Sommet UE-UA : de grandes promesses sur la santé, mais pas de levée des brevet des vaccins
À l’issue d’un sommet UE-UA, les dirigeants européens et africains ont formulé un certain nombre de promesses visant à garantir un accès équitable aux vaccins Covid. Toutefois, aucune décision sur une levée des droits de propriété intellectuelle n’a été prise.
À l’issue d’un sommet de deux jours qui s’est tenu à Bruxelles jeudi et vendredi dernier, les dirigeants européens et africains ont formulé un certain nombre de promesses visant à garantir un accès équitable aux vaccins Covid. Toutefois, aucune décision sur une levée des droits de propriété intellectuelle n’a été prise.
Garantir un « accès juste et équitable aux vaccins » était la priorité de l’ordre du jour du sixième sommet Union européenne-Union africaine (UE-UA).
La déclaration finale promettait d’agir par le biais d’une série d’initiatives, notamment la réaffirmation par l’UE de son engagement à fournir au moins 450 millions de doses de vaccin à l’Afrique, en coordination avec la plateforme Africa Vaccine Acquisition Task Team (AVATT), d’ici à la mi-2022.
La Team Europe — le nom choisi par l’UE pour désigner son paquet de mesures visant à soutenir les efforts des pays tiers dans la lutte contre la pandémie de Covid-19 — s’est également engagée à fournir plus de 3 milliards de dollars (2,65 milliards d’euros, soit l’équivalent de 400 millions de doses de vaccin) à la plateforme COVAX et à la vaccination sur le continent africain.
La Team Europe prévoit également de mobiliser 425 millions d’euros pour accélérer le rythme de la vaccination et soutenir une distribution efficace, la formation des équipes médicales et la capacité d’analyse ainsi que le séquençage en coordination avec le centre de contrôle et de prévention des maladies du continent africain (CDC Afrique).
« En matière de santé, nous avons eu des discussions approfondies sur la manière d’être pragmatique et efficace lorsqu’il s’agit de développer et de produire des vaccins en Afrique », a déclaré le président du Conseil européen Charles Michel lors de la conférence de presse qui a clôturé le sommet.
Moussa Faki Mahamat, le président de la Commission de l’UA, a ajouté : « Il y a 1,3 milliard d’habitants [sur notre continent], nous ne pouvons pas rester assis à attendre de pouvoir importer des vaccins. […] Nous avons une agence africaine qui vient d’être mise en place. Nous avons le CDC Afrique, qui travaille sur les pandémies. Nous possédons les instruments nécessaires. Avec le soutien de nos amis, ces questions devraient être gérées au niveau local ».
« En résumé, (…) je pense que ce sommet est le seul où nous avons vraiment eu un autre type de discussion. Nous avons eu une discussion franche », a poursuivi M. Mahamat.
Le Sénégalais Macky Sall a également souligné la nécessité de lutter contre le cancer, affirmant que « dans la moitié des pays africains, il n’y a pas d’installations de radiothérapie ».
Le transfert de technologies dans six pays africains
Le transfert de technologies est un autre volet de la santé dont on a beaucoup parlé.
Vendredi matin, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et son directeur, Tedros Adhanom Ghebreyesus, ont organisé une « cérémonie » avec les chefs des institutions européennes aux côtés du Président français Emmanuel Macron et du Président sud-africain Cyril Ramaphosa.
Ils ont annoncé que l’Afrique du Sud, l’Égypte, le Kenya, le Nigeria, le Sénégal et la Tunisie seraient les six premiers bénéficiaires de la technologie nécessaire à la production de vaccins à ARN messager (ARNm) en Afrique, fournie par le pôle technologique sud-africain.
« Dans un premier temps, ils [les pays choisis] bénéficieront de cette technologie, de la formation et de tout l’environnement réglementaire nécessaire à ce type de processus. La seule question que nous devons examiner est celle des droits de propriété intellectuelle », a indiqué M. Sall.
La levée des droits de propriété intellectuelle a grisé le sommet
Avant le sommet, on attendait avec impatience de savoir si les discussions pourraient aboutir sur une levée temporaire des droits de propriété intellectuelle (DPI) sur les vaccins, une proposition à laquelle l’UE s’est opposée jusqu’à présent. Aucune solution n’a été trouvée lors du sommet.
Selon la déclaration finale du sommet, l’UA et l’UE se sont engagées à « coopérer de manière constructive en vue de parvenir à un accord sur une réponse globale de l’OMC à la pandémie, comprenant des aspects liés au commerce et à la propriété intellectuelle ».
« Nous avons différentes façons d’atteindre cet objectif. Il doit y avoir un pont entre ces deux voies », a déclaré la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, en évoquant « une discussion très bonne, intense et constructive sur la question de la levée des ADPIC [les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce] ».
Les deux exécutifs travailleront ensemble et apporteront une solution au plus tard au printemps, a-t-elle ajouté.
M. Ramaphosa a toutefois précisé plus tôt dans la journée qu’il ne trouvait pas « acceptable que l’Afrique soit constamment en queue de peloton en ce qui concerne l’accès aux médicaments » et que les dons étaient « appréciés », mais « jamais un moyen ou un mécanisme durable de renforcer la résilience ».
Selon M. Ramaphosa, la question de la levée des ADPIC est maintenant un « sujet inconfortable », mais, une fois approuvée, elle garantira la liberté d’opérer pour les entités ayant les capacités requises et fournira une plateforme pour améliorer les capacités existantes.
Il y a deux mois, le Président sud-africain s’est dit déçu que les pays riches « ne nous donnent que leurs miettes ».
Lors de la cérémonie, il s’est montré tout aussi ferme sur sa position : « Les gouvernements qui veulent vraiment s’assurer que le monde a accès aux vaccins devraient veiller à ce que la levée des ADPIC soit approuvée (…) plutôt que de se cacher derrière la propriété intellectuelle, la rentabilité des concepteurs », a conclu M. Ramaphosa.