Réussir « la réindustrialisation décarbonée » de la France : le pari d’Agnès Pannier-Runacher
« La France est le pays européen le plus à même de réussir une industrialisation décarbonée » selon Michel Rousseau, le président de la Fondation Concorde, qui présentait mercredi 1er décembre un rapport sur le sujet en présence de la ministre déléguée à l'industrie, Agnès Pannier-Runacher.
« La France est le pays européen le plus à même de réussir une industrialisation décarbonée » selon Michel Rousseau, le président de la Fondation Concorde, qui présentait mercredi 1er décembre un rapport sur le sujet en présence de la ministre déléguée à l’industrie, Agnès Pannier-Runacher.
Lors de la présentation du rapport, Agnès Pannier-Runacher a rappelé qu’entre 1995 et 2015, l’industrie française a diminué ses émissions, mais que, dans le même temps, l’empreinte carbone du pays a augmenté à cause des importations.
Selon la ministre, la désindustrialisation de la France a causé une double peine : moins d’emplois et plus d’émissions. « Et c’est ce paradigme que nous devons inverser » a-t-elle souligné.
Avantage de la situation : « nous sommes très désindustrialisés, alors on peut repartir de zéro dans certaines filières » a remarqué Philippe Ansel, économiste et membre du conseil scientifique de la fondation Concorde, lors de la présentation du rapport.
Si repartir de zéro facilitera l’objectif de décarbonation, l’enjeu est aussi de décarboner l’industrie existante sur le territoire, comme l’a rappelé Agnès Pannier-Runacher en mentionnant les 141 sites industriels français recevant des aides publiques afin de faciliter la réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre.
Stratégie énergétique et industrielle
Pour parvenir à une réindustrialisation décarbonée, la Fondation Concorde soutient le développement des énergies renouvelables, adossé à une production nucléaire afin d’alimenter l’industrie en énergie bas carbone.
Encore faut-il asseoir la stratégie française en la matière. Dans son rapport sur la politique énergétique de la France, présenté le 30 novembre, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) prévient : « la moitié de la production d’énergies renouvelables en France provient encore de centrales hydroélectriques construites il y a plusieurs décennies. »
Et même si la France cherche à accélérer dans l’énergie solaire et éolienne, ces efforts « risquent d’être sapés sans des politiques plus soutenues et cohérentes, » prévient l’AIE.
Consciente de la situation, Barbara Pompili, la ministre de la Transition écologique, a indiqué, suite à la remise du rapport de l’AIE, que « pour répondre à la hausse de la demande d’électricité à venir, nous allons devoir massivement développer les énergies renouvelables ».
« Sortir des énergies fossiles implique une transition énergétique juste », et pour cela, il faut « accompagner les citoyens et les entreprises dans cette transition, » a-t-elle souligné.
Favoriser le made in France
La ministre de la transition écologique, Barbara Pompili, a indiqué sur BFMTV, vendredi 3 décembre, que l’Etat allait « lancer une dizaine de stratégies de décarbonation, filière par filière » et développer des infrastructures (électrification des ports, déploiement de stations hydrogène…) afin d’aider les entreprises à avancer dans ce domaine.
Ce même jour, à l’occasion de la 3ème session de la Convention des entreprises pour le climat, Barbara Pompili a également annoncé le lancement de « Mission Transition Écologique », un site internet regroupant les aides à la transition écologique pour les entreprises (TPE, PME, ETI), permettant par exemple de changer une flotte de véhicules ou de réaliser un bilan carbone.
Pour décarboner l’industrie française, la Fondation Concorde appelle par ailleurs de ses voeux une « taxation de l’énergie en fonction de son contenu carbone, » conformément aux propositions de la Commission européenne sur la révision de la directive sur la taxation de l’énergie.
Philippe Ansel mentionne notamment que « le gaz carboné est moins taxé que l’électricité » et invite à davantage de cohérence, au risque sinon d’une délocalisation de filières émettrices de gaz à effet de serre « qui ne seraient plus compétitives sur le territoire européen ».
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Enfin, la Fondation Concorde suggère d’utiliser le mécanisme de taxation carbone aux frontières de l‘UE (MACF). Cet instrument appliquerait sur les produits importés la tarification carbone en vigueur sur les mêmes produits européens intensifs en émissions, indique le rapport.
« Mieux valoriser le carbone, c’est presque toujours produire en France, et tirer pleinement partie des atouts de notre mix énergétique. Pour cela, nous devons pouvoir préserver cet atout, mais également pénaliser, partout dans l’économie, le coût caché des émissions, notamment pour les produits importés à travers le MACF, que nous promouvons activement dans le débat européen, mais aussi dans la commande publique » a commenté la ministre Agnès Pannier-Runacher.
Elle en a profité pour rappeler que le ministère de l’Industrie avait oeuvré à l’intégration d’une clause environnementale dans les marchés publics, et que l’Etat, mais aussi les collectivités locales, doivent s’en saisir « pour que la commande publique soit dirigée de manière stratégique ». Notamment vers les produits issus de l’industrie décarbonée.
[Edité par Frédéric Simon]