Sécurité alimentaire : les eurodéputés demandent un soutien financier pour aider l'Ukraine

Les eurodéputés envisagent diverses mesures financières pour surmonter la crise alimentaire mondiale, notamment l’octroi d’une aide directe à l’Ukraine, dont les exportations de céréales restent bloquées par la Russie.

EURACTIV.com
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Selon la rapporteure, l’eurodéputée conservatrice polonaise Beata Kempa, 1,7 milliard de personnes dans 107 pays sont actuellement menacées par la famine. [<a href="https://multimedia.europarl.europa.eu/en/photo/ep-plenary-session-addressing-food-security-in-developing-countries_20220705_EP-134330N_MCH_0013" target="_blank" rel="noopener">[CHRISTEN/EP]</a>]

Les législateurs européens envisagent diverses mesures financières pour surmonter la crise alimentaire mondiale, notamment l’augmentation de l’aide humanitaire aux pays menacés de famine et l’octroi d’une aide directe à l’Ukraine, dont les exportations de céréales restent bloquées par la Russie.

Le développement et l’aide humanitaire devraient faire partie des priorités du budget 2023 de l’UE, a déclaré l’eurodéputé roumain et ancien commissaire européen à l’Agriculture, Dacian Cioloş, lors d’une conférence de presse à Strasbourg, jeudi (7 juillet), après un débat parlementaire sur la sécurité alimentaire. M. Cioloş a également suggéré de se concentrer sur l’aide directe à l’Ukraine.

Il a notamment proposé un plan d’action de 15 propositions à moyen et long terme, qui prévoit la création d’un Fonds de partenariat temporaire pour acheter des céréales à l’Ukraine par le biais de la Commission européenne ou de certaines organisations internationales comme le Programme alimentaire mondial (PAM).

Les eurodéputés ont appelé le jour précédent, dans un rapport non contraignant voté en séance plénière du Parlement européen à Strasbourg, à davantage de projets de développement et de mesures humanitaires pour surmonter l’insécurité alimentaire accentuée par la Covid-19 et la guerre en Ukraine.

«  Si nous voulons être cohérents et efficaces, cela sera vraiment au cœur de notre réponse à ce défi  », a déclaré l’eurodéputé Renew Stéphane Bijoux.

1,7 milliard de personnes menacées par la famine

Selon la rapporteure, l’eurodéputée conservatrice polonaise Beata Kempa, 1,7 milliard de personnes dans 107 pays sont actuellement menacées par la famine.

Elle a donc souligné que l’UE devrait mettre en œuvre une approche plus coordonnée en intégrant l’objectif humanitaire de sauver des vies en cas de crise à un objectif à plus long terme de prévention de toute forme de malnutrition.

Ce point de vue a été partagé par un certain nombre d’autres eurodéputés lors d’un débat à Strasbourg cette semaine consacré au niveau croissant de l’insécurité alimentaire dans le monde.

Le commissaire européen chargé de la Gestion des crises, Janez Lenarčič, a souligné que «  l’insécurité alimentaire croissante touchera les personnes les plus vulnérables, les plus précoces et les plus fortes  ».

Il ajoute que l’exécutif européen «  a mobilisé un financement d’urgence de plus de 620 millions de dollars en aide humanitaire supplémentaire, en plus des allocations initiales, et que ces fonds comportent une importante composante alimentaire ».

Selon un récent rapport de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), jusqu’à 828 millions de personnes, soit près de 10 % de la population mondiale, serait déjà touchés par la faim en 2021.

Combler le déficit des fonds de l’ONU

Ces chiffres devraient s’aggraver lorsque les données de 2022 seront disponibles en raison des conséquences de la guerre en Ukraine. Surtout si l’on considère que les pays déjà à risque en Afrique et au Moyen-Orient sont les principaux importateurs de céréales russes et ukrainiennes.

Les eurodéputés ont souligné dans le rapport approuvé la gravité de la situation en Afrique de l’Est et au Moyen-Orient en particulier, étant donné que le soutien de l’ONU à ces régions est actuellement sous-financé à hauteur de 99 %.

Le rapport invite l’UE et les États membres à combler le déficit de financement dans les appels humanitaires de l’ONU pour 2022.

Ils soulignent également que le PAM a été contraint de réduire les rations pour les réfugiés et autres populations vulnérables dans ces régions en raison du manque de financement, de l’augmentation des prix et de la réduction de l’offre de produits de base sur les marchés, en partie à cause de la guerre en Ukraine.

Le rapport demande également à l’exécutif européen et aux États membres d’augmenter «  les contributions au Programme alimentaire mondial et aux actions visant à la transformation de nos systèmes alimentaires par le soutien à la diversité et à la qualité de la production et de la transformation agricoles dans les pays partenaires.  »

Ne pas oublier l’Ukraine

Selon l’eurodéputé M. Cioloş, le plan d’action pour les céréales créera une «  perspective financière pour les agriculteurs ukrainiens, car ils doivent vendre le produit afin de pouvoir relancer la campagne d’ensemencement pour cette année.  »

Bien qu’il ait insisté sur la nécessité d’une plus grande implication de la Commission pour faciliter les exportations de céréales depuis l’Ukraine, l’un des éléments essentiels de la sécurité alimentaire dans le monde, M. Cioloş, suggère autre chose.

L’eurodéputé roumain porpose ainsi une procédure de dédouanement simplifiée pour d’autres produits agroalimentaires, tels que les animaux vivants.

«  En Ukraine, les agriculteurs continuent de nourrir des animaux prêts à être abattus et exportés depuis plus de deux-trois mois. Le coût est très élevé  », a-t-il déclaré, expliquant que les contrôles sanitaires de l’UE pour les produits en transit ne permettent pas au bétail d’atteindre le marché d’Asie centrale en raison du blocus des ports maritimes.

Une autre suggestion du plan d’action est de repenser le lien entre la durabilité et la production alimentaire, conformément au programme « De la ferme à la fourchette  », qui constitue le chapitre agroalimentaire du Green deal européen.

«  Nous ne devons pas laisser l’impact de la guerre en Ukraine modifier notre ambition de rechercher les synergies entre la sécurité alimentaire et la durabilité à court terme, mais aussi à moyen terme  », a souligné M. Cioloş.

Il suggère d’envisager d’autres solutions pour permettre aux agriculteurs de s’assurer un revenu stable, comme la culture du carbone.