Russie : Bruxelles doit renforcer ses sanctions, même seule, selon David O’Sullivan
Alors que le soutien américain à de nouvelles sanctions contre la Russie s’essouffle, David O’Sullivan, envoyé spécial de l’UE pour les sanctions, estime que Bruxelles doit renforcer seule sa pression sur Moscou.
Alors que le soutien américain à de nouvelles sanctions contre la Russie s’essouffle, David O’Sullivan, envoyé spécial de l’UE pour les sanctions, estime que Bruxelles doit être prête à renforcer seule sa pression sur Moscou.
« Si les Américains décidaient de ne pas mettre en place de sanctions supplémentaires — ce que j’espère qu’ils ne feront pas, mais s’ils le faisaient —, je pense que l’UE aurait tout intérêt à maintenir ses propres sanctions, car je pense qu’elles ont un impact considérable », a déclaré David O’Sullivan, ancien ambassadeur de l’UE à Washington, lors d’un entretien avec Euractiv.
« Nos sanctions ont un impact économique plus important pour la Russie », a noté le haut fonctionnaire, dont la mission est de garantir l’efficacité des sanctions de l’UE dans le monde entier.
Pendant les premières années de la guerre en Ukraine, la coordination entre l’Union européenne et les États-Unis, sous la présidence de Joe Biden, avait permis un alignement étroit des mesures prises contre Moscou.
Mais depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche il y a six mois, cette synergie s’est affaiblie. David O’Sullivan n’a toujours pas d’homologue américain, et les missions conjointes pour faire appliquer les sanctions à l’international ont cessé.
Officiellement, l’envoyé européen minimise l’impact de ce vide diplomatique, mais dans les faits, il est beaucoup plus difficile d’obtenir des Américains qu’ils acceptent de nouvelles mesures de rétorsion contre la Russie.
Mardi 10 juin, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, et la Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères, Kaja Kallas, ont proposé un nouveau train de sanctions européennes.
Ce paquet, le 18e depuis le début de l’invasion russe de l’Ukraine en février 2022, prévoit notamment l’interdiction d’utiliser les infrastructures du gazoduc Nord Stream et une baisse du plafond du prix du pétrole russe acheminé par voie maritime, de 60 à 45 dollars le baril. Ces mesures ont pour objectif d’affaiblir l’économie russe.
David O’Sullivan a indiqué qu’il serait préférable de s’accorder sur un nouveau plafond avec les États-Unis et les autres membres du G7 lors de la réunion qui se tiendra au Canada ce week-end. Mais en cas de désaccord, l’UE devra décider si elle met en œuvre seule ces mesures.
Parallèlement à cela, l’envoyé spécial a exprimé des réserves concernant un projet de loi américain présenté par le sénateur républicain Lindsey Graham, qui prévoit d’imposer des droits de douane de 500 % aux pays qui achètent du pétrole russe. Même si Ursula von der Leyen a salué prudemment l’initiative, David O’Sullivan « ne pense pas que cela changera quoi que ce soit à la position de l’Inde, de la Chine ou d’autres pays ».
Il met également en garde contre d’éventuelles représailles avec ce type de mesures : « Nous avons déjà vu, avec la Chine, que l’augmentation des droits de douane peut entraîner une escalade commerciale ».
Malgré l’isolement croissant de l’UE sur la question des sanctions contre la Russie, David O’Sullivan reste plus déterminé que jamais.
« C’est l’impact cumulé de toutes les sanctions que nous avons imposées qui écrase l’économie russe […] Tous les indicateurs clés de l’économie russe sont au rouge », affirme-t-il.
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[Édité par Anne-Sophie Gayet]