Tensions avant le sommet des Balkans

Dans une lettre adressée aux Nations Unies, le premier ministre bosnien Nikola Spiric accuse les envoyés de la communauté internationale de déstabiliser son pays, a rapporté la presse locale.

EURACTIV.fr

Dans une lettre adressée aux Nations Unies, le premier ministre bosnien Nikola Spiric accuse les envoyés de la communauté internationale de déstabiliser son pays, a rapporté la presse locale.

M. Spiric a pressé le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, de limoger le Haut représentant de la communauté internationale en Bosnie, Valentin Inzko, qui a le pouvoir d’adopter des lois et de renvoyer les fonctionnaires des deux entités semi-autonomes du pays, rapporte l’AFP.

« Le fait de continuer à subir une intervention étrangère dans les questions de politique locale est déstabilisant et sape la création d’un consensus ainsi que les efforts de réforme », a dit le dirigeant serbe de Bosnie-Herzégovine.

Le bureau du Haut représentant devrait être fermé afin de permettre aux dirigeants politiques bosniens de réaliser des progrès légitimes, a-t-il affirmé, prétendant que M. Inzko, un diplomate autrichien, contribuait à une gouvernance non fonctionnelle en Bosnie.

En réponse, M. Inzko a blâmé les dirigeants de Bosnie-Herzégovine pour ce qu’il a appelé une détérioration du dialogue politique.

Alors que les perspectives régionales pour la réconciliation se sont améliorées, la teneur et la logique de la politique en Bosnie-Herzégovine semblent s’être plutôt détériorée, a dit M. Inzko au Conseil de sécurité des Nations unies le 24 mai.

Le représentant de la communauté internationale présentait le 37ème rapport sur la Bosnie-Herzégovine depuis l’accord de Dayton devant le Conseil de sécurité, qui couvre la période du 1er novembre 2009 au 30 avril 2010.

« La Bosnie-Herzégovine ne sait pas si elle souhaite devenir un État plus centralisé ou décentralisé, et ne sait pas comment y parvenir », a expliqué M. Inzko. « Par conséquent, le pays n’a malheureusement pas profité de l’assistance économique », a-t-il ajouté.

M. Inzko a affirmé que les dirigeants de la République serbe de Bosnie continuaient à saper les institutions de l’État et à rejeter l’autorité du Haut représentant et de l’accord de paix de Dayton, alors qu’au même moment, le gouvernement de la fédération de Bosnie-Herzégovine étaient passés de crise en crise durant la période couverte par le rapport.

Les Serbes de Bosnie sous les projecteurs

Prenant ensuite la parole, Haris Silajdži?, qui est à la tête de la présidence de la Bosnie-Herzégovine, a attribué l’actuelle stagnation au dénommé « mécanisme d’élection d’entités », qui permet à 10 députés serbes de la République serbe de Bosnie de bloquer toute décision proposée par le Parlement des fédérations, qui comprend 42 députés.

M. Silajdži?, musulman bosniaque, a expliqué lors de cette session que les entités ne jouissaient d’aucun droit de propriété, a rapporté la presse serbe.

Il a expliqué que la Bosnie-Herzégovine était le successeur légitime de l’ancienne République yougoslave de Bosnie-Herzégovine, et détenait ainsi tous les biens que l’ex-Yougoslavie contenait sur son territoire.

« Le droit de la Bosnie sur ses propres biens, a-t-il poursuivi, a été remis en question par son opposition politique, mais également par le Haut représentant de la communauté internationale. »

Un représentant russe, Konstantin Dolgov, a qualifié les évaluations des deux dirigeants de déséquilibrées. Il a affirmé qu’elles souffraient d’un sentiment anti-serbe et dissimulaient le rôle destructeur de la Bosnie-Herzégovine en bloquant l’étude des amendements constitutionnels de compromis de la République serbe de Bosnie.

Reprenant à nouveau la parole pour répondre à ces remarques, M. Silajdži? a déclaré que malgré la signature de l’accord de Dayton, la Russie continuait de soutenir sans faille un seul groupe ethnique en Bosnie-Herzégovine, et notamment les Serbes bosniaques de la République serbe de Bosnie.

POSITIONS

Sir Mark Lyall Grant, ambassadeur britannique et représentant permanent au Conseil de sécurité des Nations Unies, a déclaré que son pays soutenait le rapport de M. Inzko. Londres déplore surtout le manque de volonté politique pour réaliser des progrès sur des réformes-clés et les difficultés rencontrées par l’accord de Dayton et le Haut représentant, a-t-il affirmé.

M. Lyall Grant a fait part des inquiétudes de son pays quant aux projets d’organiser un référendum en République serbe de Bosnie pour défier la légitimité des décisions du Haut représentant.

L’Union européenne a clairement affirmé que la candidature d’adhésion de la Bosnie-Herzégovine ne pouvait pas être prise en compte tant que le bureau du Haut représentant restait en place. Il est donc primordial que les dirigeants bosniens travaillent ensemble de façon constructive afin de remplir les objectifs et conditions restantes, qui sont indispensables pour que la transition du bureau du Haut représentant ait lieu, a affirmé le diplomate britannique.

La représentante des États-Unis au Conseil de sécuritéBrooke D. Anderson, partage les inquiétudes de M. Inzko concernant ce que le rapport qualifie d’atmosphère politique qui se détériore, y compris les défis lancés à l’autorité du Haut représentant.

Alors que nous approchons des élections nationales d’octobre 2010, nous sommes inquiets que la rhétorique politique séparatiste et dommageable ne menace les efforts de réconciliation régionale, sape les progrès de l’agenda euro atlantique du pays, et détourne l’attention des réelles priorités nationales. Il est simplement inadmissible de proposer ou spéculer sur la dissolution de l’État – même une dissolution pacifique, a affirmé le diplomate américain.

PROCHAINES ETAPES

  • 2 juin  : Rencontre des pays des Balkans occidentaux à Sarajevo, organisée par la présidence espagnole du Conseil de l’UE
  • Octobre  : Elections législatives en Bosnie-Herzégovine.