Sarkozy veut la transparence sur les marchés agricoles
Lors de la conférence de presse de rentrée sur le G20 et le G8, le président français a souligné l’importance de la transparence sur les marchés agricoles. Il souhaite également limiter les marges de manœuvre des opérateurs non agricoles.
Lors de la conférence de presse de rentrée sur le G20 et le G8, le président français a souligné l’importance de la transparence sur les marchés agricoles. Il souhaite également limiter les marges de manœuvre des opérateurs non agricoles.
«Il n’y a pas de marchés sans règles. La caractéristique d’un marché, c’est d’être régulé.» Lors de la présentation des priorités des présidences françaises du G8 et du G20, Nicolas Sarkozy a, lundi 24 janvier, particulièrement insisté sur la volatilité des marchés agricoles.
«Depuis 20 ans, la volatilité sur les marchés de matières premières agricoles a été multipliée par 30», a affirmé le président de la République. D’où la nécessité, selon l’Elysée, de fixer des «règles communes» pour réguler ces marchés.
«La spéculation nourrit la pénurie, et la pénurie nourrit la spéculation», a-t-il déploré. Nicolas Sarkozy a affirmé que les stocks alimentaires étaient au plus bas depuis 1974. Il a notamment cité les baisses des réserves de blé et de maïs, qui ont chuté respectivement de 10 et 14% en un an.
Base de données
Paris estime que l’un des moyens de lutter contre la volatilité des prix consiste à améliorer la transparence. La présidence française du G20 défendra par exemple une base de données commune, pour permettre de connaître l’état des réserves mondiales en cas de crise.
En août, lorsque la Russie a restreint ses exportations agricoles à cause de catastrophes climatiques, «il n’y avait aucune idée de l’état des stocks», a déploré Nicolas Sarkozy.
Le Président français a également annoncé qu’il se rendrait prochainement en Turquie pour évoquer ce sujet avec Ankara. Qu’ils soient chinois, russes, européens ou trucs, tous les paysans ont «le même intérêt» à ce que les marchés soient plus prévisibles, a-t-il déclaré.
Présidence collective
Paris souhaite aussi limiter les marges de manœuvre des opérateurs non agricoles sur les marchés de matières premières. «N’importe qui peut acheter n’importe quelle quantité» sans avoir de connexion avec les marchés physiques, a regretté le chef de l’État.
Le premier ministre russe Dmitri Medvedev sera chargé de «s’investir plus particulièrement sur ces sujets», a indiqué le président de la République, qui entend mener une présidence «collective». L’Allemagne a également accepté de co-présider, avec le Mexique, un groupe de travail sur le système monétaire international.
Nicolas Sarkozy a insisté sur la nécessité de soutenir la production agricole, pour nourrir la population mondiale, qui s’élèvera à 9 milliards d’âmes en 2050. «Vous voyez comme la France sera forte en défendant la PAC [politique agricole commune, ndlr]. Ce n’est vraiment pas le moment de démanteler la PAC», a-t-il affirmé. «Nous devons développer l’offre agricole. Que tous mes amis européens entendent cela», a-t-il ajouté.
« Financements innovants »
Mais sur ces points, la France devra convaincre ses partenaires. «La difficulté consiste à rassurer les pays producteurs en matières premières», a admis Nicolas Sarkozy. Selon lui, la forte hausse des prix sur les marchés agricoles, observée depuis l’été, sera forcément suivie par «un mouvement frénétique à la baisse».
Au-delà des matières premières agricoles, Nicolas Sarkozy est revenu sur la question des «financements innovants». Il a rappelé que la France était favorable à la mise en place d’une taxe sur les transactions financières. C’est, selon le chef de l’État, l’une des solutions les plus à même d’aider les pays en développement. «Nous avons promis 100 milliards d’euros par an aux pays en développement d’ici 2020. Comment tenir cette promesse sans poser la question des financements innovants?», a interrogé le chef de l’État.
«La France considère que cette taxe [sur les transactions financières] est morale, utile et efficace […] Je sais bien que cette taxe à de grands adversaires sur son chemin», a-t-il ajouté. Il s’est dit prêt à prendre des initiatives, avec plusieurs autres pays, pour montrer l’exemple dans ce domaine.
En Europe, la chancelière allemande et le président français sont favorables à la mise en place de cette taxe. Mais elle est loin de faire l’unanimité au sein du G20. La Commission européenne s’est prononcé pour ce projet s’il est mis en place au plan mondial. Au niveau européen, il y a «un plus grand potentiel pour une taxe sur les activités financières», ciblant «les profits et les rémunérations des sociétés du secteur financier», a estimé la Commission en octobre 2010.
CALENDRIER :
- 18-19 février : Réunion des ministres des Finances du G20, Paris
- 14-15 mars : Réunion des ministres des Affaires étrangères du G8, Paris
- 21 avril : Forum pour le partenariat avec l’Afrique (G8), Paris
- 27-28 avril : Conférence sur la lutte des entreprises contre la corruption
- 10 mai : Réunion interministérielle (G8) sur la lutte contre le trafic de drogue, Paris
- 26-27 mai : Réunion du G8 à Deauville
- Juin : Réunion des ministres de l’Agriculture du G20
- Septembre : Réunion des ministres du travail du G20
- Septembre : Réunion des ministres des Affaires étrangères du G8, New York
- Octobre : Forum pour le partenariat avec l’Afrique (G8), Paris
- 3 et 4 novembre : Réunion du G20 à Cannes