Taxonomie verte : les compensations de la biodiversité sous le feu des critiques

La Commission européenne devrait publier une mise à jour de sa taxonomie verte ce mardi et préparer le terrain pour une épreuve de force avec les activistes environnementaux sur les projets de compensation de la biodiversité destinés à indemniser les dégâts environnementaux causés par l’activité humaine.

Euractiv.com
Wetland restoration
La taxonomie verte de l’UE répertorie les activités économiques ne causant pas de « dommages significatifs » à l’environnement au regard d’une série d’objectifs environnementaux. [<a href="https://www.flickr.com/photos/chesbayprogram/36715704985/" target="_blank" rel="noopener">Flickr/Chesapeake Bay Program</a>]

La Commission européenne devrait publier une mise à jour de sa taxonomie verte ce mardi (13 juin) et préparer le terrain pour une épreuve de force avec les activistes environnementaux sur les projets de compensation de la biodiversité destinés à indemniser les dégâts environnementaux causés par l’activité humaine.

Après une consultation publique en avril, l’exécutif européen devrait proposer de nouveaux critères d’examen technique relatifs aux quatre objectifs restants de la taxonomie : l’eau, l’économie circulaire, la prévention de la pollution et la biodiversité.

La taxonomie verte de l’UE répertorie les activités économiques ne causant pas de « dommages significatifs » à l’environnement au regard d’une série d’objectifs environnementaux.

Une première série de critères relatifs à l’énergie et aux technologies d’atténuation du changement climatique a donné lieu à un conflit très médiatisé entre la France et l’Allemagne au sujet de la prise en considération de l’énergie nucléaire et du gaz. Au final, Bruxelles a accepté d’ajouter ces deux types d’activités à la liste des « activités transitoires », à condition qu’elles répondent à des critères stricts.

Le groupe de réflexion sur le climat E3G a fait l’éloge des critères proposés par la Commission sur la réduction des risques de catastrophe. Selon ses membres, « les solutions fondées sur la nature en matière de prévention des risques d’inondation et de sécheresse » ainsi que les nouveaux critères d’adaptation pour le réchauffement climatique « devraient être particulièrement bons ».

Cependant, le groupe a également qualifié le manque de critères dans des secteurs tels que l’agriculture, la pêche, les produits chimiques et les textiles de motifs d’inquiétude. Il s’agit d’« activités à forte incidence et à haut risque » qui devraient suivre des critères plus ambitieux que le simple maintien du statu quo, a souligné E3G.

Parallèlement, les critères relatifs à l’économie circulaire pour des secteurs tels que la construction ou la fabrication de plastique sont jugés trop faibles pour « être considérés comme contribuant de manière significative aux objectifs climatiques et environnementaux » de l’Union européenne, selon E3G.

Compensation de la biodiversité

Toutefois, les écologistes s’inquiètent surtout de l’inclusion de systèmes de compensation de la biodiversité dans les activités économiques liées à la protection de la biodiversité et à la restauration de la nature.

Selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), les mesures de compensation de la biodiversité sont des actions de conservation de la nature destinées à compenser les conséquences inévitables de projets sur la biodiversité. Les projets typiques consistent à protéger des forêts menacées ou à restaurer des zones humides, afin de parvenir au principe visant à éviter toute perte nette et, de préférence, à assurer un gain net de biodiversité, indique l’UICN.

« Par définition, la compensation est un jeu à somme nulle, elle ne peut donc pas représenter une contribution substantielle requise pour entrer dans la taxonomie », explique Sébastien Godinot, économiste au Bureau politique européen du Fonds mondial pour la nature (WWF) et ancien membre du groupe d’experts de la Commission sur la taxonomie.

De plus, M. Godinot estime que l’introduction de la compensation de la biodiversité dans la taxonomie serait « incohérente » puisque les compensations de carbone n’ont pas été incluses dans les cycles précédents.

« C’est un point essentiel pour nous », a indiqué M. Godinot à EURACTIV. Il a ajouté qu’il espérait « que la Commission se montrerait sensible à nos arguments ».

Les préoccupations de l’ONG sont exposées dans un document soumis par des groupes de la société civile à la Commission européenne dans le cadre du processus de consultation publique.

La compensation, par définition, ne fait que compenser les dommages environnementaux causés ailleurs « et ne peut donc pas représenter une contribution substantielle » aux objectifs environnementaux de l’UE, affirment les ONG dans le document.

Par conséquent, « la Commission devrait exclure les compensations de la biodiversité » de la taxonomie verte de l’UE, soutiennent-elles. Les règles proposées pour les compensations de la biodiversité ne sont « pas fondées sur la science », peut-on lire.

Il y a deux ans, les ONG avaient suspendu leur participation à un groupe de consultation d’experts de la Commission européenne sur la finance durable pour protester contre ce qu’elles considéraient comme des critères faibles et « non scientifiques » concernant la bioénergie et la sylviculture dans la taxonomie de la durabilité de l’UE.

Les militants ont également poursuivi la Commission européenne pour avoir ajouté le gaz et le nucléaire à la liste des technologies d’atténuation du changement climatique de la taxonomie.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]