Selon Bernd Hüttermann, "faire l'éloge de l'Europe ne suffit plus" [FR]
Dans un entretien exclusif accordé à Euractiv, Bernd Hüttermann, secrétaire général du Mouvement européen allemand, le scepticisme européen est à la hausse en Allemagne. Il explique quels changements il faut apporter à la stratégie de communication de l'UE en Allemagne afin que la confiance revienne.
Dans un entretien exclusif accordé à Euractiv, Bernd Hüttermann, secrétaire général du Mouvement européen allemand, le scepticisme européen est à la hausse en Allemagne. Il explique quels changements il faut apporter à la stratégie de communication de l’UE en Allemagne afin que la confiance revienne.
Leur pays étant l’un des membres fondateurs de l’UE, le principal contributeur net au budget européen et ne comptant aucun parti eurosceptique, les Allemands sont généralement considérés comme de ‘bons Européens’.
Cependant, un récent sondage Eurobaromètre indique que seuls 43% des Allemands ont confiance dans la Commission européenne, 53% dans le Parlement européen et 40% dans le Conseil. Le scepticisme européen est en hausse.
Selon M. Hüttemann, ce phénomène s’explique par le fait que l’Europe est quelquechose dont on fait simplement l’éloge dans des discours mais qui n’est pas présenté comme pertinent pour les politiques nationales, alors que de plus en plus de compétences sont transférées au niveau européen. Les politiques, les partis et les « élites incompétentes » en général ne sont pas parvenus à transmettre l’importance de l’UE. Ainsi, les Allemands considèrent encore que leur pays est toujours celui qu’on écoute le moins sur la plupart, si ce n’est toutes les questions européennes. Parallèlement, 71% des Allemands ne se sentent pas suffisamment impliqués dans les affaires européennes.
Quelles évolutions sont nécessaires? M. Hüttemann considère que les citoyens doivent savoir concrètement dans quelle mesure l’UE est importante pour les politiques allemandes et les influence : « l’information, le dialogue et l’éducation » sur l’UE doivent être faits de façon décentralisée, proche des citoyens.
Cependant, M. Hüttemann regrette que le gouvernement de nouvelle coalition (conservateurs et socio-démocrates) n’ait pas encore défini de plan de communication, notamment en raison de luttes internes dans les partis au pouvoir. Cependant, dans un pays qui dispose d’une structure de gouvernance très complexe concernant les affaires européennes, une bonne coordination est essentielle, également en ce qui concerne la communication de l’UE.
M. Hüttemann prévoit d’éventuelles évolutions. Le ministère allemand des affaires étrangères, qui est le principal organe traitant des politiques européennes, a mis en place une table ronde avec les ONG pour améliorer le dialogue avec les sociétés civiles. Le gouvernement allemand et les représentations de la Commission et du PE en Allemagne ont lancé un nouveau projet intitulé « Aktion Europa ». L’objectif est d’améliorer la communication de l’UE en Allemagne en impliquant divers acteurs et en leur proposant des fonds pour des projets de communication.
Reste à déterminer si cette « alliance des bureaucraties » se traduira véritablement par moins de bureaucratie. M. Hüttemann identifie les états régionaux (Länder) comme les principales sources éventuelles de problème. Bien qu’elles soient proches des citoyens, ces régions s’intéressent de moins en moins aux politiques européennes, certaines étant ouvertement sceptiques envers l’UE malgré qu’elles acceptent toujours avec plaisir les fonds structurels européens.