Suspension des demandes d’asile en Grèce : l’UE « examinera » la mesure, HCR et ONG critiquent
L’UE va « examiner » la décision d’Athènes de suspendre temporairement les demandes d’asile de personnes arrivant par bateau de pays d’Afrique du Nord, alors que le HCR et des ONG des droits humains ont dénoncé cette mesure.
« Nous sommes en contact étroit avec les autorités grecques pour obtenir les informations nécessaires sur ces mesures et leur mise en oeuvre en pratique », a indiqué le porte-parole de la Commission européenne Markus Lammert lors de son point de presse quotidien.
« Il s’agit d’un projet de loi, nous l’examinerons une fois que la loi sera adoptée », a-t-il dit tout en soulignant que « le droit de l’UE doit toujours être respecté ».
Le gouvernement conservateur de Kyriakos Mitsotakis (Nouvelle Démocratie) a annoncé mercredi 9 juillet son intention de suspendre pour trois mois dans un premier temps l’examen des demandes d’asile de personnes arrivées à bord de bateaux depuis les pays d’Afrique du Nord, tout particulièrement la Libye.
Cette décision qui fait l’objet d’un amendement qui sera voté par les parlementaires permettra, selon Kyriakos Mitsotakis, de freiner les arrivées en forte hausse de migrants sur l’île de Crète (sud) depuis les côtes libyennes.
Plus de 7 000 personnes ont débarqué en Crète et sur la petite île voisine de Gavdos depuis le début de l’année, contre 4 935 en 2024.
Plus de 2 000 migrants sont arrivés en Crète ces derniers jours, suscitant l’inquiétude des autorités locales et des opérateurs touristiques.
Markus Lammert a qualifié la situation « d’exceptionnelle ».
Il a assuré que « la Commission continue de soutenir la Grèce sur les plans opérationnel et financier » et qu’« elle est prête à renforcer ce soutien ».
De son côté le Haut Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) a exprimé « une vive inquiétude » quant à cette mesure.
« Le droit de demander l’asile est un droit humain fondamental, sauvegardé par le droit international, européen et national, et s’applique à tous, quel que soit le moyen ou le lieu de leur arrivée dans un pays » et « même en période de pression migratoire », a souligné dans un communiqué l’agence onusienne.
« Dissuassion »
Selon le texte de l’amendement, « les personnes arrivées par bateau de l’Afrique du Nord seront retournées à leur pays d’origine sans être enregistrées ».
Mais le HCR rappelle que « renvoyer des personnes dans un endroit où elles seraient confrontées à des menaces pour leur vie ou leur liberté violerait le principe de non-refoulement ».
« Les Etats ne peuvent pas déroger à ce principe important du droit international », souligne-t-il.
L’International Rescue Committee (IRC) a dénoncé la décision d’Athènes qui constitue selon cette ONG une « violation claire du droit de demander l’asile en vertu du droit international et européen ».
« Les personnes fuyant les conflits et les catastrophes doivent être traitées avec dignité […] elles ne doivent pas être détenues ou refoulées », a déclaré Martha Roussou, conseillère de l’IRC citée dans un communiqué.
L’ONG antiraciste grec KEERFA a qualifié la mesure de « raciste » et appelé à un rassemblement jeudi soir dans le centre d’Athènes.
Au pouvoir depuis 2019, le gouvernement conservateur de Kyriakos Mitsotakis a imposé une politique migratoire stricte avec le soutien de l’UE qui évoque souvent « la sécurité » face aux « flux migratoires ».
En 2020, Athènes avait pris des mesures similaire lors d’une hausse migratoire à sa frontière terrestre avec la Turquie qui réclamait alors plus de soutien financier de l’UE pour parer alors aux millions de migrants sur son territoire.
« La Grèce entre dans une phase de dissuasion » et va procéder à « une révision draconienne de toutes les prestations » aux migrants, a prévenu jeudi le ministre des Migrations Thanos Plevris lors d’un entretien à la télé Skaï.
« Le ministère grec des Migrations n’est pas un hôtel », « personne ne peut entrer illégalement, demander l’asile et bénéficier d’allocations, de menus trois fois par jour et d’un hébergement, tout cela aux dépens du contribuable grec et européen », a ajouté le ministre, ancien membre du parti d’extrême droite Laos.