Royaume-Uni : que disent les travaillistes et les conservateurs à propos de l’UE dans leurs manifestes électoraux ?
Euractiv se penche sur les manifestes électoraux des partis britanniques en amont des élections générales du 4 juillet au Royaume-Uni, au terme desquelles les 650 membres de la Chambre des communes seront renouvelés, ce qui déterminera le gouvernement.
Le Parti travailliste britannique, qui dispose d’une avance confortable de 20 points dans les sondages en amont des élections générales du 4 juillet, a présenté jeudi dernier (13 juin) un manifeste électoral axé sur la notion de « changement », alors que continuité semble être le mot d’ordre pour les principaux partis britanniques en ce qui concerne les relations entre Londres et Bruxelles.
Si l’on compare les manifestes électoraux du Parti travailliste et du Parti conservateur pour 2024 avec ceux de 2019, on constate que l’UE n’est plus à l’ordre du jour. Dans les deux cas, les travaillistes évoquent moins les relations du Royaume-Uni avec l’UE que les conservateurs. En 2019, cela était logique, car l’ancien Premier ministre Boris Johnson faisait campagne en faveur du Brexit, tandis que le leader des travaillistes, Jeremy Corbyn, maintenait une position ambiguë sur l’UE, en décalage avec la majorité des membres de son parti.
En 2024, le silence du Parti travailliste sur l’UE est assourdissant. En effet, dans son discours de lancement du manifeste, Keir Starmer, leader du parti ne fait aucunement mention des relations Royaume-Uni—UE.
En revanche, le chef de file des conservateurs, l’actuel Premier ministre Rishi Sunak, a annoncé l’intention de son parti, s’il devait se maintenir au pouvoir, de tirer des avantages supposés du Brexit, même si ce n’est qu’occasionnellement.
Le manifeste des conservateurs accorde peu d’importance aux questions européennes, surtout si l’on compare à 2019, mais il contient plusieurs références aux législations européennes que M. Sunak souhaiterait modifier. À l’opposé, le manifeste des travaillistes relègue l’UE au bas des priorités, avec seulement deux paragraphes et demi à la page 115 d’un chapitre intitulé « Britain reconnected ».
Ce point est important car Rishi Sunak affirme mener une campagne basée sur la continuité, tandis que Keir Starmer veut rompre avec le passé.
Positions vis-à-vis de l’UE
Concernant l’immigration, moteur du Brexit, les conservateurs souhaitent expulser les personnes arrivées illégalement vers le Rwanda, dans l’espoir de dissuader les futurs demandeurs d’asile. Le manifeste des travaillistes, quant à lui, qualifie ce plan de « bidon » et estime qu’il aurait « déjà coûté des centaines de millions de livres sterling ».
Leur politique migratoire est la troisième de leurs six priorités. Elle promet le « lancement d’un nouveau commandement de la sécurité des frontières [Border Security Command] avec des centaines d’enquêteurs spécialisés et l’utilisation des pouvoirs antiterroristes pour démanteler les gangs criminels d’embarcations ».
La politique migratoire a révélé une autre différence entre les deux partis en matière de droit international. Comme l’a répété Rishi Sunak à plusieurs reprises mardi dernier (11 juin) lors de la présentation du manifeste de son parti : « Si nous sommes contraints de choisir entre notre sécurité et la juridiction d’un tribunal étranger, y compris la [Cour européenne des droits de l’Homme] CEDH, nous choisirons toujours notre sécurité ».
Cette idée figure également dans le manifeste des conservateurs.
A contrario, le manifeste du Parti travailliste promet que « la Grande-Bretagne restera sans équivoque partie à la Convention européenne des droits de l’Homme ».
Le parti envisage également de « supprimer les barrières commerciales inutiles », espérant parvenir à un accord pour limiter les contrôles aux frontières, assurer la reconnaissance mutuelle des qualifications professionnelles et « aider nos artistes en tournée ».
Dans un entretien accordé au FT publié lundi (17 juin), Rachel Reeves, responsable du parti pour les questions économiques a déclaré que le parti travailliste s’efforcera d’améliorer les relations commerciales avec l’UE en revisitant certaines dispositions du Brexit.
Selon elle, un gouvernement travailliste chercherait à mieux aligner le Royaume-Uni avec les règles de l’UE dans des domaines comme les produits chimiques ou les services financiers, rapporte l’AFP.
Cependant, ceux qui espèrent voir à nouveau le Royaume-Uni s’engager dans sur la voie de l’intégration européenne seront déçus. De fait, le manifeste des travaillistes stipule explicitement que « la Grande-Bretagne restera en dehors de l’UE ». Le parti s’engage également à « ne pas revenir au marché unique, à l’union douanière ou à la liberté de circulation ».
Lors de son entretien, Mme Reeves a répété que son parti exclut un retour dans le marché unique européen, l’union douanière ou l’autorisation de la libre circulation des personnes.
Les conservateurs, quant à eux, déclarent qu’ils « promettent de respecter le système de statut de résident permanent de l’UE [EU Settled Status Scheme] et les droits qu’il a garantis aux citoyens de l’UE », ce qui signifie qu’aucun autre changement n’est attendu sur ce point.
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Les conservateurs sont fiers de leur bilan sur la question ukrainienne depuis l’invasion russe de février 2022. Boris Johnson était le cinquième dirigeant politique à se rendre à Kiev après les évènements du 24 février, juste après les Premiers ministres polonais, slovène et tchèque, et la présidente du Parlement européen Roberta Metsola.
Londres a souvent été la première à fournir des armes stratégiques à l’Ukraine, qu’il s’agisse de lance-roquettes antichars au début ou de missiles à longue portée « Storm Shadow », ce qui a incité les autres alliés occidentaux à lui emboîter le pas.
Le soutien à l’Ukraine reste inchangé dans le manifeste du parti, avec la promesse de « garantir au pays le soutien nécessaire à long terme » et de « construire un accord international pour utiliser les avoirs russes immobilisés afin de soutenir l’Ukraine », une initiative discutée lors du sommet du G7 des 13 et 15 juin.
Dans son manifeste, le Parti travailliste présente un discours similaire sur son engagement en faveur de l’Ukraine, en ajoutant la promesse faite à Kiev qu’en cas d’élection, le parti « jouera un rôle de premier plan pour offrir à l’Ukraine un chemin clair vers l’adhésion à l’OTAN ».
Par ailleurs, les deux partis sont largement en phase sur la question de la défense. Tous deux se sont engagés à consacrer 2,5 % du PIB à la défense. Ils garantissent aussi le maintien de « Trident », le dispositif de dissuasion nucléaire du Royaume-Uni. Les travaillistes affirment en outre qu’ils « chercheront à conclure un nouveau pacte de sécurité ambitieux entre l’Union européenne et le Royaume-Uni ».
Le principal point de divergence dans ce domaine est la proposition des conservateurs de mettre en place une forme de conscription militaire pour les jeunes de 18 ans par l’adoption du National Service Act.
Les travaillistes n’ont pas proposé une telle politique. Dans son discours de manifeste, leur chef de file a exprimé son « exaspération face aux personnalités politiques qui donnent des leçons aux jeunes sur leur responsabilité envers le pays, alors qu’ils [les personnalités politiques] n’assument pas leur responsabilité pour l’avenir ».
Vous trouverez les manifestes des partis britanniques pour les élections du 4 juillet partis ci-dessous :
- Manifeste du Parti conservateur
- Manifeste du Parti vert
- Manifeste du Parti travailliste
- Manifeste des Libéraux-démocrates
- Manifeste du parti Plaid Cymru
- Manifeste du parti Reform UK
Au moment de la publication de cet article, le Parti national écossais (SNP) n’a pas encore publié son manifeste.
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[Édité par Anne-Sophie Gayet]