Stéphane Le Foll veut attendre l’UE pour interdire les néonicotinoïdes
L’interdiction des néonicotinoïdes en France pourrait être reportée de plusieurs mois et assortie de certaines exceptions. Un changement de cap orchestré par le ministère de l’Agriculture.
L’interdiction des néonicotinoïdes en France pourrait être reportée de plusieurs mois et assortie de certaines exceptions. Un changement de cap orchestré par le ministère de l’Agriculture.
Moteur en Europe dans le lutte contre la crise agricole, la France semble ne pas vouloir monter seule au front sur la question des néonicotinoïdes, ces pesticides largement utilisés par les agriculteurs, mais extrêmement nocifs pour les abeilles et autres pollinisateurs
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À partir du 15 mars, l’Assemblée nationale doit se pencher en deuxième lecture sur le projet de loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages. Et la question de l’avenir des néonicotinoïdes devrait être tranchée à cette occasion.
L’interdiction de ces pesticides a été modifiée à plusieurs reprises au cours du parcours législatif du texte. Dernière décision en date des députés, une interdiction totale à partir du 1er janvier 2017 a été votée en commission du développement durable, le 9 mars.
Changement de cap
Une position défendue par la majorité socialiste, mais également par d’autres familles politiques. En amont du vote en plénière, le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll a cependant envoyé un courrier aux députés socialistes les appelant à ne pas se prononcer pour une interdiction totale et immédiate de ces pesticides.
Dans le courrier, cité par Le Monde, le ministre justifie son appel par la crainte de voir les agriculteurs français, déjà fortement touchés par la crise, subir des «distorsions » avec le « reste des agriculteurs européens », et appelle la politique française à «se conduire au bon niveau, au niveau européen.
Le ministre a également insisté sur l’idée de ne pas « surtransposer » les directives européennes « et interdire en France ce que les autres pays (de l’UE) autorisent » a-t-il expliqué le 15 mars devant la commission des Affaires européenne.
En plein crise agricole, « le ministre subi évidemment des pressions très fortes de la part du principal syndicat agricole français » explique une source à l’Assemblée.
De leur côté, les députés socialistes, qui réclamaient il y a encore peu à une interdiction totale et la plus rapide possible ont proposé un certain nombre d’amendement de compromis, « pour sortir du tout ou rien et obtenir une avancée sur les néonicotinoïdes », explique à EURACTIV une source à l’Assemblée nationale.
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Affaiblissement
Le 11 mars, un nouvel amendement propose ainsi que l’interdiction des néonicotinoïdes débute en le 1er septembre 2017, au lieu du 1er janvier 2017 comme ils l’avaient initialement prévu.
Autre changement, l’introduction de la possibilité de déroger à cette interdiction. L’amendement déposé le 10 mars prévoit que des « dérogations provisoires peuvent être accordées par l’autorité administrative en cas de danger grave pour les cultures, dès lors qu’il n’existe pas de solution alternative ».
« L’interdiction des néonicotinoïdes est bien la règle, et leur usage une exception strictement encadrée », soulignent les élus dans leur exposé.
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Moratoire européen partiel
Côté européen, le dossier des néonicotinoïdes est pourtant loin d’être tranché. La Commission européenne a émis en 2013 un moratoire de deux ans sur trois néonicotinoïdes, la clothianidine, l’imidaclopride et le thiaméthoxame, et seulement sur certaines cultures.
Ce moratoire, qui s’est théoriquement achevé en décembre, est en cours de révision au niveau européen. Pour le commissaire européen à la Santé, Vytenis Andriukaitis, la question d’un élargissement du moratoire pourrait être discutée dans le cas où l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) révèlerait de nouveaux éléments lors de la publication de son étude sur ces pesticides. La date de publication des résultats n’est pas connue pour le moment.