Sommet UE-Afrique : « poser les bases d’une lutte efficace » pour l’après Covid

Alors que se termine vendredi (18 février) le sommet UE-Afrique à Bruxelles, experts et ONG s’accordent à dire qu’il faut investir en Afrique dans des systèmes de santé publique capables de répondre aux futures crises sanitaires.

Euractiv France
First day of EU-AU summit in Brussels
Le président du Sénégal Macky Sall au sommet UE-UA à Bruxelles jeudi 17 février 2022. [<a href="https://webgate.epa.eu/webgate" target="_blank" rel="noopener">JOHN THYS / POOL/EPA</a>]

Alors que se termine vendredi (18 février) le sommet UE-Afrique à Bruxelles, experts et ONG s’accordent à dire qu’il faut investir en Afrique dans des systèmes de santé publique capables de répondre aux futures crises sanitaires. 

La pandémie de Covid-19 a révélé les inégalités d’accès aux services de santé, plus particulièrement l’accès à la vaccination, entre pays riches et pays pauvres : si en Europe le taux de vaccination avoisine les 70%, sur le continent africain ce chiffre atteint à peine les 10%. 

Selon Najat Vallaud-Belkacem, directrice France de l’ONG One, l’enjeu de ce sommet sur le plan sanitaire est de « poser les bases d’une lutte efficace pour les futures crises sanitaires ».

«Tant que les pays africains ne pourront pas produire leurs propres vaccins, ils seront toujours à la traîne. Or, ce continent ne devrait pas avoir à dépendre des autres pour sa propre sécurité sanitaire », ajoute-t-elle. 

« La pandémie de Covid nous a enseigné que le manque de souveraineté de l’Afrique sur la production de produits de santé est un problème majeur en temps de crise », confirme à EURACTIV Agnès Soucat Responsable santé et protection sociale à l’Agence française de développement (AFD). 

Lorsqu’on évoque le faible taux de vaccination en Afrique, le débat se cristallise régulièrement autour de la levée des brevets des vaccins, l’UE ayant réitéré lundi (14 février) son opposition de fournir les licences volontaires. 

« Nous ne voulons pas remettre en cause un système de propriété intellectuelle qui permet l’innovation et qui a permis notamment d’avoir très rapidement un vaccin pour l’humanité en ce qui concerne le Covid-19 », avait déclaré Franck Riester, le ministre français délégué au Commerce extérieur, lors d’une réunion avec ses homologues européens. 

Mais pour Agnès Soucat, le débat n’est pas là : « À l’heure d’aujourd’hui, je ne suis pas sûre que la levée des brevets sur le Covid aurait un effet sur la disponibilité en vaccins. Le niveau de production mondiale est suffisant. C’est surtout un problème de transfert de technologies et de capacité à financer et développer des chaînes de production », explique-t-elle. 

Face à la pandémie de Covid, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) s’est fixée un objectif ambitieux de 70% de la population mondiale soit vaccinée d’ici la mi-2022. 

Si l’Afrique veut atteindre cet objectif, « elle doit multiplier par six ses taux de vaccination et passer de six millions de doses par semaine à 36 millions », souligne Mme Vallaud-Belkacem. 

Des millions de doses jetées 

Au début de la vaccination, la solidarité s’organise et l’UE investit à hauteur de trois milliards d’euros dans le mécanisme COVAX, créée par l’OMS et l’Alliance Gavi, afin d’exporter des doses de vaccins en Afrique. 

Mais très vite un problème de taille se pose. Sur place, les pays qui reçoivent les doses n’ont ni la logistique nécessaire ni les technologies appropriées pour administrer les vaccins à leur population. 

Plusieurs millions de doses seront jetées, faute de pouvoir les conserver dans des frigos à basse température par exemple, ou faute de pouvoir les livrer à des établissements de santé. Des pays africains ont utilisé moins d’un tiers des doses qui leur ont été envoyées. 

« Les pays africains se sont retrouvés en queue de liste pour l’achat de vaccin. Il y a eu une défaillance du marché mondial : certains pays avaient les capacités financières d’acheter, mais ils n’ont pas pu, à l’image de l’Afrique du Sud », explique Agnès Soucat. 

Selon l’experte de l’AFD, le mécanisme Gavi ne fonctionne pas, car en tant que partenariat public-privé « il n’a pas les moyens d’exercer cette puissance étatique de régulation du marché mondial ».

Mercredi 9 février, la commissaire à la santé Stella Kyriakides, le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian et le ministre de la Santé Olivier Véran se sont accordés à dire que l’heure n’est plus aux dons mais à la vaccination. 

Pour mettre en place une campagne de vaccination efficace, il faut organiser le transfert « de technologies et de savoir-faire », soulève Najat Vallaud-Belkacem. 

Avant de préciser : « Si on le fait pas maintenant, lorsque nous serons confrontés à d’autres crises sanitaires, le contient africain ne sera toujours pas en capacité de produire ses propres vaccins. C’est un problème structurel et pas conjoncturel ». 

Les chefs d’États de l’Union africaine se sont fixés pour objectif de produire localement 60% de leurs besoins en vaccin d’ici 2040. La première étape sera le transfert par l’Afrique du Sud des technologies ARN à cinq pays africains. Des projets d’implantation d’usines Bio’nTech sont également prévus Sénégal, au Rwanda, au Ghana pour la mi 2022.

« Il y a des initiatives intéressantes à suivre comme l’usine de production de vaccins anti-Covid dont l’ouverture est annoncée pour l’été au Maroc », complète Mme Vallaud-Belkacem, selon qui l’objectif de l’UA est réalisable si « chacun des acteurs concernés sur la scène internationale y met du sien ».