Soft power : la Turquie pourrait contribuer aux ambitions de l’UE [FR]
Sans la Turquie faisant le lien entre l’Orient et l’Occident sur des questions comme la sécurité énergétique, la politique étrangère et la coopération au Moyen-Orient, l’objectif de l’UE d’exercer une forte influence régionale sera contrarié, a déclaré l’ambassadeur de la Turquie auprès de l’Allemagne Ahmet Acet lors d’un entretien fleuve avec EURACTIV Allemagne.
Sans la Turquie faisant le lien entre l’Orient et l’Occident sur des questions comme la sécurité énergétique, la politique étrangère et la coopération au Moyen-Orient, l’objectif de l’UE d’exercer une forte influence régionale sera contrarié, a déclaré l’ambassadeur de la Turquie auprès de l’Allemagne Ahmet Acet lors d’un entretien fleuve avec EURACTIV Allemagne.
L’ambassadeur turc a souligné la nécessité pour les dirigeants européens de produire une vision qui mette en avant le rôle positif que la Turquie pourrait jouer si elle agissait comme une force de pacification, amenant la paix et la stabilité au Moyen-Orient.
M. Acet a salué et justifié la politique du « problème zéro » que poursuit son pays avec tous ses voisins, dont la Syrie, l’Irak, l’Iran et l’Arménie. Cette approche créée des bénéfices économiques pour l’ensemble du pays, et plus important encore pour ces régions qui pourraient n’être considérées que comme périphériques lorsque des tensions existent.
L’ambassadeur a également expliqué que la stratégie de conciliation de son pays à l’égard de l’Iran est motivée par la volonté d’user toutes les voies diplomatiques avant d’imposer des sanctions (EURACTIV 17/11/09). Les mesures de rétorsion devraient être considérées en dernier ressort.
M. Acet a également réaffirmé le rôle central de la Turquie en matière de sécurité et d’indépendance énergétique pour l’Europe. S’exprimant sur la potentielle rivalité entre les projets de gazoducs Nabucco et South Stream (EURACTIV 06/10/09), il a déclaré que deux pipelines sont en concurrence jusqu’à un certain point, mais ils représentent dans le même temps le même intérêt : la diversification énergétique, a-t-il dit.
Il s’est aussi montré confiant dans la santé de l’économie turque, citant les estimations de l’OCDE selon lesquelles elle pourrait croître de 3,75 % en 2010. Si c’était le cas, la Turquie se remettrait entièrement des conséquences de la crise économique. Le Fonds monétaire international (FMI) a récemment affirmé que le PIB de l’économie turque s’était contracté de 5,1 % en 2009.
Bien que l’économie turque ait été durement frappée par la crise économique, dépendant pour beaucoup de ses exportations, elle s’est trouvée néanmoins protégée de manière paradoxale du pire de la crise économique grâce aux réformes mises en œuvre après la crise bancaire de 2001.
En ce qui concerne le processus d’adhésion, M. Acet a affirmé que les questions autres que les progrès de la Turquie au regard du train des réformes ne devraient pas être prises en compte pour juger si oui ou non son pays peut ou pas rejoindre l’UE. Il a fait référence en particulier à la dispute sur Chypre (EURACTIV 07/01/10), qui bloque actuellement un certain nombre de chapitres de négociations.
L’ambassadeur s’est également attardé sur l’attitude du personnel politique européen, qui utilise souvent la question de l’adhésion de la Turquie comme un moyen de maximiser leurs performances en période électorale (EURACTIV 11/05/09). Cela arrive souvent au détriment de la véritable Turquie, sobre et réaliste.
M. Acet a affirmé que rendre des jugements hâtifs sur l’impréparation de la Turquie alors que les négociations sont en cours est injuste et inutile, puisque l’aptitude du pays à rejoindre l’UE devrait être examinée à la fin, et non au milieu, du processus d’adhésion.
Si vous dîtes aujourd’hui que la Turquie n’est pas européenne ou qu’elle ne devrait pas être membre ou qu’elle devrait être un partenaire privilégié – c’est comme si vous changiez les règles du jeu en plein milieu d’un match de football, en permettant à l’une des deux équipes de jouer avec deux ballons au lieu d’un seul, a-t-il conclu.