Slovaquie : victoire écrasante de la gauche pro-européenne aux élections

  Hier (11 mars), le dirigeant slovaque de centre-gauche, Robert Fico, a assuré à Bruxelles être un partenaire fiable suite à sa victoire écrasante aux élections. Il s’apprête à remplacer un gouvernement qui a chuté après un conflit sur les renflouements de la zone euro.

EURACTIV.com / Reuters
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Hier (11 mars), le dirigeant slovaque de centre-gauche, Robert Fico, a assuré à Bruxelles être un partenaire fiable suite à sa victoire écrasante aux élections. Il s’apprête à remplacer un gouvernement qui a chuté après un conflit sur les renflouements de la zone euro.

Le parti Smer de M. Fico a remporté la majorité au parlement et le futur premier ministre a déclaré qu'il respecterait les engagements du gouvernement sortant qui a promis de réduire le déficit budgétaire et de soutenir les mesures visant à renforcer la zone euro.

Un gouvernement mené par un europhile qui a été premier ministre de 2006 à 2010 devrait convenir aux partenaires de la Slovaquie. Ils ont en effet été frustrés par le refus de la coalition sortante de centre-droit de contribuer au premier renflouement de la Grèce. Le gouvernement sortant avait également fait traîner les projets de renforcement du fonds de sauvetage pour les pays en difficulté.

« L'Union européenne peut s'appuyer sur le Smer, car nous sommes conscients que la Slovaquie, un petit pays d'Europe qui souhaite y rester […], désire sauvegarder la zone euro et l'euro comme une monnaie européenne forte », a déclaré M. Fico au siège de son parti sous les applaudissements de ses partisans.

La victoire écrasante de cet ancien avocat a mis à genoux la coalition menée par le SDKU de Mikuláš Dzurinda. Ces élections anticipées ont été organisées après que le gouvernement s'est désintégré en raison de conflits sur le fonds de sauvetage de la zone euro en octobre dernier, après tout juste 15 mois au pouvoir. Il n'occupait qu'une fonction administrative depuis.

Selon des résultats complets, mais pas encore officiels, le Smer, un parti social-démocrate, a remporté 44,4 % des suffrages dimanche, remportant ainsi 83 des 150 sièges au parlement.

Accusé de corruption, le parti de M. Dzurinda n'a remporté que 6,1 % des voix, moins de la moitié du score obtenu en 2010. Il a toutefois évité l'exclusion du parlement en dépassant le seuil des 5 %.

La Slovaquie n'avait pas vécu un tel raz de marée électoral depuis qu'elle a fait sécession de la Tchéquie en 1993.

Cette victoire rappelle celle de Viktor Orbán du parti Fidesz de centre-droit en Hongrie contre une gauche discréditée en 2010. Certains experts affirment qu'il existe des ressemblances entre MM. Fico et Orbán, car tous deux ont sermonné la presse, adopté des lois controversées sur les médias et critiqué les entreprises étrangères opérant dans leur pays.

Le président, Ivan Gašparovi?, a déclaré qu'il demanderait au chef du parti vainqueur de mener les négociations sur la formation d'un nouveau gouvernement.

M. Fico a déclaré qu'il chercherait un partenaire de coalition, mais qu'il était probable qu'il dirige seul le pays étant donné la majorité obtenue par le Smer. Il s'agirait du premier gouvernement unipartite en Slovaquie depuis la fin du communisme en 1989.

Taxer les riches

M. Fico a affirmé qu'il prévoyait de poursuivre le travail du gouvernement sortant s'agissant de protéger la notation de la dette souveraine du pays et de réduire les dépenses publiques, bien qu'il ait laissé le déficit grimper en flèche à l'apogée de la crise économique de 2009-2010.

Ce pays de 5,4 millions d'habitants est parvenu à conserver la confiance des investisseurs bien mieux que d'autres pays périphériques de la zone euro. Son objectif de déficit pour 2012 est de 4,6 % du PIB et il compte retomber sous la barre des 3 % en 2013, respectant ainsi le seuil imposé par l'UE.

M. Fico a cependant promis de revenir sur la politique phare de M. Dzurinda, un taux d'imposition unique sur les revenus de 19 %, et de taxer davantage les riches, les banques et les autres entreprises qui enregistrent des bénéfices importants.

« Nous ne voulons pas uniquement réduire les dépenses […] Nous souhaitons taxer les riches et les forts. Nous ne toucherons pas les Slovaques qui ont de faibles revenus », a déclaré M. Fico dimanche.

Il prévoit de presque doubler la taxe sur les dépôts bancaires à 0,7 %, d'élever l'impôt sur les sociétés de 19 à 22 % et d'augmenter l'impôt sur le revenu pour ceux gagnant plus de 33 000 euros par an.

M. Fico, qui jouit d'un pouvoir sans égal au sein du Smer, a également critiqué les réformes menées par le précédent gouvernement qui souhaitait faciliter les procédures d'embauche et de licenciement. Il est ainsi parvenu à faire vibrer la corde sensible au sein d'un électorat qui redoute l'insécurité de l'emploi. La Slovaquie est en effet le second pays le plus pauvre de la zone euro et elle enregistre un taux de chômage de 13,7 %.

Le salaire minimum n'est que de 327 euros par mois, la moitié du salaire grec.