Souveraineté alimentaire : Emmanuel Macron demande un « réajustement » de la politique commerciale de l’UE

Lors de son discours de la Sorbonne, le président de la République a insisté sur la reconquête de la souveraineté alimentaire en défendant le secteur agricole européen face à la concurrence déloyale et en réajustant la politique commerciale de l'UE.

Euractiv France
French President Emmanuel Macron holds speech on Europe’s future at la Sorbonne
Pour Emmanuel Macron, la conquête de la souveraineté passe aussi par la défense des agriculteurs européens, notamment contre les pratiques déloyales des producteurs des pays tiers. EPA-EFE/CHRISTOPHE PETIT TESSON / POOL

Lors de son second discours de la Sorbonne ce jeudi (25 avril), le président de la République a insisté sur la reconquête de la souveraineté alimentaire en défendant le secteur agricole européen face à la concurrence déloyale et en réajustant la politique commerciale de l’UE.

Dans le cadre d’une stratégie nationale et européenne de reconquête de la souveraineté industrielle, le président a affirmé le rôle « clé » de l’agriculture.

« Nous n’avons pas le droit d’installer des dépendances alimentaires », a-t-il souligné dans la droite ligne du discours de la Sorbonne de 2017, au cours duquel il avait fait de la souveraineté alimentaire une priorité.

Il en a profité pour revenir sur son bilan en la matière, sept ans après. Outre la nouvelle Politique agricole commune (PAC), mise en œuvre en 2023, le président s’est félicité de sa récente simplification, soutenue par la France. Il faut une politique européenne « forte », et délestée des charges administratives, a-t-il martelé.

Selon lui, la colère des agriculteurs qu’a connue l’Europe ces dernières semaines « n’est pas contre l’Europe », surtout dans un pays comme la France qui dispose de près de dix milliards d’euros de subventions. Mais contre « la surrèglementation », « la complexité » ou les « normes aberrantes ».

Outre le fait que les « trois quarts » des mesures nationales de simplification et d’accompagnement demandées par les manifestants ont été mis en place, Emmanuel Macron a affirmé vouloir poursuivre la transition environnementale du secteur, la sortie des produits phytosanitaires, jusqu’à la décarbonation de la flotte de pêche.

Défense des agriculteurs européens

Mais pour Emmanuel Macron, la conquête de la souveraineté passe aussi par la défense des agriculteurs européens, notamment contre les pratiques déloyales des producteurs des pays tiers.

« Il est insensé […] que l’agriculture soit à chaque fois la variable d’ajustement des contrats commerciaux » a ajouté le président, dénonçant les discours de « tellement de collègues ».

Durant la présidence française de l’UE au printemps 2022, la France avait fait de la réciprocité des normes dans le cadre des accords de commerce – les clauses miroir – son cheval de bataille afin de protéger les filières européennes des produits importés à bas coûts.

Cette volonté affichée s’était heurtée aux États membres, comme l’Allemagne dont l’agriculture souffre moins des importations tout en bénéficiant des exportations de produits industriels. Ce conflit s’est illustré avec l’accord avec les pays du Mercosur.

Reconnaissant l’existence d’une « géopolitique de l’agriculture », Emmanuel Macron appelle donc à « réajuster la politique commerciale » de l’UE, en imposant « des clauses miroirs fortes » et en protégeant le secteur de façon « homogène au niveau européen ».

Il demande également une autorité sanitaire et de contrôle européenne, ainsi qu’une force douanière européenne, afin que les produits arrivant sur le marché européen « aient bien les mêmes règles de production » que dans l’UE.

Mais pas question selon lui de « tomber dans le rejet de tout accord commercial », prévient-il. « La fermeture serait décroissante pour les producteurs européens », en particulier pour l’agriculture exportatrice française – fromage, vin et spiritueux notamment.

Raison pour laquelle il défend l’accord controversé avec le Canada (CETA), un « accord gagnant », car cet « accord de nouvelle génération » contient des « clauses miroirs », a-t-il insisté, prenant l’exemple de la viande, qui ne rentre pas en Europe en raison des divergences de normes sanitaires avec l’UE — alors même que l’accord est en vigueur de façon temporaire depuis 7 ans.

Emmanuel Macron a enfin ajouté que l’UE avait « commencé à réparer » certains problèmes de dépendance étrangères qui remontaient à l’après-guerre, comme pour les protéines animales. La priorité porte maintenant sur les protéines végétales.

« Nous n’avons pas le droit d’installer des dépendances alimentaires », a-t-il prévenu.