Sarkozy appelle à un changement de méthode sur le climat
Le président de la République veut que l’ONU soit réformée et demande à l’Afrique de s’engager derrière l’Europe dans la lutte contre le changement climatique.
Le président de la République veut que l’ONU soit réformée et demande à l’Afrique de s’engager derrière l’Europe dans la lutte contre le changement climatique.
Trois mois après la conférence de Copenhague, Nicolas Sarkozy veut relancer la bataille du climat. « Par vos travaux, vous allez montrer que la lutte contre le changement climatique ne faiblit pas», a lancé le chef de l’État au 56 pays présents à Paris pour une conférence internationale sur les bassins forestiers, le 11 mars.
Cette rencontre organisée en dehors de tout cadre onusien à l’initiative de la France et de la Norvège, qui ont intérêt à être mobilisés sur le problème de la déforestation, avait officiellement pour objectif de commencer à mettre concrètement en œuvre les décisions prises à Copenhague sur les forêts. Mais le président français a saisi l’occasion pour montrer que la France comptait bien jouer un rôle en 2010 pour faire « le service après vente » de l’accord de Copenhague.
L’accord adopté dans la capitale danoise prévoit un premier financement rapide, dit « fast start« , de 30 milliards de dollars entre 2010 et 2012. Au-delà de 2012, 100 milliards de dollars par an doivent être dégagés d’ici 2020 pour maintenir à 2°C le réchauffement climatique. « La France ne ménagera pas ses efforts pour que les fonds soient disponibles », a affirmé Nicolas Sarkozy, qui a insisté sur l’importance des financements innovants pour y parvenir. « S’il n’y a pas de financements innovants, il n’y aura pas d’argent », a-t-il déclaré. L’accord de Copenhague se borne a évoquer ces financements sans donner aucun détail sur leur nature. À ce titre, le président français a à nouveau indiqué qu’il était soutiendrait au G20 la création d’une taxe sur les transactions financières pour lutter contre le changement climatique.
Critiques à l’égard de l’Onu
Outre les questions de financement, Nicolas Sarkozy n’a pas mâché ses mots à l’égard des pays qui freinent les négociations au plan international. Sans la nommer, il a d’ailleurs critiqué la Chine, associée au groupe G77 qui rassemble les pays d’Afrique. « Le clivage n’est pas Nord/Sud, mais entre ceux qui veulent agir et ceux qui veulent attendre. Soyez un peu plus exigeants et demandez à tous ceux qui vous font des déclarations d’amour ce qu’ils veulent vraiment faire », a-t-il lancé spécifiquement aux pays d’Afrique présents. Les investissements chinois en Afrique ont été multipliés par 20 depuis 1997, selon les statistiques de l’OMC. « Il est clair que les pays africains n’ont jamais lâché la Chine alors que d’un strict point de vue climatique ils n’avaient pas intérêt à suivre », explique Stéphane Hallegate, chercheur au Cired.
Le président français a enfin réitéré ses critiques à l’égard de l’ONU, sous l’égide de laquelle se déroulent les négociations internationales pour l’avenir du protocole de Kyoto. Même si la CNUCC (Convention cadre des Nations Unies sur le climat) doit toujours constituer « le cadre », Nicolas Sarkozy pose ses conditions. Il faut qu’il y ait « des résultats », a-t-il indiqué. « L’ONU est indispensable et en même temps ça ne marche pas (…) si le G199 ne veut pas être contesté par les autres G [G20, G8, G5, G2, ndlr], il faut qu’il prenne des initiatives. » Affirmant « avoir la certitude qu’il faut faire la réforme des Nations Unies », le président français a à nouveau déclaré qu’il fallait élargir le Conseil de sécurité à des pays comme l’Inde ou le Brésil.
Dans le même sens, Nicolas Sarkozy a rappelé que l’accord politique signé par 100 États à Copenhague avait finalement été préparé par un petit groupe de 28 pays. Après deux ans de travail, le texte présenté aux États membres deux jours avant la fin de la conférence « ressemblait à volapük. Ce n’était qu’une parenthèse que nous devions transformer en traité », a déclaré Nicolas Sarkozy. Une situation qui a justifié la création de ce groupe restreint la veille de la clôture des négociations. « La question d’un petit groupe représentatif de l’Amérique, des petits pays insulaires, de tous les continents est indispensable pour préparer Bonn, puis Cancun », a-t-il d’ailleurs martelé.
Cette assemblée restreinte doit, selon lui, travailler sur un texte qui sera présenté lors de la prochaine réunion de la CNUCC à Bonn pour évoluer jusqu’à la réunion de Mexico, où l’ensemble des parties doivent avaliser un accord. « Je le dis aux Mexicains, si vous faites comme à Copenhague, vous allez à l’échec (…) Si vous ne vous prenez pas en main, le calendrier est déjà fixé pour ne rien faire, et les institutions habituelles pour faire très peu. »