Royaume-Uni : une victoire des travaillistes ne rétablira pas les relations économiques pré-Brexit, selon des experts

Une victoire du Parti travailliste aux élections britanniques de jeudi (4 juillet) pourrait conduire à un rapprochement économique avec l’UE, mais il est peu probable que cela permette de rétablir l’intégration qui prévalait avant le Brexit, d’après les experts.

Euractiv.com
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Keir Stermer, chef du Parti travailliste (Royaume-Uni).

Une victoire du Parti travailliste aux élections législatives britanniques de jeudi (4 juillet) pourrait conduire à un rapprochement économique avec l’UE, mais il est peu probable que cela permette de rétablir l’intégration qui prévalait avant le Brexit, d’après les experts.

Le parti de Keir Starmer, qui devrait remporter le scrutin, plaide pour une « réinitialisation » des relations entre le Royaume-Uni et l’UE, gravement compromises par le choc du Brexit, voté en 2016, et les négociations de sortie de l’Union qui s’en sont suivies.

Dans son manifeste, le parti promet d’« améliorer les relations commerciales et d’investissement du Royaume-Uni avec l’UE en supprimant les barrières commerciales inutiles ».

Toutefois, à l’instar du Parti conservateur, le Parti travailliste a catégoriquement exclu la réintégration du Royaume-Uni dans le marché unique ou l’union douanière, ainsi que tout accord qui permettrait aux citoyens de circuler librement au sein de l’UE.

« Les grandes enjeux sont exclus », a expliqué à Euractiv Jim Brunsden, responsable de l’équipe macropolitique de FleishmanHillard Brussels. « Cela vous ramène aux actions de second ordre que l’on peut entreprendre, qui ont encore du sens. Mais il n’y a pas de solution facile évidente. »

D’après Jim Brunsden, les initiatives entreprises pour parvenir à un accord sur la santé animale et la sécurité alimentaire, par exemple, ont échoué en raison de l’exigence de l’UE sur un accord « à la suisse », où les normes réglementaires sont étroitement alignées, alors que le Royaume-Uni préfère un accord moins ambitieux basé sur l’accord commercial de l’Union avec la Nouvelle-Zélande.

« L’un des problèmes continus du Brexit est que le Royaume-Uni a eu une conversation interne sans réfléchir suffisamment à ce que l’UE pourrait être prête à accepter », a-t-il souligné.

Néanmoins, il a noté que l’attitude plus positive du Parti travailliste à l’égard de l’UE pourrait améliorer la confiance entre Londres et Bruxelles, ce qui pourrait aider à résoudre des différends commerciaux plus techniques.

« Il y aura des situations où des différends commerciaux potentiels surgiront, et la confiance entre les deux parties sera importante », a affirmé Jim Brunsden.

Philipp Lausberg, analyste au European Policy Centre, a ajouté que la faible performance économique du Royaume-Uni après le Brexit pourrait également inciter Keir Starmer à rechercher des liens économiques plus étroits avec l’Europe au cours des prochaines années.

« Il y aura un esprit plus coopératif [si Keir Starmer est élu] », a-t-il confié à Euractiv.

« Je pense que les vraies mesures ne suivront pas immédiatement, mais […] étant donné que le Brexit est un réel obstacle qui empêche le Royaume-Uni de se développer de manière significative, je pourrais imaginer que dans quelques années, il y aura un rapprochement significatif en termes économiques. »

En attendant, les relations commerciales entre le Royaume-Uni et l’UE après le Brexit restent étroites, mais sont nettement asymétriques.

Dans un rapport publié le mois dernier, le groupe de réflexion UK in a Changing Europe basé à Londres a constaté que le Royaume-Uni ne représentait que 10,1 % du total des échanges de biens de l’UE en 2023. À l’inverse, l’UE représentait 51,8 % du commerce total du Royaume-Uni la même année, soit la proportion la plus élevée depuis 2008.

Le rapport note également que le Brexit a créé des « réalités économiques inévitables » qui limitent considérablement les relations, notamment la non-appartenance du Royaume-Uni au marché unique et à l’union douanière, qui, selon certaines estimations, a entraîné une baisse du PIB du Royaume-Uni de 5 %.

Le rapport indique notamment qu’il serait « difficile d’imaginer un résultat électoral, à Bruxelles ou à Westminster, qui modifierait radicalement les relations entre le Royaume-Uni et l’UE dans les années à venir ».

Toutefois, Philipp Lausberg s’attend à ce que des considérations politiques à plus long terme, les électeurs travaillistes étant majoritairement favorables à l’UE, encouragent Keir Starmer à rechercher une coopération plus étroite avec l’UE.

« Je pense qu’il est très important que [Keir] Starmer n’oublie pas que la grande majorité de son électorat est favorable à l’UE et qu’il ne peut pas l’ignorer à long terme », a-t-il déclaré, ajoutant que le leader travailliste pourrait « jouer la carte de la sécurité pour l’instant ».

Un alignement règlementaire plus poussé sera-t-il un jour possible ?

BusinessEurope, un groupe de pression représentant les entreprises et les employeurs européens, a exprimé son espoir que les élections britanniques — ainsi que les récentes élections européennes — puissent être utilisées « comme des occasions de renouveler le partenariat et d’envisager de nouveaux domaines de coopération » entre les deux blocs.

Le groupe a ajouté qu’il aimerait voir « plus de coopération règlementaire dans les secteurs industriels clés », y compris les secteurs de l’automobile, des produits chimiques et des produits pharmaceutiques.

Cependant, Niclas Poitiers, chercheur au sein du groupe de réflexion sur la politique européenne Bruegel, a averti qu’une approche fragmentaire de l’alignement règlementaire n’irait probablement pas très loin, étant donné le statut de Bruxelles en tant que « superpuissance règlementaire » ainsi que son hostilité générale envers une approche « à la carte ».

Si le nouveau gouvernement britannique dit : « Nous sommes prêts à envisager une union douanière », alors nous pourrons peut-être discuter », a-t-il affirmé.

« Mais s’il ne s’agit que d’un petit changement ici ou là, il y aura toujours l’accusation de sélection à la carte. »

Il a également souligné que les priorités de l’UE se situaient désormais largement ailleurs que dans le rétablissement des relations avec le Royaume-Uni, la guerre en Ukraine, la domination économique croissante de la Chine et le retour possible de Donald Trump à la Maison-Blanche étant les principales préoccupations des décideurs politiques à Bruxelles.

Dans le même temps, l’escalade des tensions géopolitiques entre les États-Unis, l’UE et la Chine pourrait avoir de graves répercussions sur l’économie britannique à court et à moyen terme.

« Ce que nous allons voir, c’est qu’être une petite économie ou même une économie de taille moyenne en 2024, et probablement l’année prochaine, sera vraiment difficile sur le plan géopolitique », a-t-il conclu.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]