Retraites : le gouvernement craint un « blocage » dans la rue et au Parlement

À l’approche de la première journée de mobilisation sociale contre la réforme des retraites jeudi (19 janvier), le gouvernement français s’inquiète de la possibilité d’un « blocage », par la grève et par l’obstruction parlementaire.

Euractiv France
Questions to the government at the Aational Assembly in Paris
La Première ministre française Elisabeth Borne (C) lors de la session de questions au gouvernement le 10 janvier dernier, peu avant la présentation du projet de réforme des retraites. [EPA-EFE/CHRISTOPHE PETIT TESSON]

À l’approche de la première journée de mobilisation sociale contre la réforme des retraites jeudi (19 janvier), le gouvernement français s’inquiète de la possibilité d’un « blocage », par la grève et par l’obstruction parlementaire.

La grève de jeudi sera la première réponse du monde syndical à la réforme des retraites depuis qu’elle a été présentée mardi dernier par la Première ministre Élisabeth Borne.

Les syndicats estiment – et espèrent – évidemment qu’elle puisse être un succès : « ce sera une très très forte mobilisation », voulait croire le secrétaire général de la CGT sur France 3 dimanche (15 janvier).

Il assure tout faire pour atteindre la barre symbolique du million de manifestants, en s’appuyant sur « le nombre de cars commandés pour aller aux manifestations » et sur « les préavis de grève déposés », qui seraient donc bien plus importants que d’ordinaire. Outre les manifestations, M. Martinez appelle à ce qu’il y ait « des grèves dans les entreprises, publiques et privées ».

Le ministre du Travail Olivier Dussopt a reconnu dimanche sur France Inter attendre une participation importante aux grèves, car « il y a une mobilisation portée par de nombreuses organisations [syndicales] ». L’ensemble des syndicats de salariés sont en effet engagés contre la réforme portée par le gouvernement Borne, notamment en ce qu’elle porterait l’âge légal de départ en retraite de 62 à 64 ans.

Or, s’il affirme respecter le droit de grève, le ministre souhaite que « cela ne se traduise pas par un blocage du pays ». Plus offensive, la présidente du groupe Renaissance Aurore Bergé rappelait sur LCI que, selon elle, « le droit de grève n’est pas un droit de blocage ».

Les syndicats bénéficient du soutien des partis de gauche, qui comptent non seulement appuyer les manifestations et les appels à la grève, mais aussi utiliser les outils à leur disposition au Parlement. Mathilde Panot, présidente du groupe La France insoumise à l’Assemblée, a par exemple laissé entendre que son groupe pourrait déposer 75 000 amendements, ce qui ralentirait considérablement le rythme des débats sur le projet de réforme.

Une stratégie assumée et qui dérange le gouvernement : Olivier Dussopt considère qu’un tel nombre d’amendements serait « la garantie de paralysie du débat », une « inquiétude », pour le ministre, qui craint que les « opposants ne veulent pas du débat, mais de l’obstruction ».

Au total, les débats au Parlement – Assemblée et Sénat confondus – dureront cinquante jours maximum à partir du 6 février, date de présentation du projet à l’Assemblée nationale, en raison du véhicule législatif retenu par le gouvernement, à savoir le projet de loi de financement de la sécurité sociale rectificatif.

Cet outil facilite également le recours à l’article 49.3 de la Constitution, pour une adoption sans vote du texte, utile en cas d’absence de majorité. Mais pour le moment, l’essentiel des parlementaires de droite (Les Républicains) soutient la réforme du gouvernement, adaptée selon leurs volontés.