TikTok accusé de laisser courir des comptes pro-russes

En dépit de l’interdiction actuelle de poster de nouveaux contenus en Russie sur TikTok, « un réseau de comptes coordonnés » au service de la propagande pro-russe passe encore entre les mailles du filet.

Euractiv France
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« TikTok s’est distingué parmi les personnes qui votent pour la première fois. Dans la tranche d’âge entre 18 et 21 ans, environ 70 % ont dit avoir vu de la publicité politique sur la plateforme », a indiqué Eva Niskanen, directrice des réseaux sociaux chez Miltton. [Ascannio/Shutterstock]

En dépit de l’interdiction actuelle de poster de nouveaux contenus en Russie sur TikTok, « un réseau de comptes coordonnés » au service de la propagande pro-russe passe encore entre les mailles du filet.

Le 6 mars dernier, l’application mobile chinoise de partage de vidéos avait annoncé bloquer la publication de tout nouveau contenu publié depuis le sol russe en réaction à la loi anti « fake news » russe destinée à censurer tout témoignage divergent de celui porté par la machine de propagande du Kremlin.

Ce qui n’empêche pas plusieurs comptes de propagandistes russes d’être toujours actifs, selon les experts de l’organisation Tracking Exposed qui s’intéresse aux algorithmes déployés sur les plateformes et aux effets qu’ils produisent sur la société.

Dans une étude datée de mardi (15 mars), l’ONG a constaté qu’un « réseau coordonné » de comptes TikTok basés en Russie avait pu continuer à poster des vidéos pro-Kremlin, collectant des millions de vues au passage, après les mesures annoncées par l’entreprise chinoise.

Le 11 mars dernier, Vice révélait que des influenceurs russes étaient payés pour publier des vidéos sur TikTok promouvant le récit du Kremlin sur la guerre en Ukraine.

« Au moment de la publication de ce rapport le 15 mars, nous observions encore des contenus mis en ligne en utilisant la faille », note le rapport. Après vérification, EURACTIV a également constaté que plusieurs des comptes épinglés par l’étude sont toujours très actifs sur TikTok.

Plus largement, l’organisation reproche au réseau social d’avoir en toute discrétion rendu indisponible tout le contenu publié hors de la Russie à ses utilisateurs russes, les coupant ainsi du reste du monde et de canaux d’informations autres que ceux strictement encadrés par Moscou.

« TikTok restreint les informations sur la guerre Ukraine-Russie d’une manière qui va au-delà de ce qui est requis par la loi russe sur les “fake news” », souligne Tracking Exposed.

Les comptes TikTok de la BBC et de CNN, par exemple, sont toujours existants, mais plus aucune de leurs vidéos n’est disponible pour un utilisateur russe. En revanche, les médias pro-russes RT et Sputnik sont toujours accessibles, alors qu’ils sont bannis en Europe.

L’organisation estime que les restrictions ont conduit à restreindre 95 % du contenu disponible sur la plateforme et autrefois disponible à ses 55 millions d’utilisateurs russes.

« L’ère de l’internet libre en Russie vient de s’achever brutalement », déplore Marc Faddoul, co-directeur de Tracking Exposed.

Après que Facebook, Twitter et Instagram ont été bloqués, il note que « la seule plateforme mondiale encore disponible en Russie se transforme effectivement en canal de propagande pour le Kremlin » et que « la Russie semble se rapprocher du modèle chinois de censure de l’internet ».

Sollicité par EURACTIV, TikTok n’a pas commenté sur cette « faille ». « Notre priorité absolue est la sécurité de nos employés et de nos utilisateurs », a néanmoins indiqué un porte-parole de l’entreprise, ajoutant qu’ils continuent « à évaluer l’évolution de la situation en Russie pour déterminer » le moment où un retour à la normale de leurs services serait envisageable.