Sommet UE-Balkans occidentaux : l’UE tente de rassurer la région sur son avenir au sein du bloc

Les dirigeants de l’UE rencontrent leurs homologues des Balkans occidentaux à Tirana, la capitale albanaise, ce mardi (6 décembre), afin de rassurer la région sur son avenir au sein du bloc, sur fond de craintes concernant l’influence de la Russie et de la Chine dans la région.

EURACTIV.com depuis Tirana
EU-Western Balkans leaders’ meeting – Family photo
Le Premier ministre albanais Edi Rama, le président du Conseil européen Charles Michel et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen après une réunion des dirigeants de l’UE et des Balkans occidentaux à Bruxelles, en Belgique, le 23 juin 2022. [EPA-EFE/STEPHANIE LECOCQ]

Les dirigeants de l’Union européenne rencontrent leurs homologues des Balkans occidentaux à Tirana, la capitale albanaise, ce mardi (6 décembre), afin de rassurer la région sur son avenir au sein du bloc, sur fond de craintes concernant l’influence de la Russie et de la Chine dans la région. Les dirigeants européens devront toutefois faire preuve de prudence pour maintenir un front uni en matière d’élargissement et éviter les retombées négatives.

Le sommet conjoint avec les six pays des Balkans occidentaux (Albanie, Bosnie-et-Herzégovine, Kosovo, Monténégro, Macédoine du Nord et Serbie) est le premier à se tenir en dehors de l’UE. Celui-ci a lieu à Tirana, la capitale de l’Albanie, qui est par ailleurs l’un des plus fervents partisans de l’adhésion à l’Union.

Suite à l’invasion de l’Ukraine par la Russie, l’UE s’efforce depuis des mois de permettre à la Serbie, au Monténégro, à la Bosnie, à la Macédoine du Nord, au Kosovo et à l’Albanie de se rapprocher de leur objectif d’adhésion à l’Union et de tenter de limiter les conséquences de la crise du coût de la vie qui menacent la région.

Cette initiative intervient également alors que l’importance stratégique du voisinage proche de l’UE s’est accrue depuis l’invasion russe en Ukraine, avec des craintes relatives à l’influence de Moscou dans la région.

Alors que la perspective d’adhérer un jour au bloc reste difficile à entrevoir pour certains, l’UE redoute que ces pays ne commencent à chercher des solutions ailleurs.

Un nouvel élan

Au cours des dernières années, l’élargissement n’a pas suscité un grand intérêt au sein de l’UE, et certains États membres ont demandé une réforme de l’UE avant toute admission de nouveaux membres.

Le précédent sommet de Brdo, en Slovénie, a été dominé par la question de l’inclusion du mot « élargissement » dans la déclaration finale. À l’époque, certains États membres d’Europe occidentale étaient en effet réticents à s’engager dans une perspective d’élargissement du bloc à l’avenir.

Outre la rhétorique triomphante sur l’Ukraine et l’octroi du statut de candidat à l’UE à la Moldavie, les dirigeants de l’Union ont dû faire face, en juin, à la colère de leurs homologues des Balkans occidentaux, profondément frustrés par l’absence de progrès sur la trajectoire de l’adhésion au bloc.

Alors que la Bosnie-Herzégovine ne bénéficie pas encore de ce statut, l’Albanie et la Macédoine du Nord ont obtenu le feu vert pour entamer les négociations d’adhésion. Celles-ci sont toutefois retardées par le fait que la Bulgarie s’y oppose toujours en raison de questions bilatérales avec Skopje.

Cependant, en grande partie à cause de la guerre en Ukraine, le processus d’élargissement de l’UE a soudainement été réanimé après presque une décennie de stagnation.

« Les temps changent, dans le sens où l’Europe peut aussi offrir des choses et pas toujours en exiger, et parfois les offres fonctionnent mieux que les exigences », a déclaré le commissaire à l’Elargissement Olivér Várhelyi à EURACTIV après avoir présenté les rapports sur l’élargissement de cette année.

L’objectif de cette réunion d’une demi-journée est d’accroître la stabilité à une région qui a surgi de l’éclatement de la Yougoslavie et des guerres ethniques des années 1990 — mais qui reste en proie à des tensions à l’heure actuelle.

Les mesures prises en faveur d’une intégration plus étroite visent toutefois aussi à priver Moscou d’une porte d’entrée lui permettant de causer des problèmes dans ce qui est considéré comme une zone vulnérable sur le flanc sud-est de l’UE.

La Serbie, en particulier, qui a été bombardée par l’OTAN il y a vingt ans, s’efforce depuis longtemps de trouver un équilibre entre ses liens historiquement étroits avec la Russie et ses aspirations à une intégration économique et politique avec l’Occident.

Récemment, un rapport du Parlement européen a critiqué les États membres pour « ne pas avoir tenu les promesses de longue date de l’UE » envers la région.

« Le manque d’engagement et de crédibilité de l’UE au cours des dernières années a créé un vide, ouvrant ainsi la voie à la Russie, à la Chine et à d’autres acteurs tiers malveillants », indique le rapport.

« [La réunion de] Tirana réaffirmera sans équivoque la perspective d’adhésion pour tous et appellera à l’accélération des négociations d’adhésion », a confié un responsable de l’UE aux journalistes à la veille des discussions.

« Le simple fait que nous tenions un sommet à Tirana — qui aurait pu imaginer, il y a quelques années seulement, que l’UE sortirait de son périmètre et que le Conseil se déplacerait dans un pays non membre de l’UE pour tenir un sommet. Et ce n’est pas seulement une démonstration, un évènement, c’est plus que cela. C’est un engagement, c’est un message », a déclaré le Premier ministre albanais Edi Rama à EURACTIV en amont de la réunion.

Cette fois-ci, selon un projet de déclaration du sommet présenté à EURACTIV, le sommet devrait permettre d’éviter les désaccords sur les problèmes de langage, puisque le document devrait contenir le mot « élargissement ».

Quelques résultats concrets

Pour ce qui est des mesures concrètes en faveur de l’intégration, les opérateurs de télécommunications de l’UE annonceront une réduction des frais d’itinérance des données à partir d’octobre 2023, indiquent des responsables de l’UE.

Selon le projet de déclaration du sommet, l’Union demandera instamment à tous les pays des Balkans occidentaux de s’aligner sur la politique étrangère de l’UE — y compris les sanctions. Ce projet s’adresse principalement à la Serbie et à la Bosnie, qui a adopté des mesures sans pour autant les appliquer. Il est peu probable que le texte contienne une condamnation de Moscou.

L’autre question cruciale reste de maintenir la paix entre certains des candidats des Balkans occidentaux.

Dans un effort de dernière minute, Belgrade et Pristina ont conclu un accord sous l’égide de l’UE au début du mois pour mettre fin à un différend grave concernant les plaques d’immatriculation des voitures dans le nord du Kosovo. L’Occident craignait en effet que ce différend ne donne lieu à des violences ethniques.

La confrontation verbale entre les deux parties s’est toutefois ravivée juste avant le sommet.

« Nous attendons des progrès concrets de la part des deux parties en vue de conclure un accord global juridiquement contraignant sur la normalisation de leurs relations », indique le projet de communiqué.

Certaines des questions les plus délicates seront abordées plus tard en décembre, lorsque les dirigeants du bloc se réuniront à Bruxelles pour leur sommet ordinaire.

La semaine prochaine, les ministres de l’Europe devraient convenir d’accorder à la Bosnie le statut de candidat à l’adhésion à l’UE cette année. Cette décision devra être scellée par les dirigeants européens, ont indiqué des diplomates européens, mais elle pourrait être assortie de conditions dans le cadre d’un accord similaire à celui conclu avec l’Ukraine et la Moldavie.

La question migratoire sur le devant de la scène

Parallèlement, l’UE s’efforce de combler ce qu’elle considère comme des lacunes dans les régimes de visa de plusieurs pays des Balkans, qui ont contribué à l’augmentation du nombre de migrants entrant dans l’Union cette année.

« Nous avons travaillé […] extrêmement dur avec des pays comme l’Albanie, le Monténégro, la Macédoine du Nord et la Serbie pour les encourager à aligner leur politique en matière de visas, en veillant notamment à ce qu’ils n’offrent pas de visas aux pays qui ne sont pas exemptés de visa pour se rendre dans l’UE », a déclaré un responsable européen.

Les quatre pays ont adressé des signaux positifs au cours des derniers jours, « ce qui, je pense, devrait contribuer à alléger un peu la pression exercée sur la route migratoire », a-t-il poursuivi.

Le nombre de passages irréguliers aux frontières de l’UE a augmenté de plus de 70 % entre janvier et octobre, selon les calculs préliminaires publiés par l’agence européenne Frontex en novembre.

L’agence a indiqué que la route des Balkans occidentaux restait la plus active, avec près de trois fois plus de passages détectés en octobre qu’il y a un an.

Cela s’explique principalement par le fait que des personnes ont profité de l’accès sans visa dans la région, a précisé Frontex.

À la veille du sommet UE-Balkans occidentaux, la Commission européenne a présenté lundi 5 décembre un « plan d’action » visant à lutter contre l’augmentation du nombre de migrants entrant dans l’UE via la région.

Les responsables discuteront également des moyens d’enrayer la fuite des cerveaux, c’est-à-dire le fait que des jeunes bien formés quittent massivement les Balkans occidentaux à la recherche de meilleures perspectives d’emploi en Europe occidentale.

Les dirigeants européens inciteront également leurs homologues des Balkans à se montrer plus actifs dans la mise en œuvre des normes européennes telles que l’État de droit, l’égalité entre les genres, la protection des minorités et la lutte contre la corruption et la criminalité organisée.

En outre, ils devront également s’aligner sur les politiques européennes telles que les sanctions contre la Russie.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]