Roms : discussion tendue entre Barroso et Sarkozy
Lors du Conseil européen, le président français et le président de la Commission se seraient violemment opposés au sujet de la politique française à l’égard des Roms.
Lors du Conseil européen, le président français et le président de la Commission se seraient violemment opposés au sujet de la politique française à l’égard des Roms.
Loin de calmer la polémique entre la France et la Commission européenne au sujet des Roms, les évènements survenus lors du Conseil européen du 16 septembre ont mis de l’huile sur le feu.
Au cours du déjeuner, une discussion très tendue aurait eu lieu entre le président français et le président de la Commission. Sorti le premier du déjeuner des chefs d’État et de gouvernement réunis à Bruxelles, le premier ministre bulgare, Boyko Borissov, a parlé d’un « scandale » qui aurait éclaté entre José Manuel Barroso et Nicolas Sarkozy.
Au cours d’une discussion d’une heure, Nicolas Sarkozy aurait notamment reproché à José Manuel Barroso de ne pas avoir respecté le « pacte de non-agression » sur la politique française de démantèlement des Roms conclu entre les deux hommes le 6 septembre dernier, lors de la visite du président de la Commission à Paris. C’est-à-dire quelques jours après la visite à Bruxelles du ministre de l’Immigration et du secrétaire d’État aux affaires européennes. Eric Besson et Pierre Lellouche étaient venus, le 31 août, justifier les mesures de démantèlement de camps de Roms, prises par la France cet été. Mais le chef de l’État français aurait à nouveau vivement critiqué la comparaison faite par la commissaire européenne Viviane Reding entre la politique française sur les Roms et les pratiques qui ont eu lieu pendant la seconde guerre mondiale.
Cette altercation entre M. Barroso et Sarkozy a été confirmée par un diplomate belge, selon lequel l’échange a été animé. « En tant que diplomate, je ne peux cependant pas utiliser le même mot que celui choisi par le premier ministre bulgare pour qualifier la rencontre », a indiqué cette source.
Soutien de Berlusconi
Lors de cette discussion houleuse, le président de la Commission européenne aurait déclaré que la tentative du président français de « créer une agitation » autour d’une phrase mal placée de la commissaire à la Justice Viviane Reding sur la seconde guerre mondiale serait de la « rhétorique inutile ». Selon des représentants de la Commission européenne présents au Conseil, M. Barroso aurait également dit à Nicolas Sarkozy que « ce n’était pas la Commission qui avait mentionné les Roms dans la circulaire ». La circulaire ministérielle du 5 août mentionnait que l’évacuation des camps illégaux devait viser les Roms « en priorité ».
Enfin, toujours selon des sources diplomatiques, seul le président du Conseil italien Silvio Berlusconi aurait soutenu ouvertement Nicolas Sarkozy sur le conflit qui oppose la France à la Commission européenne au sujet du respect par le pays des directives européennes dans l’expulsion des Roms.
La chancelière allemande Angela Merkel aurait quant à elle apporté son soutien inconditionnel à la Commission, toujours selon des diplomates européens.
Propos outranciers
La version des faits présentée par le chef de l’État français lors de sa conférence de presse à l’issue du Conseil diffère. Nicolas Sarkozy a tout d’abord affirmé qu’il n’y avait pas eu d’altercation avec le président de la Commission européenne. « Ce n’est ni son genre, ni le mien, a-t-il déclaré. S’il y a bien quelqu’un qui a gardé son calme et s’est abstenu de commentaires excessifs, c’est bien moi ».
La Commission européenne a tout à fait le droit de poser des questions à la France sur l’une de ses actions, a rappelé Nicolas Sarkozy. Et, selon le président, les propos de Viviane Reding seraient les seuls responsables de la polémique actuelle. Le 14 septembre, la commissaire à la Justice avait estimé que le traitement des Roms en France était une « honte » et n’avait pas d’équivalent depuis la seconde guerre mondiale. « Je suis le chef de l’État français, je ne peux pas laisser insulter mon pays. Sans ces propos outranciers tout cela aurait été géré normalement », a déclaré le chef de l’État.
Nicolas Sarkozy a ensuite précisé que « la totalité » des chefs d’État et de gouvernement avaient été « choqués » par les mots de Viviane Reding. Outre Angela Merkel, qui l’aurait appelé, mercredi 15 septembre, pour lui manifester sa solidarité, le premier minsitre Luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, aurait également joint le président français pour le soutenir. « Je ne confonds pas un commissaire européen venant du Luxembourg [Viviane Reding, ndlr] et des représentants du Luxembourg », a lancé Nicolas Sarkozy.
Mais le président français a surtout dit à deux reprises qu’il appréciait que le président de la Commission européenne se soit « désolidarisé » des expressions de sa commissaire.
Apprenant la version des faits racontée par le chef de l’État français aux journalistes, le président de la Commission aurait été furieux de la stratégie française consistant à « distraire l’attention des vrais sujets ». « Nicolas Sarkozy a été pris la main dans le sac et il cherche maintenant à faire porter la faute sur quelqu’un d’autre », a lâché un diplomate européen.