Sommet sur l’IA : l’UE tente de combler son retard sur la Chine et les États-Unis
Le Sommet pour l'action sur l'Intelligence Artificielle (IA) ouvre aujourd'hui ses portes à Paris. Plus de 5 000 experts et 80 dirigeants du monde entier ont rendez-vous pour deux jours dans la capitale française.
PARIS — Le Sommet pour l’action sur l’Intelligence Artificielle (IA) ouvre aujourd’hui ses portes à Paris. Plus de 5 000 experts et 80 dirigeants du monde entier ont rendez-vous pour deux jours dans la capitale française.
Les objectifs du sommet qui s’ouvre à Paris sont ambitieux.
Les responsables politiques qui seront présents ces deux prochains jours dans la capitale française espèrent se mettre d’accord sur la définition de certains protocoles internationaux, mais aussi dévoiler d’importants investissements dans l’Hexagone.
Une déclaration commune sur la mise en place d’une IA durable et responsable devrait aussi être adoptée, selon une série de documents obtenus par Euractiv.
Imaginez les Jeux olympiques de Paris, mais pour l’IA — et avec plus de géopolitique.
Le sommet intervient alors que l’IA est en croissance exponentielle, bouleversant les processus industriels du monde entier, et soulevant de nombreuses questions de sécurité, et alors que le secteur est dominé par les États-Unis et la Chine.
L’arrivée fracassante de la start-up chinoise DeepSeek en janvier, qui a renvoyé la concurrence américaine dans les cordes, ne devrait qu’intensifier la course technologique entre Pékin et Washington.
L’intelligence artificielle ne devrait cependant pas concerner uniquement ces deux derniers pays, a déclaré un conseiller de l’Élysée à Euractiv sous couvert d’anonymat. « Si la France et l’UE ne parviennent pas à maîtriser cette technologie, nous n’existerons pas. »
Le sommet de Paris est donc une tentative pour la France et l’Union européenne (UE) dans son ensemble de revenir à la table des décideurs, que cela soit dans la gouvernance, le financement ou la sécurité.
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Le grand pari de la France
Paris a déjà quelque chose à montrer.
Le président Emmanuel Macron a annoncé que la France devrait « dans les années à venir » attirer 109 milliards d’euros, pour construire des centres de données et développer de nombreux projets dans le secteur.
Les Émirats arabes unis avaient par ailleurs annoncé jeudi dernier qu’ils allaient investir entre 30 et 50 milliards d’euros dans un grand centre de données dans l’Hexagone, capable d’atteindre une capacité d’un gigawatt. Ce qui équivaut à alimenter environ un million de foyers.
La France peut compter sur son énergie nucléaire bon marché, contrôlable et décarbonée pour attirer des investissements dans l’IA. « Le message clé que nous voulons envoyer est le suivant : la France et l’Europe sont crédibles en matière d’IA », a déclaré le président.
D’autres coups d’éclat pourraient intervenir, car Paris s’apprête à dévoiler sa nouvelle Fondation d’intérêt public pour l’IA, dont l’objectif serait de mieux canaliser les financements publics et de fournir aux initiatives phares des fonds dédiés.
La Fondation sera financée à 50 % par les gouvernements, à 25 % par l’industrie et à 25 % par des philanthropes, bien qu’il ne soit pas encore clair combien d’argent lui sera accordé — tout comme on ne sait pas encore combien sera annoncé par le biais d’investissements publics et privés.
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Qui sera présent ?
Il s’agit du troisième sommet mondial sur l’Intelligence artificielle, après celui de Londres en novembre 2023 et celui de Séoul en mai 2024.
« Paris accueillera tous les chercheurs, penseurs, financiers, investisseurs et chefs d’entreprise qui travaillent sur les questions d’IA », a déclaré l’Élysée.
Des personnalités de premier plan feront le déplacement, comme Dario Amodei (Anthropic), Sam Altman (Open AI) et Demis Hassabis (Google DeepMind).
Emmanuel Macron et le Premier ministre indien, Narendra Modi, prendront la parole. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, devrait aussi être présente.
Les dirigeants politiques mondiaux devront également se mettre d’accord sur une déclaration commune sur l’IA éthique et durable, soulignant la nécessité de dialogues multipartites inclusifs et renforçant la diversité de l’écosystème de l’IA, selon un projet de texte consulté par Euractiv.
L’Intelligence artificielle, selon le projet, doit être « basée sur les droits humains, centrée sur l’homme, éthique, sûre, sécurisée et digne de confiance » et reconnaître les risques environnementaux — l’essor des centres de données exigeant de grandes quantités d’électricité et d’eau, 365 jours par an.
Dans les faits, la formulation de la déclaration a été réduite à ses éléments les plus consensuels. Même dans ce cas, elle pourrait ne pas obtenir le soutien des États-Unis, alors que l’administration Trump a débuté le démantèlement de l’administration fédérale.
« Nous avons été incités à avoir une déclaration, mais ce n’est pas quelque chose d’important », peut-on lire dans les notes d’un lobbyiste de la société civile.
Un certain nombre d’autres initiatives devraient être mises en avant, y compris des textes sur la protection des enfants et des lois sur les droits d’auteur pour les artistes et les journalistes.
Un appel sera lancé en faveur d’un renforcement du Partenariat mondial sur l’IA, un forum de coopération dirigé par l’OCDE qui cherche à partager les meilleures pratiques nationales sans devenir une autorité réglementaire de plus.
« Il ne s’agit pas d’un nouvel organisme de réglementation », a confirmé l’Élysée, qui craint que l’Union européenne (UE) ne soit à nouveau perçue comme trop occupée par la réglementation au détriment de l’innovation. « Nous ne devrions pas surréglementer […] Nous devons changer d’approche ».
Jacob Wulff Wold a contribué à la rédaction de cet article.