Retraites : la proposition de « médiation » des syndicats brouille la majorité
Les soutiens du président, du gouvernement aux groupes parlementaires, se divisent sur la stratégie à tenir vis-à-vis de la « médiation » proposée par Laurent Berger, afin de retrouver de « l’apaisement » dans le pays, alors que le mouvement social a mobilisé moins de Français que la semaine passée.
Les soutiens du président, du gouvernement aux groupes parlementaires, se divisent sur la stratégie à tenir vis-à-vis de la « médiation » proposée par Laurent Berger (CFDT) mardi (28 mars), afin de retrouver de « l’apaisement » dans le pays, alors que le mouvement social a mobilisé moins de Français que la semaine passée.
Le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger a, mardi (28 mars) sur France Inter, renouvelé son souhait d’échanger avec le gouvernement sur tous les sujets relatifs au travail, y compris la réforme des retraites et la question de l’âge légal. Relevé de 62 à 64 ans par ladite réforme, en attente de validation par le Conseil constitutionnel, l’âge légal est la mesure « qui polarise toutes les oppositions », juge le leader syndical.
Au nom de l’intersyndicale, il a proposé « de mettre en pause, en suspens la mesure des 64 ans » pendant « un mois, un mois et demi, pour demander à une, deux, trois personnes de faire de la médiation, de la conciliation, entre les différentes parties ».
Après cela, M. Berger propose que l’« on regarde sur quoi il peut y avoir un compromis social », dont l’usure au travail, les transitions entre la vie active et la retraite et d’autres sujets liés à la vie professionnelle. Cela doit inclure, selon lui, une discussion sur l’âge légal reporté à 64 ans, ce que le président et le gouvernement refusent, plaidant que le « processus démocratique fait son chemin ».
Divergences de vues dans la majorité
Aussi, le porte-parole du gouvernement Olivier Véran a rejeté l’idée d’une médiation, assurant vouloir saisir « la proposition de Laurent Berger de se parler, mais directement. Nul besoin de médiation », a-t-il tranché.
Or le président du groupe Modem à l’Assemblée Jean-Paul Matteï, partenaire de gouvernement de la Première ministre Elisabeth Borne et soutien du président Emmanuel Macron, a appuyé la proposition de Laurent Berger après une réunion du groupe mardi matin. « Un médiateur ne s’immisce pas dans le fond, il est là pour retrouver du liant et arriver à se parler, c’est ça qui est important. Il faut quelqu’un qui ne soit pas impliqué », a-t-il expliqué à la presse à l’Assemblée nationale. Avant d’ajouter que « le temps est venu de trouver des points de convergence avec les syndicats et renouer le dialogue ».
Le député Modem a dû préciser, plus tard sur BFMTV, que cette médiation servirait à « rouvrir le dialogue » avec les syndicats, et non pas à « mettre la réforme sur pause ».
Le Modem est donc plutôt isolé par rapport à ses alliés Renaissance et Horizons, Laurent Marcangeli, président du groupe Horizons, ayant indiqué ne pas voir « l’intérêt de désigner une tierce personne pour organiser ce dialogue ».
Un geste d’apaisement
En tout état de cause, le patron de la CFDT Laurent Berger considère que la réforme, et en particulier la mesure du recul de l’âge légal à 64 ans, n’a fait l’objet d’« aucune concertation réelle » avec les forces syndicales, et a été adoptée par « une procédure parlementaire escamotée » dans un contexte de grande contestation par l’opinion publique.
Attendre la décision du Conseil constitutionnel serait « trop long dans ce moment de tension », détaille-t-il, appelant à « trouver une voie de sortie » qui n’est « pas la négation de la pensée de l’un ou de l’autre, c’est trouver un apaisement ».
La grève a continué de réunir un nombre important de personnes mardi (28 mars), mais les chiffres sont en baisse, plus de deux mois après le début des contestations sociales dans la rue.
Le ministère de l’Intérieur a décompté 740 000 manifestants dans le pays (contre 1,09 million la semaine dernière), dont 93 000 à Paris (119 000 la semaine dernière). Les chiffres de la CGT accusent également une baisse importante : le nombre de manifestants serait passé de 3,5 millions dans le pays jeudi dernier (23 mars) à « plus de deux millions » mardi, et de 800 000 à 450 000 dans la capitale.
L’intersyndicale a dénoncé mardi soir « l’absence de réponse de l’exécutif » envers ses revendications, ce qui « conduit à une situation de tension qui nous inquiète très fortement ». Les syndicats appellent à une nouvelle journée de mobilisation jeudi 6 avril prochain.
Dans la soirée mardi, la Première ministre Elisabeth Borne a proposé aux syndicats de se rencontrer, entre le 3 et le 5 avril, donc avant la nouvelle journée de mobilisation.