S-métolachlore : vers une possible interdiction de l’herbicide au niveau européen

Le S-métolachlore, un herbicide en cours de retrait du marché français, pourrait bien l’être au niveau européen dans les prochaines semaines.

Euractiv France
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Depuis 2015, le S-métolachlore est en cours de réévaluation au niveau européen dans le cadre du renouvellement de son autorisation de mise sur le marché. [SHUTTERSTOCK/vlalukinv]

Le S-métolachlore, un herbicide en cours de retrait du marché français, pourrait bien l’être au niveau européen dans les prochaines semaines.

Après la France, l’Europe ? Alors que l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a engagé une procédure de retrait du marché du S-métolachlore, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), son équivalent européen, pourrait bien en faire autant dans les prochaines semaines.

L’herbicide est le troisième pesticide le plus utilisé en France — derrière le glyphosate et le prosulfocarbe — sur les cultures de maïs, de soja ou encore de tournesol.

Depuis plusieurs années, les études scientifiques démontrent l’accumulation de ses métabolites (molécules de dégradation de la substance) dans les eaux souterraines et dans l’eau potable.

En 2021, après une série d’analyses, l’Anses note que « les concentrations estimées des trois métabolites métolachlore-ESA, métolachlore-OXA et métolachlore-NOA dans les eaux souterraines sont supérieures à la limite de qualité fixée par la législation européenne en la matière ».

Après avoir réduit les taux d’utilisation pour les cultures de maïs, de tournesol, de soja et de sorgho en 2021, l’agence a décidé mercredi 15 février d’interdire les « usages principaux » de S-métolachlore, sans pour autant préciser lesquels seraient concernés.

« En 2021, 3,4 millions de Français ont ainsi bu une eau non conforme à cause de la présence de l’ESA métolachlore, principal métabolite du S-métolachlore », explique l’ONG Générations Futures qui se réjouit de cette décision qu’elle réclame depuis plusieurs mois.

Réaction en chaîne en Europe

Si le potentiel cancérogène du S-métolachlore est reconnu depuis 2021 par l’Anses, l’Europe est parvenue à des conclusions similaires.

En cours de réévaluation depuis 2015 dans le cadre du renouvellement de son autorisation de mise sur le marché, le S-metachlore a été classé comme cancérigène et perturbateur endocrinien « suspecté » en juin 2022 par l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA), l’instance officielle de classification des dangers des substances chimiques.

« L’Europe aurait pu agir dès 2015, mais comme les États mettent du temps à rendre leurs rapports, le renouvellement se fait automatiquement depuis 8 ans », souligne l’eurodéputée Michèle Rivasi (Verts/ALE).

Cette classification de l’ECHA risque de précipiter le retrait de l’herbicide au niveau communautaire. La raison ? Selon la méthodologie européenne, si la substance active est considérée comme cancérigène, ses métabolites deviennent alors « pertinents », c’est-à-dire qu’ils doivent présenter des concentrations inférieures à 0,1 microgramme par litre (µg/L) pour être maintenus sur le marché.

Or, les travaux de l’Anses affichent des concentrations bien supérieures pour certains métabolites. C’est le cas du métolachlore-ESA. « Pour une application annuelle à la dose de 1000 g/ha, les concentrations maximales sont comprises entre 42,9 et 99,4 µg/L selon les usages », précise l’agence française.

La méthodologie permet toutefois au fabricant de s’opposer à cette qualification en apportant la preuve du contraire. Mais pour l’instant, le géant suisse Syngenta qui commercialise le S-métolachlore n’a pas réagi auprès des autorités sanitaires.

« La remise sur le marché paraît mal engagée », précise à EURACTIV François Veillerette, porte-parole de Génération Futures.

« L’affaire semble maintenant claire au niveau français. Nous espérons une réaction en chaîne au niveau européen. Nous avons affaire à un produit cancérigène avec des métabolites pertinents en grande quantité dans nos eaux, l’Europe n’est pas dans les clous », insiste le militant.

D’autant que dès 2004, la Commission alertait déjà les États membres sur les risques de contamination des nappes phréatiques par les métabolites.

Pour Michèle Rivasi, « l’EFSA s’appuie sur l’ECHA. Or, comme l’ECHA a considéré le S-métolachlore cancérigène et perturbateur endocrinien, l’EFSA devrait l’interdire ».

« Quand l’Anses avait interdit le bisphénol A, l’EFSA avait suivi », poursuit-elle.

Contacté par EURACTIV, l’EFSA assure que la décision de la France n’aura pas d’influence sur son avis concernant le S-métolachlore. L’agence européenne indique avoir mené de nombreux examens depuis 2018 et avoir « approuvé en interne sa conclusion sur le S-métolachlore » qui sera communiqué « fin février, début mars ».

Conformément au règlement européen, la Commission européenne devra ensuite « présenter un rapport d’examen, et un projet de règlement aux États membres » dans les six mois « à compter de la réception des conclusions de l’EFSA ». Ce sont les gestionnaires de risques – Commission, autorités des États membres, Parlement européen – qui prennent ensuite la décision de renouveler ou non l’autorisation de mise sur le marché.

Quoi qu’il en soit, pour Générations Futures, « cet avis montre que les autorités nationales ont le pouvoir de prendre des décisions sur les autorisations des produits sans attendre les conclusions de l’Europe ».

« Tout cela nous donne des leviers, par pays, pour interdire le glyphosate dans quelques mois », affirme Michèle Rivasi, pour qui la ligne de mire reste les 50 % de pesticides en moins en 2030, dans le cadre de la stratégie européenne de la ferme à la fourchette.

En 2021, selon des données compilées par Le Monde, 20 % des Français — 12 millions de personnes — ont reçu de l’eau du robinet non conforme aux critères de qualité, contre 5,9 % en 2020.