Serbie : des experts dénoncent la récupération politique de fusillades de masse

En Serbie, des experts politiques ont réagi à deux grands rassemblements qui seront organisés ce week-end par le parti au pouvoir et l’opposition respectivement, estimant qu’ils utilisaient les tragiques fusillades de masse à des fins politiques.

EURACTIV Serbie
Opposition political parties rally against violence in Serbia
Un homme brandit le drapeau serbe lors d’un rassemblement contre la violence à Belgrade, le 12 mai 2023. Les partis politiques d’opposition ont appelé à une manifestation pacifique et silencieuse contre la violence dans la société serbe à la suite de deux fusillades de masse. [EPA-EFE/ANDREJ CUKIC]

En Serbie, des experts politiques ont réagi à deux grands rassemblements qui seront organisés ce week-end par le parti au pouvoir et l’opposition respectivement, estimant qu’ils utilisaient les tragiques fusillades de masse à des fins politiques.

La capitale serbe accueille deux grands rassemblements politiques ce vendredi et samedi (26-27 mai). Celui de vendredi sera organisé par le Parti progressiste serbe (SNS), le parti conservateur au pouvoir, tandis que celui de samedi sera organisé par l’opposition et il s’agira de la quatrième manifestation antigouvernementale « Serbie contre la violence ».

Les analystes Vladimir Vuletić et Boško Jakšić se sont entretenus avec EURACTIV à ce sujet.

« La manifestation de l’opposition est en soi une manifestation politique, quel que soit son nom. Elle est organisée par des partis politiques, mais les demandes sont également copiées de l’arsenal des multiples rassemblements précédents de l’opposition », a expliqué le sociologue et analyste M. Vuletić.

L’opposition demande au ministre des Affaires intérieures Bratislav Gašić et au directeur du service de renseignement serbe (BIA) Aleksandar Vulin, de démissionner. Elle demande également la suppression de plusieurs médias « promouvant la violence ».

« En formulant ces demandes, l’opposition tente de surfer sur la vague de tristesse et de colère suscitée par les fusillades de Belgrade et de Mladenovac et de la réorienter vers l’affaiblissement des piliers du gouvernement. Symboliquement, la culpabilité de ces évènements malheureux est dirigée vers les médias importants du régime », a déclaré M. Vuletić.

En réaction aux manifestations, le SNS, le parti du président Aleksandar Vučić, a prévu un rassemblement intitulé « Serbie de l’espoir » pour montrer qu’il dispose de plus de partisans que l’opposition.

Selon M. Vuletić, ces deux évènements pourraient conduire à une confrontation sérieuse qui signifierait tout le contraire de la raison présumée des manifestations.

« Qui profiterait d’une telle escalade, le gouvernement ou l’opposition ? Une autre issue pourrait être des élections anticipées à tous les niveaux », a déclaré M. Vuletić, avertissant que ce scénario retarderait d’autres processus politiques, tels que la mise en œuvre du plan européen pour le Kosovo.

« Le calcul politique n’est pas encore évident pour tout le monde, mais ce qui est clair, c’est qu’un évènement tragique sans précédent a servi d’enjeu à un jeu politique qui ne fait que se préparer », a-t-il indiqué.

M. Jakšić, journaliste et analyste politique, a expliqué à EURACTIV que la Serbie avait une fois de plus montré que la politique telle qu’exercée dans le pays était une « discipline toxique ».

« Une manifestation calme et digne contre la violence a été rabaissée en minimisant le nombre de participants et est qualifiée de manifestation honteuse de vautours, accusés d’essayer de capitaliser la douleur [suite aux fusillades]. L’opposition […] aurait dû avoir le courage de se retirer et de laisser les citoyens, pour une fois, exprimer leurs émotions par eux-mêmes », a-t-il affirmé.

« La sagesse politique a manqué sur ce point, mais le président Aleksandar Vučić se trouve dans une situation inédite qui pourrait échapper à tout contrôle. […] Il y aura une nouvelle fois un clivage de taille. D’un côté, une Serbie profondément préoccupée par son avenir. De l’autre, [ceux qui choisissent] le passé par peur ou par pur manque de réflexion », a-t-il ajouté.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]