Sommet de Prague : nouvel espoir pour le processus de normalisation entre Arménie et Azerbaïdjan

Dans un nouvel effort de médiation à quatre pour résoudre l’impasse entre Erevan et Bakou, les intéressés ont annoncé jeudi (6 octobre) que l’UE enverra une « mission civile » en Arménie pour aider à délimiter les frontières avec l’Azerbaïdjan.

EURACTIV.com depuis Prague
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Les diplomates de l’UE ont déclaré qu’ils avaient « un espoir prudent » de voir le processus de normalisation entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan progresser. [Twitter/Elysee]

Dans un nouvel effort de médiation à quatre pour résoudre l’impasse entre Erevan et Bakou, les intéressés ont annoncé jeudi (6 octobre) que l’UE enverra une « mission civile » en Arménie pour aider à délimiter les frontières avec l’Azerbaïdjan.

Le Premier ministre arménien Nikol Pashinyan, le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev, le président français Emmanuel Macron et le président du Conseil européen Charles Michel se sont rencontrés à deux reprises pendant plusieurs heures tard dans la nuit de jeudi à vendredi, en marge du premier sommet de la Communauté politique européenne à Prague.

Selon une déclaration commune publiée à l’issue des discussions, l’Arménie a accepté de faciliter la mise en place d’une mission civile de l’UE le long de la frontière avec l’Azerbaïdjan, qui a accepté de coopérer avec cette mission.

Celle-ci débutera en octobre pour une durée maximale de deux mois, dans le but « d’instaurer la confiance et… contribuer aux commissions frontalières », ajoute le communiqué.

Selon la déclaration conjointe, l’Arménie et l’Azerbaïdjan ont également confirmé leur engagement envers la charte des Nations unies et « la déclaration d’Alma Ata de 1991, par laquelle les deux pays reconnaissent l’intégrité territoriale et la souveraineté de l’autre ».

Cette annonce est intervenue quelques jours après que les ministres des Affaires étrangères arménien et azerbaïdjanais se sont réunis pour des pourparlers à Genève afin de commencer à rédiger le texte d’un futur traité de paix.

Alma Ata, ou Almaty, était la capitale du Kazakhstan à l’époque. Le traité d’Alma Ata de 1991 a établi les principes de la Communauté des États indépendants (CEI), notamment la reconnaissance et le respect de l’intégrité territoriale de chacun et l’inviolabilité des frontières existantes. Le traité d’Alma Ata n’a toutefois pas empêché un conflit à grande échelle entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan au sujet du Haut-Karabagh, au cours de l’hiver 1992. Le conflit n’a pas été résolu depuis.

Le mois dernier, Erevan et Bakou se sont accusés mutuellement d’avoir rompu le cessez-le-feu entre les nations belligérantes. En effet, au moins 286 personnes ont été tuées de part et d’autre avant qu’une trêve négociée par les États-Unis ne mette fin aux pires affrontements depuis 2020, lorsque les tensions latentes avaient dégénéré en guerre totale.

Un processus « accéléré »

Les discussions à quatre en marge du sommet ont également constitué sa séance de photos la plus remarquable. Ce sommet est un nouveau forum de consultation réunissant 44 dirigeants européens, destiné à discuter de la paix et de la prospérité sur le continent.

L’UE a tenté à plusieurs reprises de s’immiscer dans la brèche diplomatique en se présentant comme un médiateur.

L’UE a besoin de stabilité dans le Caucase du Sud, une région qui a pris toute son importance dans le contexte du conflit avec la Russie. L’UE a besoin de l’approvisionnement en gaz de l’Azerbaïdjan et mise sur un « corridor central » reliant l’Asie à la mer Noire et à la mer Caspienne.

En août, Bruxelles a accueilli une réunion trilatérale avec M. Pashinyan et M. Aliyev pour discuter de la manière d’éviter de futurs affrontements. M. Michel a annoncé qu’une réunion entre les autorités frontalières aurait lieu en novembre.

Toutefois, en l’absence d’une présence significative de l’UE sur le terrain, celle-ci n’a pas été en mesure de faire respecter les termes du cessez-le-feu.

Les diplomates de l’UE ont déclaré qu’ils avaient « un espoir prudent » de voir le processus de normalisation entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan progresser.

Emmanuel Macron, l’air absorbé et tendu, a tweeté une image des quatre dirigeants réunis autour d’une table avec le commentaire : « pour une paix durable dans le Caucase ».

Après la réunion, le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev a déclaré aux journalistes de son pays que le processus de paix avec l’Arménie « a maintenant été accéléré ».

M. Aliyev a également déclaré que les ministres des Affaires étrangères des deux pays se rencontreraient à nouveau « bientôt ».

« Nous avons proposé que les groupes de travail des deux pays se réunissent et travaillent à la préparation du texte de l’accord de paix pendant quelques jours. Telle est notre intention », aurait-il déclaré.

Rapprochement avec la Turquie ?

L’Arménie considérait la Russie comme le principal allié capable de garantir sa sécurité précaire par le biais de l’Organisation du traité de la sécurité collective (OTSC) dirigée par Moscou, qui exploite une base militaire en Arménie et joue un rôle de courtier en puissance dans la région.

Mais la Russie a visiblement perdu de son influence dans la région, ayant concentré son attention sur l’Ukraine.

La Turquie, quant à elle, est un soutien essentiel de l’Azerbaïdjan. À l’inverse, l’Iran cherche à se rapprocher de l’Arménie.

À Prague, les dirigeants de la Turquie et de l’Arménie se sont rencontrés pour leur premier face-à-face depuis qu’ils ont convenu l’année dernière d’améliorer leurs relations après des décennies d’animosité.

Les deux pays n’ont pas eu de relations diplomatiques ou commerciales officielles depuis les années 1990.

En janvier, ils ont tenu la première série de pourparlers depuis plus de 10 ans, les qualifiant de « positifs et constructifs » et évoquant la perspective de rétablir les liens et de rouvrir les frontières.

Cette dernière initiative est la première tentative de rétablir les liens entre Turquie et Arménie depuis un accord de paix de 2009 qui n’a jamais été ratifié.

Le président turc Recep Tayyip Erdoğan a déclaré, à l’issue d’une rencontre avec l’Arménien M. Pashinyan, qu’il « croit sincèrement » que les deux pays parviendront à une normalisation totale des liens sur la base de « relations de bon voisinage ».