Sommet européen : le défi de Nicolas Sarkozy
Le Sommet européen qui s’ouvre aujourd’hui à Bruxelles constitue l’épilogue du marathon de Nicolas Sarkozy. L’issue de la rencontre indiquera, entres autres, si le traité simplifié proposé par le président français pour relancer l’Europe a convaincu. Son entrée sur la scène européenne ne sera, quoi qu’il en soit, pas passée inaperçue.
Le Sommet européen qui s’ouvre aujourd’hui à Bruxelles constitue l’épilogue du marathon de Nicolas Sarkozy. L’issue de la rencontre indiquera, entres autres, si le traité simplifié proposé par le président français pour relancer l’Europe a convaincu. Son entrée sur la scène européenne ne sera, quoi qu’il en soit, pas passée inaperçue.
En bref :
En septembre dernier, Nicolas Sarkozy, alors simple candidat à l’élection présidentielle a formulé à Bruxelles des propositions pour sortir l’Europe de la crise. L’idée d’adopter un mécano institutionnel reprenant les principales dispositions de la partie I du projet de Constitution actuel a fait alors son apparition sur la scène politique. Si cette possibilité avait déjà été envisagée dans les cercles européens, Nicolas Sarkozy l’a introduite dans le débat public. L’objectif était double. Le référendum sur le projet de Constitution ayant été négatif, le candidat Sarkozy voulait à l’époque informer les Français de ses projets sur ce sujet sensible pour avoir les mains libres une fois élu. Il s’agissait également d’impliquer activement la France dans la relance de l’Europe. « Il a parfaitement bien réussi a faire passer son message aux Français puisqu’il a été élu » note Renaud Dehousse, directeur du Centre d’études européennes de Sciences-Po. « La France était de plus sur le banc de touche depuis deux ans. Elle regardait la balle passer sur le terrain. Avec l’élection de Nicolas Sarkozy et les initiatives prises par le nouveau président français, le pays est véritablement rentré à nouveau dans le jeu » estime Renaud Dehousse.
Depuis son entrée en fonction, le chef de l’État a effectivement fait preuve d’un « activisme remarquable ». Pour convaincre les États membres de l’UE du bien fondé de son projet, Nicolas Sarkozy a entamé un véritable marathon.
« Pour un chef d’État dont le pays n’est pas à la tête de l’UE, le tour d’Europe du président français était inhabituel avant un Sommet. Par son action, Nicolas Sarkozy a d’ailleurs même un peu empiété sur le périmètre de la chancelière allemande qui préside actuellement l’Union européenne. Cela risque de laisser des traces » indique Renaud Dehousse.
Rejetée au départ par Berlin, la proposition française a constitué par la suite la base de négociation de l’Allemagne. L’Espagne, l’Italie et le Portugal se sont finalement ralliés à la proposition de française. « Le Traité simplifié est apparu comme une solution médiane, intermédiaire, dont le but était de préserver la substance du projet tout en affichant un réalisme institutionnel. Nicolas Sarkozy a proposé une idée de nature à enclencher un rapprochement des positions, tout en prenant soin, et là réside tout le paradoxe, de ne pas énoncer son contenu » estime Thierry Chopin, directeur des études de la Fondation Robert Schuman.
Variant d’une étape à l’autre au cours du tour d’Europe de Nicolas Sarkozy, le contenu du traité simplifié est effectivement flou depuis le départ. « Cela ne me surprend pas du tout » explique Renaud Dehousse. « Pour le nouveau président français, il est urgent d’agir sur la réforme institutionnelle de l’UE parce que cette réforme est secondaire. Son intérêt, tout comme d’ailleurs celui des autres États membres, est d’être débarrassé de l’épine constitutionnelle. Nicolas Sarkozy sait qu’il a été élu pour réformer la France, pas pour réformer l’Europe » poursuit le chercheur.
L’activisme du président français et de la présidence allemande n’ont pas permis, avant le Sommet, de venir à bout de l’opposition de certains pays membres comme la Pologne, la Grande-Bretagne ou la République tchèque. L’ouverture d’une Conférence intergouvernementale pourrait néanmoins être perçue comme une première victoire du président français sur la scène européenne. « Même si la question du mandat de la (CIG) et la nature du calendrier seront les élements fondamentaux à l’issue du Sommet, la simple ouverture d’une Conférence intergouvernementale constituera une première victoire évidente pour Nicolas Sarkozy » ajoute Thierry Chopin. « Le président français aura gagné ses gallons d’activiste et de tacticien sur la scène européenne mais pas encore ceux de grand Européen, comme on a pu le dire de François Mitterrand ou Helmut Kohl » nuance Renaud Dehousse.