Si le Green Deal s’effondre, c’est à cause du Parti populaire européen, estime Pascal Canfin

Selon l’eurodéputé libéral Pascal Canfin, la « croisade » lancée contre les éléments agricoles du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal) par le Parti populaire européen de centre droit risque de perturber l’équilibre de la majorité pro-européenne établie.

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EU Parliament reached a breakthrough on Climate Law, part of the European Green Deal
« Si le PPE détruit le premier texte du paquet et veut détruire le second sur les pesticides, il n’y aura plus d’accord », a prévenu M. Canfin. [<a href="https://epaimages.com/search.pp" target="_blank" rel="noopener">[OLIVIER HOSLET / POOL]</a>]

Selon l’eurodéputé libéral Pascal Canfin (Renew Europe), la « croisade » lancée contre les éléments agricoles du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal) par le Parti populaire européen (PPE) de centre droit risque de perturber l’équilibre de la majorité pro-européenne établie. M. Canfin a par ailleurs exhorté la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, à intervenir.

Ces commentaires font suite à la décision du groupe politique de centre droit de ne plus soutenir deux propositions cruciales de la Commission dans le cadre du Pacte vert, à savoir le règlement sur l’utilisation durable des pesticides (SUR) et le règlement sur la restauration de la nature, en raison de préoccupations en matière de sécurité alimentaire.

Pour M. Canfin, cette décision est « totalement irresponsable à un moment où les conséquences sur le climat [se font de plus en plus ressentir] partout en Europe », notant que les agriculteurs sont les « premières victimes du choc climatique ».

En s’attaquant aux éléments agricoles des ambitions écologiques de l’UE, le groupe politique menace les fondations de l’ensemble du Pacte vert, affirme l’eurodéputé libéral, qui préside également la commission de l’Environnement, de la Santé publique et de la Sécurité alimentaire (ENVI) du Parlement européen.

« Si le PPE détruit le premier texte du paquet et veut détruire le second sur les pesticides, il n’y aura plus d’accord », a-t-il prévenu.

Dans ce cas, le PPE devra « porter l’entière responsabilité », a-t-il déclaré, notant que si jamais l’objectif de réduction des pesticides et l’objectif de restauration de la nature étaient anéantis, ce serait « entièrement de leur faute ».

Au-delà des ramifications environnementales, cette décision entraîne également des conséquences politiques plus larges, a déclaré l’eurodéputé libéral, soulignant qu’avec cette initiative, le PPE a choisi de se rapprocher des partis conservateurs (CRE) et d’extrême droite (ID).

« L’élément central de cette stratégie réside dans l’approche anti-pacte vert en matière d’agriculture », a-t-il dit, qualifiant cette démarche d’« élément clé » de la stratégie politique du PPE.

Redessiner les contours de la coalition ?

Pour M. Canfin, l’essentiel est de savoir si le PPE veut simplement être perçu comme un « copié-collé de la position du [groupe des Conservateurs et Réformistes européens] CRE et d’ID » ou s’il fait toujours partie d’un centre pro-européen qui réalise les priorités de ce mandat, notamment en ce qui concerne le Pacte vert.

Bien qu’il ait déclaré qu’il était « trop tôt pour dire » comment cette évolution pourrait redessiner le prochain Parlement, l’eurodéputé a souligné que « la seule approche stable pour l’Europe repose sur la majorité actuelle de Mme von der Leyen ».

« Une majorité entièrement de gauche ou de droite est totalement impraticable et ingérable », a-t-il souligné. En tant que tel, l’alignement du PPE sur les groupes CRE et ID est « complètement contraire à l’esprit de la démocratie européenne ».

« Il s’agit d’une impasse au bout du compte », a-t-il averti, soulignant la nécessité de s’en tenir aux engagements précédemment convenus.

« […] Nous avons [donc] besoin d’une majorité stable, avec les S&D et le PPE, et nous devons y travailler — il n’y a aucune raison de changer et c’est exactement ce qui est prévu, y compris sur ce sujet », a-t-il indiqué.

Précisant que, même sur des questions controversées telles que l’immigration, le PPE a soutenu l’accord de la majorité de Mme von der Leyen et a voté contre l’extrême droite du CRE et d’ID, l’eurodéputé libéral a appelé la présidente de la Commission, également membre du PPE, à intervenir.

« [Je] dois dire que maintenant c’est aussi à [la présidente de la Commission] Mme von der Leyen d’intervenir, parce qu’en fin de compte, il faut savoir si nous négocions avec le PPE de Mme von de Leyen ou si nous négocions avec le PPE de M. Weber, président du PPE », s’est-il interrogé.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]