TechnicAtome quitte le projet Nuward de petit réacteur nucléaire d'EDF

Le projet de petit réacteur nucléaire d’EDF, Nuward, voit une partie de ses partenaires quitter le navire, après que l’entreprise a décidé de remettre le design de son projet à plat en juillet dernier.

EURACTIV
Outer Dome Of World’s First Commercial Small Nuclear Reactor Successfully Installed In Hainan
Un dôme extérieur de 550 tonnes est hissé sur le site de construction du premier petit réacteur modulaire commercial au monde, Linglong One, marquant l'achèvement de la structure principale du bâtiment du réacteur, le 6 février 2024 dans le comté autonome de Changjiang Li, dans la province chinoise de Hainan. [(Photo by Luo Yunfei/China News Service/VCG via Getty Images)]

Le projet de petit réacteur nucléaire d’EDF, Nuward, voit une partie de ses partenaires quitter le navire, après que l’entreprise a décidé de remettre le design de son projet à plat en juillet dernier.

Dans un mail interne de TechnicAtome, dont Euractiv a vu le contenu, le spécialiste des réacteurs pour propulsion navale nucléaire demande à ses équipes de « procéder immédiatement » aux « opérations de clôture » de sa participation au projet Nuward de petit réacteur nucléaire modulaire (SMR) porté par EDF. Cela consiste à démobiliser les équipes travaillant sur le projet, à rompre les contrats en cours, à arrêter les activités d’essai et la production documentaire, précise le document.

Ce mail a été envoyé le 5 juillet dernier, soit quatre jours seulement après l’annonce faite par Nuward le 1er juillet sur Linkedin de « faire évoluer le design » de son SMR, c’est-à-dire de faire évoluer sa conception.

L’annonce a eu pour conséquence de précipiter le retrait de certains partenaires du projet.

Ainsi donc de TechnicAtome qui, « après avoir participé au projet Nuward jusqu’à l’été dernier, est sorti du projet suite à la décision de changement de design prise par la direction de Nuward », a déclaré l’entreprise à Euractiv dans un mail réceptionné le 19 novembre confirmant nos informations.

Plus de 10 ans de coopération

Lancé en 2019 avec TechnicAtome, Naval Group, Framatome et le Commissariat à l’énergie atomique (CEA), puis rejoint par Tractebel en 2021, le projet consistait jusqu’alors en deux SMR de 170 MW basés sur la technologie de réacteur à eau pressurisée de 3ème génération (EPR) comme celle des réacteurs de grande taille de Flamanville en France ou de Taishan en Chine.

Seulement voilà, l’entreprise est tombée sur un os. En cause, notamment, l’incapacité de TechnicAtome à « dérisquer » sa chaudière nucléaire, c’est-à-dire à la rendre suffisamment sûre pour assurer l’industrialisation du projet, a rapporté le média L’Informé mi-octobre.

Conséquence, le projet doit donc évoluer. Une décision formelle sur son avenir est désormais attendue pour le 1er semestre 2025, sans qu’à ce jour son abandon pur et simple ne puisse être écarté.

En attendant, d’autres partenaires s’interrogent sur leur participation au projet.

Quid des autres partenaires ?

Ainsi de Naval Group, l’expert en structures modulaires de sous-marins et navires nucléaires.

Selon quatre indiscrétions entendues par Euractiv en provenance du milieu des SMR et de Naval Group, l’entreprise pourrait en effet quitter le projet. Au moment de la publication de l’article, l’entreprise n’a pas répondu aux trois sollicitations par mail envoyées par Euractiv.

Pour le Commissariat à l’énergie atomique, la situation est différente. Le centre de recherche, en appui de la conception technologie, n’a pas vocation à se maintenir dans le projet, si ce n’est en appui technique quand la technologie utilisée est considérée comme mature.

Framatome, le concepteur et fournisseur d’équipements nucléaires détenu à 80 % par EDF, devrait pour sa part être mobilisé pour reprendre la tête du futur design basé sur des « technologies éprouvées » du parc nucléaire d’EDF, signifie-t-on à Euractiv en interne chez EDF.

Futur du projet

Nuward se garde toutefois le droit de recourir à quelques briques technologiques développées par TechnicAtome, avec un budget maximum pour l’arrêt des prestations et la capitalisation de 1 million d’euros, peut-on lire dans le mail intercepté par Euractiv.

« Il s’agit essentiellement des derniers livrables qui étaient en cours au moment de l’arrêt du projet », comme le système de refroidissement passif, dont « la décision avait déjà été entérinée de l’intégrer dans le design », explique un ingénieur ayant planché sur le dossier chez le chaudiériste.

Dans cette configuration, « il est donc très peu probable que TechnicAtome soit sollicitée ou souhaite contribuer au nouveau design Nuward », ajoute l’ingénieur.

« Il n’y a, à l’heure actuelle, pas de discussion » pour un renouveau de la coopération, abonde l’entreprise auprès d’Euractiv.