Supervision de l’IA : débat autour du recrutement du conseiller scientifique en chef par la Commission

La Commission européenne cherche à recruter un conseiller scientifique en chef chargé des dossiers d’IA, mais limite ses recherches aux personnes travaillant déjà pour les institutions et agences de l’UE, ce qui pose question selon certains.

Euractiv.com
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Le bâtiment Berlaymont de la Commission européenne.

La Commission européenne cherche à recruter un conseiller scientifique en chef chargé des dossiers d’intelligence artificielle (IA), mais limite ses recherches aux personnes travaillant déjà pour les institutions et agences de l’Union européenne (UE), ce qui pose question selon certains.

La Commission européenne a récemment mis en place un Bureau de l’IA afin d’assurer la cohérence de la mise en œuvre de la règlementation européenne dans ce domaine. Cette structure est étroitement liée à la direction générale de la Commission chargée des Réseaux de Communication, du Contenu et de la Technologie (CNECT).

Le poste à pourvoir de conseiller scientifique en chef relève de la DG CNECT et sera chargé de superviser la mise en œuvre de l’AI Act. La personne choisie aidera le Bureau de l’IA à suivre les évolutions technologiques de ce secteur en pleine mutation, en particulier les modèles d’IA tels que ChatGPT.

« Nous souhaitons disposer d’un conseiller de haut niveau qui apporte une expertise scientifique et qui nous aide à travailler sur les modèles d’IA à usage général », expliquait un fonctionnaire de la Commission lors du lancement du Bureau de l’IA en mai dernier. Le conseiller devra également être en contact avec le groupe scientifique que la Commission est en train de mettre en place et conseillera sa politique d’innovation, indiquait-il.

Plus tôt cette semaine, le média MLex a rapporté que le poste avait été ouvert au recrutement en interne, au sein des institutions de l’UE, ce que la Commission a confirmé à Euractiv. Et certains politiques n’ont pas apprécié cette nouvelle.

« La décision de recruter un candidat en interne pour le poste de ‘conseiller scientifique en chef’ est contraire à l’esprit de l’accord politique conclu entre les deux colégislateurs de l’UE en décembre 2023 », a écrit sur X Kai Zenner, chef de bureau de l’eurodéputé allemand Axel Voss (Parti populaire européen), rapporteur fictif pour l’AI Act.

« Si j’ai bien compris nos négociations, le Bureau de l’IA ne doit pas simplement être une autre unité de la Commission chargée de l’application de l’AI Act. La forme spécifique de ce Bureau visait à garantir qu’il n’y ait pas seulement des fonctionnaires européens, mais aussi des experts externes issus du monde des affaires, de la technologie et de la science pour relever les défis considérables qui viennent avec la règlementation de l’IA », commente pour Euractiv l’eurodéputée Svenja Hahn, également rapporteur fictive sur l’AI Act.

Un fonctionnaire de la Commission a indiqué à Euractiv que le poste était ouvert à tous les fonctionnaires travaillant pour les institutions et agences de l’Union, comme l’Agence pour la cybersécurité (ENISA). Le poste pourra ensuite être proposé à des candidats externes, s’il ne parvient pas à être pourvu.

Ce même fonctionnaire a aussi déclaré qu’il n’y avait jamais eu d’accord politique sur la manière dont le conseiller scientifique en chef serait recruté, étant donné que la création du poste elle-même n’avait été décidé qu’après la fin des négociations sur l’AI Act.

« Il n’est pas prévu dans l’AI Act et a été envisagé lors des négociations », a précisé le fonctionnaire.

L’AI Act ne mentionne en effet aucun poste de conseiller scientifique en chef. La Commission n’a jamais indiqué si ce dernier serait ouvert à des candidats externes, mais simplement qu’il ne serait pas pourvu par nomination, a précisé le fonctionnaire.

[Édité par Anne-Sophie Gayet & Laurent Geslin]