Sécurité énergétique et réduction du CO2 : Bruxelles plaide pour le nucléaire
La Commission espère que le groupe de haut niveau sur la sécurité nucléaire et la gestion des déchets établira des normes européennes communes et encouragera les investissements dans de nouvelles centrales, tout en apaisant les craintes des États membres opposés au nucléaire. De son côté, la France plaide plus que jamais pour le développement de cette énergie.
La Commission espère que le groupe de haut niveau sur la sécurité nucléaire et la gestion des déchets établira des normes européennes communes et encouragera les investissements dans de nouvelles centrales, tout en apaisant les craintes des États membres opposés au nucléaire. De son côté, la France plaide plus que jamais pour le développement de cette énergie.
Contexte :
Créé en juillet 2007 par la Commission européenne, le Groupe de haut niveau (GHN) sur la sûreté nucléaire a organisé sa première réunion le 12 octobre.
Le groupe est composé d’autorités nationales de réglementation et de sûreté nucléaire nommées par les États membres. Il a notamment pour objectif de conseiller la Commission sur la façon d’harmoniser les normes relatives à la sûreté nucléaire et à la gestion des déchets radioactifs.
Parallèlement aux travaux de ce groupe, la Commission européenne semble de plus en plus considérer l’énergie nucléaire comme une source potentielle de production d’énergie sans carbone. Lors d’une conférence sur l’énergie à Madrid, le 1er octobre, le président de la Commission, José Manuel Barroso, le commissaire à l’Energie, Andris Piebalgs, et la commissaire à la Concurrence, Neelie Kroes, ont rompu avec la position traditionnellement neutre de la Commission en prenant position en faveur de l’énergie nucléaire.
M. Barroso a affirmé que l’UE devait mener un débat « total et franc » sur le nucléaire, en le considérant comme l’une des solutions pour réduire les émissions de CO2.
Dans une interview au journal espagnol El Pais, Andris Piebalgs a ajouté qu’un minimum de 30 % de l’électricité devait être produit grâce au nucléaire pour assurer la sécurité énergétique des pays de l’UE. (EURACTIV 03/10/07).
Enjeux :
Une question explosive
Selon les déclarations à la presse du commissaire européen à l’Energie, Andris Piebalgs, les débats, lors de la première réunion du GHN, ont été «animés ».
M. Piebalgs a reconnu que le changement climatique et la quête d’un avenir à faible teneur en carbone faisaient du nucléaire une option plus attirante pour un certain nombre d’États membres, notamment la Finlande et la France.
Le commissaire européen estime cependant que le nucléaire doit être un choix propre aux États. Il s’agit, selon lui, d’une énergie « faite pour durer ».
Un certain nombre de pays européens sont fermement opposés au nucléaire. L’Allemagne, la Suède, l’Italie et l’Espagne ont ouvertement renoncé à son développement.
Quant à l’Irlande, elle émet beaucoup de réserve sur la sécurité concernant le traitement des déchets.
Pour ne froisser personne, le commissaire Pielbags a déclaré que le nucléaire et les énergies renouvelables étaient deux questions différentes et que la Commission examinait encore toutes les options. « La Commission soutiendra l’utilisation accrue des énergies renouvelables de la manière la plus rentable », a-t-il ajouté.
La France promeut le nucléaire
De son côté, la France défend l’idée que l’énergie d’origine nucléaire serait la solution pour lutter contre le changement climatique et sécuriser l’approvisionnement énergétique de l’UE. Lors du Sommet européen de mars 2007, l’ancien président français, Jacques Chirac, avait tenté de promouvoir le nucléaire comme une énergie faiblement carbonée, afin que celle-ci puisse être considérée dans le mix énergétique comme une énergie propre. Certains pays comme l’Allemagne se sont fermement opposés à cette initiative.
Lors d’un discours à la tribune de l’ONU, le 24 septembre dernier, le président français Nicolas Sarkozy, a en outre déclaré que « la France [était] prête à aider les pays qui veulent se doter du nucléaire civil ».
Paris a entrepris ces derniers temps de mettre en place des coopérations avec certains de ses partenaires européens dans le domaine nucléaire, notamment avec la Slovaquie (Lire EURACTIV 4/10/07) et avec la Bulgarie (Lire EURACTIV 8/10/07).
Nicolas Sarkozy a déclaré, le 12 octobre dernier, lors de sa visite à la centrale nucléaire de Penly, que si « la France produit deux fois moins de gaz à effet de serre par habitant que les autres pays d’Europe, c’est parce qu’on a le nucléaire ».
Positions :
Les États membres ne sont pas tous d’accord sur la stratégie à adopter par rapport au nucléaire. Evoquant la visite de Jacques Chirac au Parlement européen en 1995, quelques semaines après avoir relancé les essais nucléaires à Mururoa, la député européenne Nicole Fontaine, ancienne ministre de l’Industrie, estime que depuis, « les états d’esprit ont beaucoup évolué au sujet du nucléaire ». Certains États membres, auparavant hostiles à cette énergie comme le Royaume-Uni ou l’Italie « veulent redécouvrir l’atome civil », a-t-elle ajouté, lors d’un débat organisé par le MEDEF, mardi 16 octobre.
Les arguments français en faveur du nucléaire suscitent néanmoins la colère de nombreuses ONG de protection de défense de l’environnement. Selon Greenpeace France, le président français semble « bel et bien fâché avec les chiffres », car la France « émet autant de tonnes de CO2 que ses voisins : 9,3 par habitant par an pour une moyenne européenne qui se situe à 10,9 ».