICCARDO ANTIMIANI]

Des amendements de dernière minute au budget italien pour 2025, dont l’un accorde aux ministres une augmentation de salaire mensuelle de plus de 7 300 euros, ont provoqué une levée de boucliers chez les parlementaires.

Au cours du week-end du 14 et 15 décembre, les rapporteurs du gouvernement italien ont déposé une série d’amendements au budget 2025 qui, selon les partis d’opposition, constitue une « révision de facto » de la proposition initiale.

Tous les groupes d’opposition, à l’exception d’Azione (centre), ont envoyé une lettre commune au président du parlement, Lorenzo Fontana, lui demandant de déclarer les amendements irrecevables, estimant qu’ils empêchent un contrôle parlementaire adéquat.

Une requête qui a été rejetée, arguant que des outils parlementaires existaient pour contrer la volonté des rapporteurs.

L’un des amendements en question, qui a fait le plus de bruit, vise à aligner les salaires des ministres non élus sur ceux de leurs collègues parlementaires. De vives comparaisons entre l’augmentation potentielle de 7 300 euros par mois du salaire des ministres et la maigre augmentation de 1,80 euro par mois des retraites prévue dans le budget ont été faites, non seulement au Parlement, mais aussi sur les réseaux sociaux.

Lors d’une réunion de la commission parlementaire du budget lundi, Elly Schlein, secrétaire du Parti démocrate, n’a pas manqué d’attaquer le gouvernement.

« Vous pensez que le travail de vos ministres vaut mille fois plus que celui des infirmières qui soignent les Italiens. Je veux croire qu’il est encore possible de changer de cap en matière de soins de santé publics, d’adopter cet amendement ensemble et d’envoyer un message à l’ensemble du pays », a-t-elle réagi.

Bien que la plupart des députés aient soutenu la mesure pour des raisons d’« équité », les dirigeants de l’opposition l’ont condamnée en la qualifiant d’« honteuse ». Finalement, Guido Crosetto, ministre de la Défense, a confirmé que le gouvernement retirerait l’amendement.

« Nous avons demandé aux rapporteurs » de retirer l’amendement, a déclaré le ministre.

Ceci afin « d’éviter toute controverse inutile. Ce qui ne serait pas compréhensible pour toute autre profession, c’est-à-dire que deux personnes qui font le même travail, dans la même organisation, aient un traitement différent, doit être pris en compte pour ceux qui font de la politique », a ajouté Guido Crosetto, rapporte L’Unione Sarda.

Une autre proposition controversée, communément appelée « loi anti-Renzi », en référence à l’ancien Premier ministre Matteo Renzi (2014-2016), a suscité beaucoup d’attention. Cette mesure prévoit que les fonctionnaires impliqués dans des entreprises situées en dehors de l’UE doivent verser 100 % de leurs revenus à l’État.

L’ancien Premier ministre et leader d’Italia Viva, Matteo Renzi, cible privilégiée de l’amendement en raison de ses activités de conseil en Arabie saoudite, l’a dénoncée comme une attaque personnelle. « Les activités telles que les conférences internationales sont quelque chose que je suis le seul à faire. Tout le monde sait qu’il s’agit d’une loi taillée sur mesure ad personam », a-t-il pointé.

« Le vrai scandale, c’est la façon dont cette majorité opère en secret, en introduisant des amendements de dernière minute et en fermant le débat par des votes de confiance », a-t-il ajouté.

En plus de ces amendements, l’opposition a affirmé que le nombre d’amendements, qui concerne tous les chapitres du budget, crée in fine un deuxième projet de loi budgétaire.

Le gouvernement est en effet confronté à la date butoir du 31 décembre, pour adopter le budget et éviter de fonctionner sur la base d’un plan de dépenses provisoire. Selon le calendrier, le budget quittera la phase de commission ce matin pour l’Assemblée afin d’être débattu mercredi 18 décembre, et sera finalement envoyé au Sénat pour un vote de confiance d’ici vendredi 20 décembre.