Sarkozy et Merkel privilégient la régulation financière à la relance
Dans la perspective du Conseil européen des 19 et 20 mars, le président français et la chancelière allemande ont adressé une lettre commune au président du Conseil européen, Mirek Topolanek, et de la Commission européenne, José Manuel Barroso.
Dans la perspective du Conseil européen des 19 et 20 mars, le président français et la chancelière allemande ont adressé une lettre commune au président du Conseil européen, Mirek Topolanek, et de la Commission européenne, José Manuel Barroso.
« C’est signé Nicolas Sarkozy et Angela Merkel mais c’est Merkel qui a tenu la plume », estime Eloi Laurent, économiste et conseiller scientifique auprès du président de l’Office français des conjonctures économiques (OFCE). « On a le sentiment que la France et l’Allemagne tentent de reprendre la main en Europe » mais « toute cette lettre est placée sous le signe de la position allemande », ajoute Eloi Laurent selon lequel la France s’est donc « rangée derrière la position allemande ».
Dans cette lettre datée du 16 mars, le président français et la chancelière allemande affichent leur vision commune de ce que devrait être la position de l’Union européenne au sommet du G20, qui se déroulera le 2 avril à Londres. « La première priorité est de bâtir une nouvelle architecture financière globale », précise le courrier. Comme le répète Nicolas Sarkozy depuis la première réunion du G20 au mois de novembre, les deux chefs d’État indiquent que le Sommet de Londres doit permettre d’obtenir des résultats concrets. Il faut que « la mise en œuvre du plan d’action du G20 soit suivie par le FMI et le FSF pour assurer une responsabilité accrue», précisent Merkel et Sarkozy.
« C’est une fin de non recevoir adressée à Obama », estime Eloi Laurent. « La première priorité, selon la France et l’Allemagne, n’est pas de contribuer à la croissance de la demande mondiale comme le demandaient les États-Unis, mais de réguler le système financier ». « L’UE se défend de ne pas en faire assez. Mais les chiffres mentionnés pour la relance européenne [3.3% du PNB de l’UE] sont trois fois supérieurs à ce que les études ont calculé ».
« C’est une position d’obstruction nocive », ajoute le chercheur. « L’idée de consolider les finances publiques alors que la récession fait rage est le genre d’erreurs commises dans les années 1930. C’est ce que l’on appelle une politique pro-cyclique ». « La seule puissance qui pourrait s’y opposer au sein de l’UE est le Royaume-Uni qui pourrait essayer de jouer les entremetteurs entre les positions américaines et européennes », poursuit Eloi Laurent.
Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ont également insisté sur la nécessité de consolider les finances publiques de l’UE en « appliquant le pacte de stabilité et de croissance ». Et appelé de leurs vœux le retour aux « objectifs budgétaires de moyen terme » des États membres « aussi tôt que possible ». Une déclaration pour le moins surprenante alors que la France a été rappelée à l’ordre par la Commission européenne en février pour ses déficits excessifs.
Les deux chefs d’État défendent enfin l’idée que « l’Union Européenne devrait soutenir une nouvelle charte de l’activité économique durable comme cadre de travail des États et des institutions internationales ». Ce nouvel instrument viserait « à assurer une économie mondiale stable, socialement équilibrée et respectueuse du développement durable. A terme, elle devrait aboutir à l’établissement d’une structure de gouvernance mondiale ».
« C’est l’Allemagne qui avait fait la proposition d’un Conseil de sécurité économique et social au niveau des Nations Unies, mais le projet reste très vague, indique Eloi Laurent. On ne comprend pas bien comment on va réussir à faire au niveau mondial ce que nous n’arrivons pas à faire au niveau européen».