Seule la dette commune peut sauver l’Europe, selon le président du Comité économique et social européen

À moins que les États membres de l’UE ne contractent davantage de dettes communes, ils risquent de perdre du terrain tant au niveau national qu’international en raison d’un budget structurellement trop modeste, confie Séamus Boland, président du Comité économique et social européen (CESE), à Euractiv.

EURACTIV.com
aa89cc75-fa6e-4ecd-aa54-af9ef3577dc4
L'Irlandais Séamus Boland, président du CESE. [UE]

Avec la préparation du prochain cadre financier pluriannuel (CFP) pour la période 2028-2034, Bruxelles ambitionne de combler une partie du retard d’investissement qui sépare l’UE des États-Unis et de la Chine. L’exercice budgétaire s’inscrit également dans un contexte de hausse des dépenses de défense, alors que la guerre en Ukraine se poursuit et que la fiabilité de Washington comme allié est de plus en plus questionnée.

« Nous sommes en train de créer une nouvelle Europe, qui accorde beaucoup plus d’importance à la défense. Nous ne pouvons pas y parvenir avec les dépenses actuelles », explique Séamus Boland, président du CESE, l’organe qui représente la société civile organisée dans toute l’UE.

Dans sa proposition présentée en juillet, la Commission européenne a suggéré de réduire les fonds destinés aux régions et aux agriculteurs les plus modestes, tout en renforçant la centralisation budgétaire au niveau des capitales nationales. Cette évolution offrirait aux gouvernements une plus grande flexibilité pour réorienter les financements, notamment vers la défense.

« Quelqu’un va en pâtir », avertit Séamus Boland, ajoutant que l’histoire nous enseigne que ce sont les régions les plus éloignées et les plus pauvres qui seront sacrifiées.

La Commission, en revanche, insiste sur le fait que les acteurs régionaux resteront impliqués et que le financement global pour les agriculteurs et les régions restera au niveau actuel. « Les gens ne sont pas dupes », continue-t-il. « Ils ont besoin d’une bien meilleure stratégie de communication. »

Ce débat intervient alors que dix États membres affichent des déficits suffisamment élevés pour déclencher des procédures disciplinaires de l’UE, et qu’il est politiquement difficile d’augmenter de manière significative les contributions nationales au budget commun.

Alors que des pays riches comme l’Allemagne et les Pays-Bas s’opposent fermement à l’augmentation de la dette commune, les dirigeants du bloc ont déjà contracté d’importants emprunts pour répondre à la crise de la Covid-19 et, plus récemment, pour soutenir l’Ukraine après l’invasion à grande échelle de la Russie.

« Un changement massif signifie que vous avez besoin d’argent maintenant. Cela signifie que vous devez emprunter », conclut Séamus Boland.